Voyez ci-dessus, page
en six médaillons représentant les principales phases de la vie de saint Martin jusqu'à son épiscopat. Dans le médaillon inférieur, à gauche, saint Martin reçoit le baptême de la main de saint Hilaire ; à droite, il reçoit l'Ordre d'Exorciste de la main du saint pontife, ou du moins tel était le sujet primitif assez mall^endu par le peintre verrier. Dans le troisième médaillon, saint Hilaire conduit son disciple à Ligugé qu'il lui montre à l'horizon ; dans le quatrième, saint Martin fait fuir devant lui les nombreux serpents qui infestaient le pays ; le cinquième le représente annonçant la parole de Dieu aux populations environnantes, et le sixième, transcrivant dans sa cellule monastique quelques manuscrits précieux.
Dieu ne permit pas à Madame de Clam, notre bienfaitrice insigne, de voir de ses yeux ces dernières beautés de la maison de Dieu. Le 24 octobre 1861, cette âme sainte allait au ciel recevoir le prix de ses bonnes œuvres, laissant les moines de Ligugé dans la désolation d'avoir perdu celle qu'ils aimaient comme une mère.
Marie-Charlotte-Françoise du Paty de Clam était née en 1781 de noble et puissant Messire Charles-Marguerite-Jean-Baptiste Mercier du Paty de Clam, président à mortier du parlement de Bordeaux, célèbre par son éloquence et plus encore par ses trop fameuses Lettres sur r Italie, Élevée par un tel père, il semble que la jeune Françoise eût dû marcher dans une autre voie que celle de la vertu ; mais Dieu eut soin de la prémunir contre l'éducation paternelle en lui prodiguant les plus rares qualités de l'esprit et du cœur. Privée d'ailleurs de bonne heure de son père, elle ne connut la vie qu'à travers les horreurs sanglan-
tes de la Révolution , école excellente pour une âme bien née. L'indigence acheva de la puritier. Les biens de sa famille ayant été séquestrés ou vendus, sa mère fut réduite à renvoyer tous ses domestiques, et Françoise fut chargée de faire la cuisine. La tourmente passée, des jours meilleurs se levèrent à l'horizon, etMademoiselle du Paty put reprendre ses études interrompues, et parut bientôt au milieu du monde avec cette grâce et cette distinction qui la faisaient rechercher et aimer par tous ceux qui rapprochaient. Des convenances de famille l'ayant unie par le mariage à son cousin germain, Charles Mercier du Paty de Clam^ elle devint le modèle des épouses comme elle avait été l'exemple des jeunes tilles. Un seul fait en dira plus que toutes nos paroles. La veille de son mariage, elle s'adressa à un confesseur qui, sans doute, connaissant son courage, lui demanda de ne jamais paraître en aucun bal ; et elle le promit. Son tiancé, à qui elle avoua la promesse qu'elle venait de faire, loin de la blâmer, ne ressentit qu'une estime plus profonde pour sa vertu.
Un mariage contracté avec de tels gages de fidélité pouvait-il ne pas être une union heureuse selon Dieu? Il est vrai que le finiit de sa fécondité ne subsista pas sur cette terre ; mais la fécond ité de la charité, bien autrement précieuse, lui fut largement départie. La vie de Madame de Clam ne fut qu'un tissu de bonnes œuvres de tout genre. Pendant les quelques années où Ligugé fut privé de pasteur, elle se chargea d'apprendre aux enfants du village les principes de la foi chrétienne. Transportée à Digne, dans le Midi, par des nécessités de santé, elle y fonda un
orphelinat qui subsiste encore. Aucun pauvre ne se retirait d'auprès d'elle sans être consolé ou soulagé. Devenue veuve le 24 octobre 1853 , elle ne pensa plus qu'à mériter pour elle et pour son cher défunt le salut éternel par de plus fréquentes et de plus abondantes aumônes. Qui exprimera les douceurs de l'intimité qui s'établit entre les religieux du prieuré de Saint-Martin et cette âme céleste ! Son bonheur était de voir ses Pères bénédictins , de les entendre chanter les louanges de Dieu, de s'unir à leurs prières. Nous avons dit un mot de sa maternelle sollicitude pour le monastère ; mais Dieu seul sait les sacrifices qu'elle s'est imposés pour soulager leur détresse très-grande assurément, surtout au début de la fondation. Tant de mérites ne pouvaient trouver une récompense digne d'eux sur cette terre misérable. Dieu l'appela pour les couronner par d'éternelles et ineffables délices. Le Très-Révérend Père Abbé de Solesmes et Monseigneur l'Évêque de Poitiers voulurent honorer ses obsèques de leur présence. Toutefois la gratitude des moines de Ligugé ne leur permet pas, malgré la confiance qu'ils ont de son bonheur , de cesser leurs prières pour une aussi grande bienfaitrice; et chaque année, un service anniversaire leur rappelle ce qu'ils doivent et ce
qu'ils ont perdu.
Dans cette église, ainsi ornée par la munificence
de la charité *, les beaux jours de la vie monastique
allaient renaître. Pour la première fois, depuis un
millier desiècles peut-être, on vitdeux religieux profès
1. Nous ne faisons pas l'énumération des reliques, encore en trop petit nombre, qui composent le trésor de notre église. Mentionnons pourtant^ outre celles de saint Martin, de saint Savin et
y recevoir les ordres mineui*s de la main du T. R. Père Abbé 'de Solesmes (11 mai 1855) ; et environ deux ans après (26 octobre 1856) , ces deux mêmes Pères y étaient ordonnés prêtres : spectacle aussi nouveau qu'édifiant pour la population de Ligugé. Mais une autre cérémonie bien autrement touchante, au point de vue monastique et aux yeux des habitants du village, fut la profession de deux frères convers, Fr. Placide et Fr. Romain, tous deux dignes de Testime et de Vaffection dont ils étaient l'objet (5 juillet 1887).
Cette double profession, suivie de plusieurs autres, avait une haute portée pour quiconque avait l'intelligence de la conduite ordinaire de la Providence divine. La vie religieuse n'avait pas seulement repris racine dans l'enceinte bénie de notre monastère; elle redevenait féconde et produisait des fruits excellents. Ainsi préparé, l'arbre de la vie bénédictine à Ligugé devait naturellement s'accroître et atteindre la perfection de son développement.
De nouveaux membres vinrent en effet compléter la première colonie ; mais à cet accroissement s'en joignit bientôt un autre plus important encore.
de sainte Badegonde, la belle relique de la vraie croix, donnée par Madame la baronne Dujou, et Tinsigne ossement de saint Maur, extrait du précieux trésor de Saint-Maur près Châteauroux. Cette dernière relique, et une petite portion du crâne de saint Benoît, viennent d'être renfermées dans deux magnifiques reliquaires exécutés par un habile artiste de Paris. Ils ont été offerts par un cœur si filialement dévoué à saint Benoît et à son disciple bien-aimé, que nous n'osons l'affliger en soulevant le voile de sa modestie : que saint Achard, son parent, saint Martin, saint Benoît et saint Maur bénissent , avec sa pieuse mère, son corps et son âme 1