‹ Saint Martin et son monastère de LigugéChapitre 13 sur 153 · PREMIER SÉJOUR DE SAINT MARTIN A POITIERS · texte numérisé non relu

PREMIER SÉJOUR DE SAINT MARTIN A POITIERS

Libre désormais d'une carrière qu'il n'avait embrassée que par contrainte, mais qu'il avait remplie avec gloire et distinction , Martin tourna ses regards vers la nouvelle voie qui s'ouvrait devant lui.

Éclairé de la lumière divine , il comprit que son inexpérience réclamait un guide. Esprit élevé et fermement assis sur le fondement des vrais principes, il jeta les yeux sur le monde catholique pour y chercher l'homme qui devait être sa lumière et son conducteur dans le chemin de la perfection à laquelle son âme aspirait de toutes ses forces. Cinq grands noms d'évêques partageaient alors l'admiration des catholiques fidèles : Athanase d'Alexandrie, Paulin de Trêves, Eusèbe de Verceil , Osius de Cordoue et Hilaire de Poitiers. Athanase était trop loin ; Osius était trop vieux; Paulin était parti pour l'exil, Eusèbe en était menacé. Hilaire seul restait encore debout, comme un phare autour duquel se rangeaient en Occident, et surtout en Gaules , toutes les intelligences avides de la vraie doctrine de Jésus- Christ. Martin résolut d'aller trouver ce maître de la lumière et de la vie divine; et immédiatement il prit le chemin de Poitiers. C'était au mois de mars 354.

Arrêtons-nous un instant devant ce grand spectacle. Voilà l'homme prédestiné à devenir Y Apôtre

de toute la Gaule ^, notre France actuelle , et à implanter, à féconder, à propager par ses exemples, ses préceptes et ses miracles, Tarbre à peine épanoui de l'institut monastique.- On peut dire que cet homme porte en son âme les destinées de nos Églises et de l'Ordre monastique en Occident. Bienheureuse la contrée "qu'il va choisir pour son héritage de prédilection I Bienheureux l'homme que Dieu lui donnera pour père! Abraham, recevant l'ordre de quitter la terre de la Chaldée pour aller habiter le pays de Chanaan , portait à ce pays , jusque-là infidèle , la plus grande bénédiction qui pût être accordée par Dieu à une habitation humaine : il en faisait le berceau du Fils de Dieu. Ne peut-on^ pas dire quelque chose de semblable de la bénédiction .qu'apporta saint Martin à la terre du Poitou, jusqu'alors si peu fertile en fruits de salut, et depuis, si féconde en institutions vraiment catholiques ? Au milieu des Chananéens infidèles, Abraham rencontra un homme qui fut assez grand^pour le bénir , Melchisédech ; Martin, dans la terre du Poitou , rencontrera aussi un homme assez grand pour donner à son œuvre la bénédiction divine , saint Hilaire I Quel était donc cet homme vers lequel saint Martin accourait avec une impatience filiale ?

Hilaire était né très-probablement à Poitiers *, d'une famille distinguée, et vraisemblablement chrétienne.

Page 1