Archives wimicipales de Ligtigé
1792, Louis XVI avait essayé de fuir ; mais, arrêté le 20 juin , il avait été condamné , après une captivité de 20 mois, à monter sur Téchafaud et à périr comme un scélérat (21 janvier 1793).
Ce crime inouï en France , l'exil et la proscription des prêtres catholiques , la tyrannique oppression que le gouvernement de la république voirait imposer à leur conscience, avaient semé dans la population toute religieuse de la Vendée les germes d'une irritation profonde ; et, au dehors, les cabhiets de l'Europe prenaient l'alarme et menaçaient les frontières. Pour conjurer ce double orage, la Gonventiou nationale avait rendu, le 24 février 1793, un décret prescrivant une levée immédiate de trois cent mille hommes
Dans rétat de surexcitation ou se trouvaient alors les esprits, cette mesure acheva de les exaspérer. On sait que, dans le pays qui reçut plus tard le nom de Vendée militaire, le mécontentement se transforma bientôt en une insurrection formidable; mais ce que Ton sait moins, c'est l'attitude de nos populations poitevines au milieu de cette effervescence générale. Des écrivains, panégyristes de la Révolution, ont répété que, à cet appel de la patrie en danger, la France répondit par un enthousiasme qui tenait du délire : cette assertion est un mensonge, tout au moins pour nos provinces de l'Ouest, même pour les Poitevins proprement dits, qui ne partageaient en aucune manière les convictions religieuses et l'indignation des Vendéens. Sur ce point, complètement inédit, croyons-nous, le registre des délibérations municipales de Ligugé nous fournit les plus curieux et les plus utiles renseignements.
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Nous y lisons que, le il mars 1793, « les officiers « municipaux et notables de Ligugé étant assemblés « pour Texécution des décrets des 21 et 24 février « relatifs au recrutement, tout à c>oup quarante jeunes « gens d'Iteuil surviennent et déclarent qu'ils veu- « lent couper l'arbre de la liberté, planté au milieu « du bourg de Ligugé, et qu'ils ne partiront jamais * pour l'armée si les officiers du corps ad,ministratif « et tous les citoyens des villes ne se mettent à leur « tête ». Et ils font si bien , qu'ils déterminent les jeunes gens de Ligugé, soumis à la même loi de conscription , à prendre le même parti. Le Conseil municipal, malgré tous ses raisonnements, ne pouvant rien sur ces obstinés, se sépare et dresse procèsverbal de son impuissance.
Ce fait dut se reproduire dans un grand nombre de localités.
Neuf jours après, nouvelle réunion du Conseil , et nouvel appel au dévouement patriotique des jeunes Ligugéens. Mais cette fois le contingent ne s'élevant qu'à cinq hommes , il fut plus facile dé le remplir. Eacore crut-on devoir se borner à faire appel à la bonne volonté.
« Après avoir rappelé que, le 12 précédent, les « jeunes citoyens de la commune, séduits par les « conseils dangereux des ennemis de la chose « publique, ont été empêchés de se dévouer au salut « de la patrie et même menacés par une troupe de « révoltés des paroisses voisines , lecture faite des « lois des 21 et 24 février et du mandement du dis- « trict, les conseillers municipaux se trouvant réunis » avec les hommes capables de porter les armes, « dans la cour du cy-devant prieuré (de Saint-
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« Martin), reçoivent les faibles offrandes d*un très- « petit nombre de citoyens de cette cotn/mune ' » en faveur des défenseurs de la liberté, et finissent par rencontrer de ci et de là cinq volontaires représentant le dévouement des habitants de Ligugé 1
Mais il ne fut pas longtemps possible aux jeunes conscrits d'esquiver l'impôt du sang. Les Vendéens, avons-nous dit, s'étaient levés comme un seul homme pour protester contre la tyrannie sous toutes les formes, qui opprimait la France et la foi de leurs pères. Il n'y a pas un mois qu'ils combattent, et déjà ils ont répandu la terreur jusque dans le sein de la Convention et du Comité du salut public. Poitiers tremble et se croit menacé. Comme ils font une guerre de tirailleurs cachés derrière les haies et les taillis du Bocage, nos républicains s'imaginent remporter sur eux une facile victoire, s'ils parviennent à détruire ces bois et ces fourrés. De là, ce singulier arrêté du Directoire du département de la Vienne que nous trouvons consigné dans nos registres municipaux de Ligugé, par lequel il était ordonné à tous les citoyens patriotes de livrer toutes les cognées possédées par les habitants « pour abattre les bayes « et les bois qui servent de repaire aux brigands « qui dévastent le pays de Bressuire et des environs, (c et à la faveur desquels ils assassinciit nos braves a deffenseurs ». Et chacun des citoyens, ayant à leur tête le citoyen Joulard Duvergnay (ci-devant le comte Joulard duVergnay), résidant habituellement
1. Les offrandes volontaires se montèrent à 239 livres 15 sous: et la somme recueillie parmi les jeunes gens sujets au recrutement, et qui sefaisaient remplacer par ces cinq volontaires, fut évaluée à 580 livres.
à LJgugé, de s'empresser d'apporter aux pieds du commissaire Marot tous les objets utiles à ladite opération : patriotisme ardent, qui n'empêcha pas te ci-devant noble de subir, le 4 mai suivant, et plus d'une autre fois, les plus minutieuses perquisitions domiciliaires, et de n'échapper à la guillotine que grâce à la modération des conseillers municipaux de la commune.
Cependant les cognées des Poitevins n'avaient pas empêché les Vendéens de vaincre, et nous voyons, par nos archives, que plus d'un Ligugéen avait fui devant eux et avait déserté son drapeau dans la panique de la déroute.
Le 7 septembre de la même année 1793 , l'agitation était grande à Ligugé. Vers 6 heuresdusoir, « le « citoyen Pierre Poudret , commissaire envoyé par « la municipalité de Croutelle, chef-lieu de canton », était accouru à Ligugé, et avait remis une dépêche au procureur de la commune, qui, réunissant aussitôt les membres du Conseil municipal, avait fait devant eux l'ouvef ture de la dépêche. «Elle contenait une adresse « du citoyen Fayau (stc), représentant du peuple, aux « citoyens des départements voisins de ceux qui sont tt en insurrection, dit le procès- verbal; un arrêté du « citoyen Fayau (daté du 6 septembre), tendant à « faire marcher en massa les citoyens des mêmes « départements *, et notamment du district de Poi- « tiers, pour se rendre à Airvault;une proclamation « du département de la Vienne , par laquelle tous « les citoyens valides et en état de porter les armes,
1. Cet arrêté est mis sur le compte des représentants du peuple Richard et Choudieu par M. Crétineau-Joly [Iliêt, delà Vendée militaire^ t. I, p. 242-243}.
« depuis Fâge de dix-huit jusqu'à cinquante ans, a sont tenus, au premier son du tocsin, de se réunir a au pied de l'arbre de la liberté du chef-lieu de la H commune pour se disposer à partir sous les ordres M du citoyen commissaire envoyé par l'assemblée « primaire pour l'acceptation de la Constitution. »
Donc, le 8 septembre, les membres de la municipalité sont parvenus à réunir de 50 à 60 hommes et une assez grande quantité d'approvisionnements pour ces soldats improvisés. Et à 6 heures du soir les citoyens Lebon et RouUeau arrivent de Groutelle et rapportent que le départ des nouveaux enrôlés est fixé au lendemain matin.
Voilà donc ces jeunes villageois envoyés pour grossir les rangs des 116,000 hommes qui se précipitaient alors, Kleber en tête, sur l'armée des prétendus brigands de la Vendée. C'était le moment le plus sublime de la lutte de géants soutenue par les paysans du Bocage. Toutefois, il ne paraît pas que nos jeunes conscrits aient dépassé la ville de Thouars, où ils se trouvaient en garnison le 26 et le 28 septembre. Mais le bruit seul du canon , qui grondait à distance, avait abattu plus d'un courage; en sorte que Choudieu, le fameux représentant du peuple, envoyait vers lé 6 octobre, à la municipalité de Ligugé, une copie de son arrêté qui ordonnait (le faire reconduire à Thouars tous les déserteurs de leurs drapeaux ; et le 8 décembre, nouvelle injonction était adressée au même Conseil municipal , ^ DUS peine d'être traité comme suspect.
A cette date, les Vendéens, après leur héroïque cam- ^,agne d' outre-Loire et leur infructueuse tentative de retour par Angers, erraient dans les campagnes
de Beaugé, comme des lions blessés à mort, mais terribles encore à leurs ennemis triomphants. La Convention tremblait devant cette poignée de héros. et voilà ce qui explique les arrêtés de Choudieu contre les déserteurs de Ligugé. Mais bientôt un silence de mort succéda aux derniers efforts de Tarmée catholique et royale, anéantie à Savenay.
Alors la Révolution ne connut plus que les enivrements du triomphe. Tout ce qui rappelait l'ancien régime fut l'objet d'une haine implacable. Les nobles * et les prêtres durent acheter au prix de mille avanies, et parfois de la plus honteuse lâcheté, le pardon de leur naissance ou de leur caractère sacerdotal. Notre petite histoire locale nous en fournit plus d'un exemple lamentable.
€ Aujourd'huy décade nngt nivôse^ Tan 2™^ de la « République française une et indivisible (9 jan- « vier 1794), assemblés au pied de l'arbre de la « liberté, où on avait préparé un feu de joie, en « vertu de la prise de Toulon, nous, officiers muni- « cipaux, y avons fait lecture des lois qui nous « étaient parvenues et des arrêtés du Représentant « du peuple et du département et du district. On a « fait aussi le brûlement d'un sac plein de papiers * féodaux qui avaient été déposés au greffe de la « municipalité par le citoyen Joulai*d, dit Duvergnay, « le trente frimaire (20 décembre) dernier, qu'il a « déclaré être tous les titres féodaux qu'il possédait.
1. Le registre des délibérations municipales rapporte les nombreuses enquêtes ordonnées par la municipalité et par le comité de Poitiers contre les ci-devant nobles Jouslard , Moysan, Declam, la Chevalerie, Pinott^au, etc.
« Autour duquel feu de joie il a été chanté des cou- « plets patriotiques et criez (sic) vive la République, « légalité (sic) et liberté * ! »
Telles étaient les fêtes de la république, et les joies de ses enfants. La religion catholique avait été proscrite de nos vénérables sanctuaires, et à la place du Dieu de TEucharistie, source de vie morale et de tous les sentiments élevés, on avait dressé un autel à la déesse Raison î Par haine de tout ce qui se rattachait au passé, nos fougueux démagogues de la Convention avaient inauguré le 24 novembre 1793 une ère nouvelle commençant au ii septembre précédent, et avaient substitué, comme nous venons de le voir, aux divisions antiques des mois et des semaines , un calendrier bizarre dans ses dénominations et dans sa méthode. Dans leur pensée insensée, cette ère nouvelle devait correspondre au triomphe des vraies lumières.
Malheureusement les représentants du culte soidisant catholique en France n'avaient pas eu honte d'applaudir à cette destruction de nos autels et à Tabolition dû ministère sacré dont ils étaient revêtus.
Dans la séance du 7 novembre 1793, on avait vu, à la tribuiie de la Convention , la plupart des soidisants évêques constitutionnels à la suite de l'évêque de Paris, Gobel , renoncer publiquement à toutes fonctions ecclésiastiques, t et déclarer qu't/jf « venaient^ conduits par la raison^ se dépouiller du ^ caractère que leur avait imprimé la superstition. »
1. Cette pièce est datée : ce A Ligugé, les jours, mois et au que dessus, par les officiers municipaux, signé : Lebon, officier ; 15ohin, agent national : RouUeau, greffier. »
Et trois jours après, on célébrait dans la cathédrale de Paris la fête de. la déesse Raison. Bientôt cette impiété aussi insensée que hideuse se propageait dans la France entière.
Hélas! cette ignominie ne tut pas épargnée à notre vénérée basilique de Saint-Martin. Le 29 nivôse, Tan i^ de la République française une et indivisible (18 janvier 1794), le malheureux prêtre qui avait , pendant deux ans, profané le lieu saint de ses fonctions sacrilèges et schismatiques, comparaissait dans ce même sanctuaire de Saint- Martin, devant les officiers municipaux de. la commune de Ligugé , et déclarait que lui , ci- « toyen Barthélemi-Blaise Derazay , ayant tou- « jours cherché à procurer et à maintenir de tout « son pouvoir Tordre, la; tranquillité et le bouheur « public, et à se conformer en tout au vœu de la
< nation, il était décidé à renoncer , comme de fait « il renonçait dès ce jour, et pour les raisons sus- « alléguées (de l'intérêt public) ', à exercer à Tave- « nir les fonctions sacerdotales. En conséquence, « ajoute le procès-verbal , il a déposé au greffe de « ladite municipalité un paquet contenant ses attes- « tations de philosophie, celles de théologie, seslet- « 1res de tonsure, celles des quatre mineurs, desous- « diaconat, de diaconat, celles enlin de prêtrise et
< autres pièces relatives, qui sont son institution ca- « nonicjue à la cure de Ligugé, et deux dispenses de t mariage, pour faire et disposer du tout ainsi qu'il « appartiendra ; et a, ledit citoyen Derazay , signé « la présente déclaration. Fait à Ligugé en la cham-