‹ Saint Martin et son monastère de LigugéChapitre 9 sur 153 · SAINT MARTIN DANS LA MILICE ROMAINE · texte numérisé non relu

SAINT MARTIN DANS LA MILICE ROMAINE

Fils d*un tribun militaire, le jeune Martin, d'aprè^^ la loi romaine , ne pouvait être enrôlé comme un simple soldat. Il fut donc incorporé dans les cadres de Tarmée avec le grade de circitor. Ce grade lui donnait droit à une double paye et à une double ration. Il devait avoir à ses ordres un soldat d'ordonnance, chargé du soin de ses deux chevaux oude son cheval, s'il n'en avait qu'un *. Saint Martin accepta ce servant d'armes ; mais, loin de se prévaloir de son autorité sur lui, il*le considéra toujours comme son égal. Que dis-je ? déjà parvenu à un degré d'humilité vraiment admirable, il voulait le servir à tour de rôle ; et, toujours ingénieux dans sa charité, il trouvait le moyen, non-seulement de remplir le plus souvent son office de serviteur , mais encore de s'abaisser jusqu'à nettoyer en secret ses souliers et ceux de son servant '. Ils prenaient

1. Si autem filii yeteranomm.... habeant f acultatem, ita ut corn singolis equis idoneis prœdicto aggregentur obsequio. Qaod bI quis diw8 eqtios habeat, vel unvm idonevm et serwm imiimy cum eircUoria mUitet dignitate» (Cod. QTheod. lib. VI, lit. XXII, leg.2 (326). — Au-dessous du circitor, il y avait Veqn^ et le tyro {S, Hier on, epist, ad Pa/mmachivm). lie circitor ou circmtor était chargé de faire les rondes de la nuit et de reiller à la discipline du soldat.

2. Oui tamen, yersa vice, dominus serviebat, adeo ut plerumque ei et calciamenta ipse detraheret et ipse detergeret ; cibum una caperent^ hic tamen sœpius ministraret. (Sulpic, Sevor, loe, cit.)

ensemble leur nourriture ; mais c'était Martin qui le plus ordinairement servait le modeste repas.

En présence de tels actes, accomplis par un néophyte dans la foi, le chrétien le plus fervent demeure stupéfait d'admiration, et se demande si des vertus perfectionnées par de longues années d'épreuves et d'efforts pourraient s'élever jusqu'à^ cette hauteur. On surprend en même temps dans son cœur un sentiment de respectueuse affection pour ce jeune héros chrétien, qui se montre déjà si digne de notre sainte religion.

Cependant ces traits d'une humilité si touchante et si fraternelle n'étaient pas isolés. Pendant les douze ans ^ qu'il demeura sous les drapeaux , il sut se préserver des vices trop communs parmi les hommes qui ont embrassé la carrière militaire.

Il était non-seulement le modèle, mais encore le plus aimé de ses compagnons d'armes. Qui n'eût été touché de cette complaisance continuelle, de cette charité sans bornes, de cette patience, de cette humilité aussi simple que ravissante dont il donnait l'admirable spectacle * ? Il n'y avait qu'une voix dans toute l'armée pour louer sa vertu sans ostentation comme sans faiblesse. Il est inutile de faire l'éloge de sa frugalité : dès cette époque, elle était telle que son genre de vie, sous ce rapport, était plutôt d'un moine que d'un soldat.

Bien qu'il n'eût pas encore reçu le sacrement de la régénération baptismale, ses œuvres étaient celles d'un chrétien consommé. Il se plaisait à secourir

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