‹ Saint Martin et son monastère de LigugéChapitre 116 sur 153 · Sulpic. Sever. Vita S, Martiniy cap · texte numérisé non relu

Sulpic. Sever. Vita S, Martiniy cap

« essaya de se rattacher par des liens plus étroits

« en lui imposant TOrdre du diaconat, et de le fixer

« au ministère de son Église. Mais comme le saint

« résistait toujours à ses instances souvent réitérées,

« ce grand évéque comprit que le seul moyen de

« vaincre son humilité était de lui proposer un

« Ordre moindre, qu'il ne pourrait refuser sans

M paraître en mépriser les humbles fonctions. Il

« l'ordonna donc exorciste , et saint Martin ne put

« ei\ effet repousser ce fardeau. Quelque temps après ^

« ayant reçu en songe Tordre du Ciel d'aller jus-

« ques en Pannonie, prêcher la foi à ses parents

« encore idolâtres, il partit avec la permission de

« saint Hilaire, après avoir toutefois solennellement

« promis à celui-ci de revenir près de lui^ lorsqu'il

« aurait rempli sa mission. »

Viennent ensuite, dans le récit de Sulpice-Sévère, un incident étranger à notre sujet, les prédications de saint Martin en Pannonie et en lUyrie, la conversion de sa mère, et enfin son retour en Italie. Et c'est alors seulement qu'il apprend que l'Église des Gaules est bouleversée par suite de l'exil de saint Hilaire. Qui pourra croire que tant d'événements se soient accomplis en quelques mois? Mais allons plus loin.

Si, lorsque saint Martin était à Poitiers, saint Hilaire eût déjà été en butte aux calomnies et aux poursuites haineuses de Saturnin et des autres sectateu]:s de l'arianisme , si le décret du conciliabule de Béziers eût déjà été lancé contre Tillustre champion de la vérité catholique , comment se persuader que son fidèle disciple eût consenti à s'éloigner de lui? Comment expliquer surtout ce serment par

lequel saint Martin promit de revenir près de son maître * aussitôt que sa prédication lointaine serait terminée? Saint Hilaire, ^ur le point de partir pour un exil peut-être perpétuel, eùt-il songé à exiger de pareilles promesses vraisemblablement inutiles ? Il n'était donc pas question de poursuivre et encore moins d'exiler saint Hilaire au moment du départ de saint Martin pour la Pannonie. Ce voyage, par conséquent, a dû s'effectuer avant l'année 356, puisque c'est au début de cette année-là, ou vers la fin de l'année précédente , que l'illustre évêque de Poitiers fut en butte aux calomnies de son ennemi personnel, de l'indigne archevêque d'Arles. Toutes les considérations tirées soit de l'histoire contemporaine, soit de la vie même de saint Martin, soit des convenances résultant des relations si intimes et si affectueuses qui existaient entre saint Hilaire et saint Martin , se réunissent ainsi pour opposer une fin de non-recevoir aux circonstances de temps et de lieu dans lesquelles Sulpice- Sévère prétend que s'est terminée la carrière militaire de son héros.

Est-ce à dire pourtant que nous devions rejeter le récit lui-même ? Nous ne le pensons pas. Il y a dans l'ensemble du fait trop de particularités remarquables et conformes en tout point au caractère bien connu de saint Martin, pour que nous puissions les. révoquer en doute. D'ailleurs, Sulpice-Sévère n'a jamais été accusé d'imposture, et s'il a pu se tromper sur le nom du prince ou de la ville, ou sur l'époque

1. Sulpic. Sever. Vit S. Mo/rtinif c&p. 5 : ce Ex voluntate a sancti Hilariî profectus est, muUis ab eo ÀBTBlCTVS precibus a et lacrymiê nt rediret. ». «

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auxquels il rapporte 1 événement en question, le reste de sa narration doit être accepté comme authentique.

Si donc nous rencontrons dans l'histoire de ce temps-là un fait qui , à part les circonstances inacceptables que nous venons de signaler, présente, avec le récit de Sulpice-Sévère , les analogies les plus frappantes , nous pourrons et nous devrons môme croire que c'est là le fait que nous cherchons. Or il en est ainsi.

Reproduisons d'abord le récit de Sulpice-Sévère, et rapprochons-le du fait analogue que nous avons la pensée de lui substituer *. « Cepen- « dant les barbares ayant fait irruption dans les f Gaules , Julien César (erreur reconnue) réunit une armée à Vangionum (autre erreur) et commença à distribuer de l'argent à ses soldats. Or comme, selon la coutume, chacun d'eux était appelé par son nom , arriva enfin le tour de Martin. Mais, trouvant le moment opportun pour demander son conj^é et croyant peu digne de lui de recevoir une gratification alors qu'il était résolu à ne pas combattre : « Jusqu'ici, dit-il au César, j'ai milité « pour toi ; souffre que je milite maintenant pour « Dieu : que celui qui doit combattre reçoive la « récompense; pour moi, je suis soldat du Christ, il .a ne m est pas permis de combattre, » A ces mots le tyran frémit de fureur , disant que c'était par crainte de la bataille qui devait se livrer le lendemain , et non par un motif de i^eligion. quilseretir3.it de la milice. Alors Martin,avec intrépidité et avec un courage accru par cette accusation : « Puisqu'on attribue ma détermination, dit-il, à ma lâcheté et non à ma foi, eh bien !

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