‹ Saint Martin et son monastère de LigugéChapitre 103 sur 153 · Archives de la Vienne, série V, 1. Liasse 1, cote · texte numérisé non relu

Archives de la Vienne, série V, 1. Liasse 1, cote

furent généralement inutiles, surtout dans le Haut- Poitou.

À Ligugé notamment, le culte catholique fut promptement rétabli. « Le 17 ventôse an IX, lit-on c dans le registre des délibérations municipales, € c'est-à-dire le 8 mai*s 1801, à huit heures du € matin, par-devant moi, Vincent Lebon, maire c de la commune de Ligugé, est comparu en la c mairie le citoyen Demont La Millerie, ministre du « culte catholique, dans l'église de cette commune, a et, qu'à cet effet et pour se conformer à la loi du « 21 nivôse an VIII (11 janvier 1800), il a fait la « promesse d'être fidèle à la Constitution de Tan Vdl, « et s'est, avec moi, soussigné. »

Quel était ce prêtre catholique ? N'était-il pas un de ces prêtres constitutionnels qui s'efforçaient de mettre obstacle au retour de l'unité parle Concordat, en s'emparant, au nom de la loi , des cures restées vacantes par la honteuse défection des curés intrus sous la Terreur? Nous l'ignorons. Nous savons seulement que s'il se présenta avec un mandat vraiment catholique , il ne fut pas maintenu dans son poste.

Après les pénibles débats que nous ont dévoilés les Mémoires du cardinal Consalvi, le Concordat, comme chacun sait, fut enfin signé à Paris le 15 juillet 1801. Dès le 3 octobre 1802, M. Jeau- Baptiste-Luc Bailly était nommé à l'évêché de Poitiers, et le 16 janvier 1803, il prenait possession de son siège. Ce prélat, par sa prudence et sa piété, réussit à cicatriser les plaies faites aux âmes pendant la lutte terrible que l'Église venait de soutenir. Dès le 7 janvier 1804, par une ordonnance restée célèbre, il organisa le personnel ecclésiastique de

sou vaste diocèse, en ayant soin d'éliminer les prêtres trop compromis pendant la tourmente révolutionnaire *.

Le curé nommé par le nouvel évêque, à Ligugé, fut M. Eustache-Benjamin Garand, né à Poitiers en 1766, et ancien vicaire de Nanteuil-en-Vallée , près de Hufi'ec. Mais, par des motifs que nous ignorons, il ne resta qu'un mois environ à son poste. Dès le 17 février de la même année, Mgr Bailly nommait à sa place M. Pierre Bonnet, ancien curé de Pouant, près Monts, et non loin de Richelieu. Né dans la paroisse de Migné, le 23 septembre 1735 *, il avait eu le courage de résister à la pression tyrannique de la Révolution , et avait fait partie de cette phalange de confesseurs de la foi qui, en vertu de la loi du 26 août 1792, avaient été déportés dans une terre éti'angère comme des criminels. Après la signature du Concordat, il était rentré eu France ; et le 4 mars 1803, il avait offert à l'évêque de Poitiers le service de sa bonne volonté, sinon de ses talents : car, si l'on en croit une note de M. Cochon, alors préfet de la Vienne, inscrite au dossier de la préfecture, il était d'un esprit borné et d'une trop grande sévérité. Mais s'il était trop sévère et sans talent, il était du moins fort modeste , car il résista longtemps avant d'accepter le poste pourtant assez honorable de Ligugé. Ce ne fut que le 10 juillet qu'il prit définitivement possession de la cure. Quatre ans après, le 8 mars

1. M. Barthélemi Biaise Derazay revint à réripiscence et fut nommé curé de Notre-Dame d'Aslonnes.

2. Toutes ces données et celles qui suivent sont tirées des registres des Archives de TÉvêché de Poitiers ou du département de la Vienne.

1808, il était transféré à Sommières, où il mourut au mois de mai 1817.

Soit que l'autorité épiscopale voulût infliger une punition aux habitants de Ligugé en les privant d'un pasteur, soit que l'on crût sufiîsant de faire desservir cette paroisse par quelques prêtres de Poitiers, ce ne fut que le 22 mai 1811 que M. Pierre Roux fut désigné pour remplir le poste resté vacant par la translation de M. Bonnet. M. Roux était un prêtre du diocèse de Limoges. Ayant présenté h l'évêque de Poitiers un exeat et un certificat très- favorable de son évêque il fut incorporé au diocèse et nommé à la cure de Plaisance, puisa celle deT Pindray. et enfin à celle de Ligugé. Il avait 43 ans.

Après cinq ans d'une administration sans caractère, il fut remplacé le l^f octobre 1816 par un professeur du grand séminaire, M. Louis Piet, qui, avec le concours de plusieurs de ses confrères, notamment de M. Samoyault, aujourd'hui vicaire général, essaya de ressusOîter la piété parmi la population endormie qui lui était confiée. Zélé autant qu'intelligent, il comprit que le plus sûr moyen de parvenir au but qu'il se proposait était de faire revivre dans les cœurs la dévotion envers le grand saint Martin, à qui Ligugé doit toute sa gloire. Par l'intermédiaire de M. de Vareilles, ancien vicaire général de Poitiers et évêque démissionnaire de Gap, il obtint de l'archevêquedeToursune relique relativementconsidérable du bienheureux fondateur de Ljgugé ; et , afin de frapper les esprits des habitants et d'exciter leur respect et leur dévotion, il eut soin de donner à la cérémonie de la réception de cet ossement vénérable toute la pompe et l'appareil qu'il put déployer.

On la tixa.au dimanche 7 juillet 1822 ^ Monseigneui' de Montblanc , archevêque de Tours , et Monseigneur de Bouille, évêque de Poitiers, accompagné de deux de ses grands-vicaires, avaient bien voulu relever cette touchante cérémonie de tout l'éclat de leur dignité. Un grand nombre d'ecclésiastiques et tous les élèves du grand séminaire formaient comme un cortège d'honneur à l'incomparable Apôtre de nos contrées, qui venait reprendre possession de son antique solitude. C'était, en effet, un saisissant spectacle que cette foule de prélats, de lévites et de peuple taisant amende honorable à saint Martin, et lui' restituant le domaine que les impies avaient essayé de lui ravir pour toujours.

La relique fut présentée, à l'entrée du bourg, par M. de Yareilles à M«r de Bouille, qui la reçut avec des marques d'une profonde religion ; et aussitôt, la procession , suivie par les deux diacres chargés du précieux dépôt et par les deux prélats revêtus de leurs ornements pontificaux, se met en marche , en chantant des hymnes au Seigneur , vers l'égliîse de Saint-Martin. Une messe solennelle fut ensuite célébrée par M»"" l'évêque de Poitiers. Après quelques mots prononcés par les deux pontifes, qui, comme autrefois Hilaire et Martin, se trouvaient réunis dans cette vallée du Glain si souvent témoin des sublimes entretiens du maître et du disciple, M. l'abbé Louis Carayon , chanoine et vicaire général de Poitiers, pronoaça un discours de circonstance profondément senti. Aussi le résultat de la quête , faite par l'évêque démissionnaire de Gap , témoigna- telle de la sympathie du nombreux et

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