‹ Saint Martin et son monastère de LigugéChapitre 14 sur 153 · Epist. Concil. Turon. {8, Greg, Twr, Hist. Fram, IX · texte numérisé non relu

Epist. Concil. Turon. {8, Greg, Twr, Hist. Fram, IX

2. Bien que cette question soit controversée et que j'aie suivi autrefois le sentiment contraire (^Saints personnages de VAnjon, I, 7), rétude plus approfondie des monuments du Poitou a modifié mon opinion.

Malheureusement, au iv^' siècle, nous l'avons déjà remarqué, les familles de l'aristocratie romaine, même les plus fidèles, malgré les réclamations des saints Docteurs, avaient la déplorable coutume de ne faire conférer le sacrement de baptême à leurs fils qu'à un âge assez avancé. Comme saint Basile le Grand et saint Grégoire de Nazianze, comme saint Ambroiseetsaint Paulin de Nôle, comme saint Martin et saint Augustin , saint Hilaire fut livré probablement, à Trêves , à tous les périls d'une éducation païenne dans son enseignement, avant d'être régénéré par l'eau vivifiante du baptême. Comme saint Martin, cependant, son cœur droit et son esprit élevé le préservèrent des écarts auxquels étaient exposés les jeunes patriciens, à cette époque de transition entre le paganisme et le christianisme.

Ses progrès dans les lettres et dans les sciences, que l'on cultivait alors , furent aussi rapides que remarqués. L'avenir le plus brillant s'ouvrait devant lui. Mais sa modestie avait horreur de l'ambition. Il préféra les douceurs du foyer domestique aux agitations des affaires politiques. Son âme, s'élevant dans une sphère plus haute, sonda lès profondeurs des mystères divins, et sous le charme des grandes choses qu'il y découvrit il demanda le baptême et fut admis avec j'oie dans les rangs des fidèles. A partir de ce jour, sa vie se couronna d'une auréole de vertus qui fit l'admiration de tous les hommes remarquables de l'Aquitaine qui connaissaient son mérite ou sa famille. Uni à une épouse digne de lui, il en avait eu une fille nommée Abra , dont le souvenir virginal persiste encore en Poitou, comme le type de la pureté la plus suave et la plus gracieuse. Le bonheur

régnait donc dans ces trois cœurs, qui n'en formaient qu un seul dans le foyer commun de l'amour divin.

Cependant l'Église de Poitiers ne se contenta pas d'admirer , elle voulut utiliser l'autorité d'un si grand exemple. Sachant la vie de continence parfaite que menait Hilaire depuis sort baptême , l'évêque, le clergé et les fidèles de Poitiers se réunirent pour lui imposer le fardeau du sacerdoce ; et bientôt, après la mort de saint Maxentius , la dignité suprême du pontificat lui fut conférée, aux applaudissements de l'Aquitaine entière. C'était vers l'an 349 ou 350.

La réputation d'éloquence et de savoir que possédait Hilaire revêtit un éclat nouveau dans le poste éminent oîi il venait d'être élevé. La profondeur de sa doctrine et les magnifiques enseignements qu'il donna à son peuple furent bientôt connus et appréciés dans toute la Gaule. Il se plaça en peu de temps au premier rang de l'épiscopat , et l'Église d'Occident apprit avec joie que la vérité catholique avait un nouveau défenseur aussi puissant en œuvres qu'en paroles.

Mais à ces qualités de l'esprit s'unissaient les dons les plus précieux du cœur , une charité sans bornes, une foi digne des Apôtres. C'était à la fois un grand homme et un homme de Dieu, déjà éclairé par les illuminations surnaturelles réservées aux saints.

Dans la lutte que soutenaient les catholiques contre les ariens , il s'était contenté jusqu'alors d'afiirmer sa foi devant son peuple , et de la proclamer dans les assemblées libres des évêques ses collègues. Mais bientôt il refusa de se rendre au concile réuni dans la ville d'Arles, sous les inspirations

de l'empereur Constance , et dans lequel Tarchevêque Saturnin,âme damnée de l'hérésie, avait commencé à exercer ses violences en provoquant l'exil de saint Paulin de Trêves (353). Telle était la situation lorsque saint Martin, franchissant rapidement la distance qui le séparait de son maître de prédilection, arriva à Poitiers.

Ce fut un grand jour pour notre province; et du haut du ciel les saints évoques et les saints martyrs et confesseurs, qui avaient arrosé de leur sang ou de leurs sueurs la terre du Poitou, durent contempler avec allégresse ce pèlerin courageux, encore inconnu, venant achever l'œuvre qu'ils n'avaient fait qu'ébaucher.

Le souvenir de cet événement, pendant plusieurs siècles, est resté gravé, non-seulement dans la mémoire du peuple de Poitiers, mais encore dans un monument célèbre; et il a fallu toutes les indifférences accumulées par les révolutions politiques qui ont successivement bouleversé notre province pour qu'il disparût tout à fait de l'histoire locale. Qu'il nous soit permis d'exprimer publiquement la joie que nous éprouvâmes lorsqu'un vieux manuscrit nous révéla l'origine de ce monument commémoratif. a Hilaire, dit cet ancien manuscrit *, fut un homme « aux œuvres magnifiques, mais il ne fut pas seule- « ment grand par sa sainteté personnelle, il fut plus

1. Ce manuscrit (Fonds lat. 196, Bibliot. nation, de Paris) est du X® siècle au plus tard. Le catalogue le fait même remonter au ix^ siècle. Il provient de l'ancienne abbaye de Saint- Martial de Limoges. C'est une compilation de divers documents relatifs à saint HUaire et antérieurs à la transcription du manuscrit.

« grand encore par son disciple Martin, qu'il or- « donna diacre * , et qui devint plus tard évêque de € Tours. Jusqu'aujourd'hui les traces des pas de ces € deux admirables pontifes sont restés imprimées sur « le sol , dans Tenclos du Chapitre de Saint-Pierre « de Poitiers et devant l'église qui fut construite c plus tard en l'honneur de saint Martin , à l'endroit « où ils se rencontrèrent pour la première fois *.»

Ainsi, à la fin du neuvième siècle, les traces des pieds de ces deux saints restaient encore imprimées sur le sol qu'ils foulèrent au moment où ils se virent et s'embrassèrent pour la première fois. Quanta l'église deSaint'Martinrentre'leS'Eglises^2iitQnBj\ie à la cathédrale, et que Mgr Pie, évêque actuel de Poitiers, a naguère ressuscitée de ses ruines, notre texte semble dire qu'elle fut bâtie en mémoire de ce fait mémorable entre tous dans l'histoire de l'Église de Poitiers \ Et qui s'étonnerait queDieu eût permis un tel miracle eu faveur du grand saint Hilaireetde l'admirable saint

1. Sulpice- Sévère ne parle que de Tordre à' exorciste conféré par saint Hilalre à saint Martin ; mais il ne raconte qne ce que saint Martin reçut pendant son premier aéjowr à Poitiers. Bien ne s'oppose à ce que saint Martin ait été plus tard ordonné diacre,

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