S. Grég. de Tours, Hist. des Francs, I
<t heureuses années de sa vie. C'est d'ici eulin qu'à < pareil jour, selon toute apparence, il s'acheminait « tristement et en silence, avec la troupe déjà nom- « breuse de ses moines, vers la ville de Poitiers pour « y rendre les derniers devoirs à son vénérable « père, révoque Hilaire. »
Ce magnifique discours, dont Ilmpression fut vive et profonde , et les autres cérémonies des sessions solennelles (c'était la troisième du Concile), étant terminés , les Pères se dispersèrent dans l'intérieur du monastère pour le visiter, puis remontèrent dans les wagons, qui les transportèrent dans le lieu ordinaire de leur séance, à Poitiers.
Nous terminerons par ce grand événement le récit historique que nous avons entrepris à la gloire de saint Martin. iMais, avant de nous séparer du lecteur qui a bien voulu nous suivi'e jusqu'à la tin. il nous permettra de fixer son attention sur un fait qui nous paraît providentiel.
Les temps que nous traversons sont mauvais; satan semble avoir été déchaîné contre l'Église. A son instigation, les impies propagent , par tous les moyens, les blasphèmes d'Àrius contre Dieu et contre son Verbe. D'autres osent même nier leur Créateur éi aspirer à la renaissahce des abominations de Tidolàtrie. L'intelligence de l'homme, ses passions, ses plaisirs : voilà leurs dieux. Le xix^ siècle ressemble au IV® sous plus d'un rapport , et les mêmes erreurs appellent les mêmes secours.Or,quel saint futplus terrible au règnede satan que notre grand thaumaturge? Qui reçut de Dieu une puissance égale pour anéantir le paganisme et répandre le règne de Jésus-Christ parmi les peuples? Avec Hilaire son maître, qui dé-
inoutra avec plus d'efficacité la divinité du Verbe, par la vertu de la sainteté et la puissance des miracles? De ([ui la sainte Église prononça-t-etle jamais un éloge pareil à celui qu'elle fait de Martin dans cette antienne : « Oh ! le bienheureux Pontife! Oh! qu'il « aimait de toutes les forces de son cœur le Christ « roi ! et combien peu il redouta les puissances ter- « restres ! très-sainte âme ! qui, sans être frappée « par le glaive du persécuteur, n'a pourtant pas été « frustrée de la palme du martyre î »
Saint Martin est donc, de notre temps comme au iv« siècle, l'une des forces les plus puissantes déposées par Dieu dans l'Église contre les séductions des erreurs contemporaines ; l'un des modèles les plus parfaits pour les âmes qui veulent faire à Jésus amende honorable des outrages de l'impiété, des indifférences de tant d'âmes malades. Voilà pourquoi son culte reçoit de jour en jour des accroissements inespérés, à Tours, à Ligugé, dans tous les lieux oïl son nom est vénéré ; voilà pourquoi on a rétabli son antique monastère de Ligugé ; voilà pourquoi sera bientôt réédiliée sa splendide basili- (fuede Tours. Saint Martin, du haut du ciel, secondant la piété de ses dévots serviteurs, montre que son bras n'est pas raccourci. A Ligugé, comme à Tours, des grâces même corporelles sont accordées à la prière fervente *. Mais les grâces spirituelles obtenues par l'intercession de notre grand thaumaturge sont innombrables.
Que les âmes fatiguées et accablées sous le poids
1. La famille Poudret, de Ligugé, atteste hautement que M"« Virginie Poudret a été guérie, étant tout enfant, par l'intercession de saint Martin, d'un mal qu'elle avait au bras.
de la tristesse ou de la souffrance morale, vienuent prier avec confiance saint Martin dans cette vallée du Clain qu'il a tant aimée pendant sa vie, et qu'elles disent ensuite si elles n'ont pas senti la consolation et la lumière descendre en elles et les pénétrer comme d'une rosée céleste. Puisse ce faible travail contribuer, en quelque chose, à faire croître et à propager cette dévotion si salutaire , consacrée par quinze siècles d'hommages et de vénération !