Ami de la B^ligwn, t. 32, p
l>rillant auditoire. Les vêpres, non moins solennelles, furent suivies d'un nouveau sermon prononcé par M. Lambert, autre vicaire général de Poitiers, et d'une procession à la chapelle de Saint-Martin , où - Ton déposa la sainte relique, dans la châsse provisoire qui lui avait été préparée *. Après quoi, le cortège revint à l'église achever la cérémonie par le Te Deum, qui fut chanté avec un entrain facile à concevoir.
Mais la fête eût été incomplète si. aux pompes de la religion, on n'eût pas ajouté les charmes de la charité.
L'excellent curé avait tout prévu : tandis que les deux prélats, les ecclésiastiques et les pèlerins de distinction recevaient l'hospitalité la plus gracieuse chez Madame du Paty de Clam , dont le nom béni reviendra plus d'une fois sous notre plume, soixante pauvres, servis par les dames les plus pieuses de Poitiers et par un certain nombre d'ecclésiastiques, étaient assis, dans le presbytère, à une table copieuse, et jouissaient, dans l'allégresse, de la charité dont saint Martiu nous a laissé de si admirables exemples. On peut dire que, ce jour-là, le puissant patron de Ligugé remporta sur l'enfer, qui voulait anéantir sa gloire , un triomphe définif. Le pèlerinage à la chapelle du catéchumène, si cher à nos pères, recommença avec une ferveur nouvelle ; et, sans cesse entretenu par le zèle ardent et éclairé de M. Piet , il ne fit que s'accroître malgré les mauvais
1. La belle châsse où la relique est actuellement renfermée est le fi'uit de la charité collective de plusieurs habitants de Poitiers et de Ligugé. Elle a été inaugurée le dimanche 10 juillet 1859.
jours de la Révolution de 1830. Grâce à ce digne pasteur, la coutume s'établit de célébrer, chaque année, avec solennité les vêpres du dimanche qui suit la fête de l'Ordination et de la Translation de saint Martin,le 4 juillet, et de se rendre en procession, ce jour-là et les dimanches suivants , à la chapelle du Catéchumène ressuscité, en chantant les hymnes et Tantienne si belle du saint pontife : dévotion qui persévère encore aujourd'hui. Le mois de juillet tout entier devint ainsi le mois de saint Martin et de son pèlerinage pour toutes les âmes qui , à Poitiers et dans les environs, avaient l'intelligence des grandes choses qui se rattachent au souvenir de cet admirable apôtre du Poitou.
Cependant M. Piet déposa le fardeau de la charge pastorale le 31 décembre 1830.
Mais les fruits de son zèle et de son amour pour saint Martin se conservèrent. Après cinq mois de vacation, pendant lesquels M. Raison, curé d'Itèuil, administra la paroisse, M. Joseph Ogeron de Ligron, fils de M. Henri-Joseph de Ligron, ancien officier vendéen aussi brave que noble cœur, fut nommé à la cure de Ligugé le 1»^ juin 1831. Il n'avait que 24 ans, étant né le 7 août 1807 ; mais, éclairé par les inspirations de la foi la plus vive, il poursuivit avec succès, pendant les vingt-cinq ans qu'il gourverna la paroisse, l'œuvre commencée par M. Piet.
Mgr Morlot, archevêque de Tours, après avoir célébré la Saint-Hilaireà Poitiers, voulut, à l'exemple de son saint prédécesseur Grégoire de Tours, venir faire son pèlerinage de saint Martin de Ligugé (14 janvier 1846). Sur la pressante invitation de Mgr Guitton. évêque de Poitiers, il avait accepté d'y
administrer le sacrement de Confirmation. Il sut, en même temps, apprécier le zèle de M. de Ligron, et lui conféra, comme gage de sa paternelle sympathie, le titre de chanoine de sa métropole. Mais ce fut surtout trois ans après cette honorable visite, que M. le curé de Ligugé commença à réaliser les projets de zèle qu'il méditait.
Il entreprit d'abord de restaurer la chapelle de Saint-Martin , dite du Catéchumène ^ objet principal de la dévotion des fidèles ; et grâce à sa générosité, secondée par celle de M. Tabbé Cousseau, alors supérieur du grand séminaire, et par le produit de quêtes et d'une loterie, on recouvrit la chapelle, on restaura sa voûte simple et gracieuse, qui donne à cet oratoire une physionomie parfaitement en rapport avec le souvenir qu'il rappelle ; et, sur le tympan de la porte, décoré dans le même style, fut sculpté un intéressant bas-relief. Il représente saint Hilaire, suivi de ses clercs, introduisant saint Martin avec ses moines dans sa cabane de Ligugé, Tartiste s'étant appliqué à exprimer sur la pierre le sens même du nom de Ligugé.
Tandis que ce premier essai de restauration des .sanctuaires consacrés à la mémoire de saint Martin ravivait la piété et faisait présager un avenir plus consolant encore , saint Hilaire obtenait du Ciel, pour sa chère Église de Poitiers, la plus grande grâce que les peuples puissent espérer de la miséricorde divine. Il inspirait, par Torgane d'un ami aussi intelligent que dévoué, à M. le comte de Falloux, alors ministre de l'instruction publique et des cultes, la pensée de présenter au Pape pour l'évêché
-PajIHL '!i ■■"! lil «JiB«F^r^HBq^ni9«l
de Poitiers, M. Louis-Fran'çois-Désiré-Édouard Pie, déjà revêtu, depuis plusieurs années, malgré sa jeunesse, de la dignité de grand vicaire de Tévêque de Chartres (23 mai 1849). Rome applaudit à ce choix, et le clergé de France prévit dès lors que , nouvel Hilaire, le jeune prélat se placerait promptement, par la hauteur de son intelligence et la profondeur de sa doctrine, au premier rang de l'épiscopat.
Ce rapprochement avec le grand docteur Hilaire, que les années n'ont fait que confirmer , ne devait pas seulement trouver son application dans la similitude des luttes à soutenir et dans le génie de l'exposition des dogmes chrétiens; mais il devait plus encore s'affirmer par les œuvres. Dans sa première lettre pastorale datée du jour de son sacre (25 novembre 1849) , l'éloquent évêque s'écriait :
• Quand nous jetons les yeux sur cette vaste contrée (( (le diocèse de Poitiers) , où la vie monastique fut « autrefois si féconde en miracles d'austérité, de
• science et de vertu , nous éprouvons un profond « regret de n'y plus rencontrer que des ruines « abandonnées. Le diocèse qui a vu s'élever, par les (c mains d'Hilaire, la cellule de Martin et le premier tt monastère des Gaules, rester a-t-il longtemps déshéa rite de ces antiques institutions dont la résurrec- « tion est venue consoler plusieurs églises voisines? « Quel siècle eut jamais plus besoin que le nôtre « du spectacle de la pauvreté volontaire? Aucune a époque fut-elle plus livrée à la cupidité, à la tt recherche du bien-être, en un mot, à ce genre de « démons qui ne sont chassés que par la puissance tt du jeûne et de la prière?... En atte^ndant que nos <i vœux soient exaucés, vous nous offrez d'immenses
^mi
« compeusatious , innombrables épouses de Jésus- « Christ. »
Ou le voit, le nouvel Hilaire, encore parfumé de lonction sainte , se traçait à lui-même, d'une main ferme et assurée, le programme qu'il a réalisé avec la largeur de vue que les hommes éroinents peuvent seuls posséder. Aussi, à peine avait- il pris possession de son siège, que ses regards se portèrent sur le sanctuaire de Saint-Martin de Ligugé.
M. de Ligron, nous venons de le dire, s'occupait alors de la restauration de la chapelle delà résurrection du catéchumène ; Tévêque de Poitiers activa les travaux par ses conseils ; et bientôt l'oratoire fut en état d'être rendu au culte. Le zélé prélat voulut donner une certaine pompe à la première messe (ju'il célébra dans cette chapelle. Il y vint accompagné des élèves du grand séminaire (juin 1850); et Dieu seul connaît les lumières qui lui furent alors communiquées pour l'accomplissement des grandes choses qui rendront sou épiscopat glorieux devant la postérité plus encore que devant ses contemporains.
Ce sanctuaire vénérable par les grands souvenirs qui s'y rattachent ne fut pas laissé inachevé. Une belle verrière, dans le style du xv^ siècle, fut placée au fond, derrière l'autel, et décorée de trois sujets assez bien représentés : saint Martin et saint Hilaire en habits pontificaux, et au-dessus, dans un médaillon, la résurrection du catéchumène par saint Martin. M. l'abbé Cousseau, alors supérieur du grand séminaire, et nommé, depuis quelques jours (19 juin 1850), à l'évêché d'Angoulême , voulut olfrir ce médaillon à saint Martin comme un témoi-
gnage de sa dévotion singulière envers ce grand apôtre du Poitou. La belle porte de bronze de l'oratoire est également un don de la libéralité de ce vénéré et savant prélat ; et l'on peut même dire que si les archéologues admirent aujourd'hui l'harmonie des formes architectoniques de ce sanctuaire, c'est à son zèle et à ses conseils que nous le devons. Voilà pourquoi son écusson ligure sous la représentation de saint Martin, à droite de celui de Mgr Morlot, archevêque de Tours *, comme les armes de Mgr Pie , sous le portrait de saint Hilaire, à côté de celles de Mgr Guitton , son prédécesseur , pendant l'épiscopat duquel avaient été commencés les travaux de restauration.
Entre les projets dignes de saint Hilaire que forma l'évêque de Poitiers dans le silence de la prière aux pieds de saint Martin, le rétablissement de la vie monastique à Ligugé fut certainement le principal. Il était là, prosterné près de la muraille de Tantique monastère ; la terre qu'il foulait aux pieds avait été donnée par saint Hilaire à saint Martin, et la spoliation sacrilège de la Révolution avait seule pu arracher ce domaine sacré à rÉglise de Dieu. Ces pensées navraient son cœur et animaient son courage. Il prit plus que jamais la résolution de mettre un terme au triomphç de satan.