Usq;ive nwie etiam , in cœnohio sancti Pétri Pictavensis
UBI PBIHO SE INVICEM OBVIAVEBUNT , ANTE ECCLBSIAH QUiE POSTMODUM CONSTBUCTA EST IN HONOBEM S. MABTIKI,
eorum vesti^ia solo impressa manent {loc. cit.). L'expression in cœnohio sancti PetH se rencontre surtout au ix<> et au commencement du x^^ siècle, dans les chartes du Poitou , qui font mention du Chapitre de la cathédrale. Mk' l'ETêque de Poitiers a bien voulu utiliser cette découverte dans une de ses lettres pastorales (janvier 1869).
8. A moins que l'on ne dise qu'elle fut construite sur le lieu de l'habitation de 8. Martin pendant son premier séjour à Poitiers.
Martin, dont la puissance surnaturelle était si notoire, qu'on invoquait la multitude des prodiges opérés par eux, avant et après leur mort, pour prouver aux hérétiques et aux barbares la vérité de la religion catholique ^ ? Si saint Paul et saint Antoine et tant d'autres saints se reconnurent par une inspiration divine, et se jetèrent dans les bras Tun de l'autre en s'appelant par leur nom, qui peut douter, après le prodige que nous venons de signaler, que la même grâce ait été accordée à saint Hilaire et à saint Martin ?
lis n'eurent pas besoin de longues, journées d'habitation commune pour s'apprécier mutuellement. Qui pourrait exprimer le bonheur de saint Hilaire de posséder un tel disciple ? et la reconnaissante humilité de saint Martin en écoutant les enseignements d'un tel maître ? Ce sont là les secrets de Dieu, qu'il serait téméraire à un homme de sonder.
Les semaines et les mois s'écoulaient rapidement ; et saint Hilaire sentait de plus en plus le désir d'attacher à son Église, par desliens autant que possible indissolubles , le précieux trésor que venait de lui concéder la bonté divine. Il résolut de conférer à saint Martin l'ordre du diaconat. Mais ses efforts se brisèrent contre l'humîlité de son disciple. En vain revint-il à la charge, et essaya-t-il de faire valoir toutes les considérations divines et humaines : il ne put rien obtenir. La dignité du diaconat effrayait saint Martin. Enfin saint Hilaire inventa un expédient qui lui réussit, t Puisque vous refusez l'un des ordres majeurs de la cléricature, dit-il à
1. Epist. S. Nioetii ad Chlodosymdam regiuam Longobardorum {PatTolog, lot. LXVIII, 377-378).
son humble disciple, je vous donnerai ce qui vous convient, le plus méprisé des ordres inférieurs, celui d'exorciste. Cet ordre vous conférera d'ailleurs pleine puissance contre le démon votre ennemi, » Saint Martin se laissa prendre à ce piège, et il consentit à recevoir l'ordre d'exorciste. D'après la discipline alors reçue dans l'Église', c'était un lien qui l'attachait pour toujours à l'Église de Poitiers.
Cependant TEsprit-Saint sembla vouloir renverser les pieux desseins de saint Hilaire, en ordonnant dans une vision à saint Martin d'aller en Pannonie travailler à la conversion de ses parents encore idolâtres. Saint Hilaire fut d'abord consterné à cette nouvelle ; mais, ranimant son espérance dans le Seigneur, il n'osa s'opposer à la volonté de Dieu. Il consentit au voyage, mais non sans verser beaucoup de larmes , non sans faire promettre à saint Martin de revenir près de lui aussitôt qu'il aurait accompli la mission dont le Ciel le chargeait.
Saint Martin partit avec la bénédiction de son illustre maître, le cœur rempli de tristes pressentiments , qui ne se réalisèrent que trop. Il avoua même à plusieurs des clercs de saint Hilaire qu'il s'attendait à souffrir de cruelles persécutions pendant ce voyage.
Le premier incident lui arriva au passage des Alpes. Égaré dans les gorges des montagnes, il y fut arrêté par des voleurs qui, ne trouvant rien sur lui, menacèrent de le tuer. L'un d'eux brandit sur sa tête sa hache pour l'en frapper ; mais son bras devint roide par la puissance divine. Loin d'être effrayés par ce prodige, ces brigands lièrent les mains derrière le dos au serviteur de Dieu, et le livrèrent à
Tun d'eux pour le dépouiller et le garder à vue. Lorsquela troupe se fut éloignée: « Qui es-tu donc? » 1 ui demanda le brigand. — « Je suis chrétien , » répondit Martin. — « Est-ce que tu n'as pas peur ? * — « Ja- < mais je n'ai éprouvé une telle sécurité, car je sais « que la miséricorde de Dieu me viendra en aide ; c mais j'ai bien peur pour toi qui te rends indigne, « par tes brigandages, de cette miséricorde divine, i Puis il se mit à lui parler de Dieu, de ses jugements, (le la foi chrétienne. prodige ! 6e larron fond en larmes; il sejetteauxgenoux du saint, se recommande à ses prières, le remet dans son chemin, etdisparaît. Cependant le Seigneur ne laissa point sans fruit le germe de salut déposé dans cette âme pécheresse. Quelques années plus tard, ce même brigand, enteadant parler de Martin et des disciples qui se groupaient autour de lui, venait, sans doute à Ligugé, expier dansles larmes et la pénitence les égarements de sa vie. Et c'est de sa bouche même que Sulpice- Sévère tenait les détails de ce récit.
A Milan, saint Martin rencontra sur son chemin le démon sous la forme humaine, qui lui demanda où il allait: c Je vais, répondit Martin, là où le Sei- « gneur m'appelle. * — « Sache-le bien, reprit le « tentateur, partoutoù tu iras, et quelque chose que « tu entreprennes, tu m'auras toujours pour adver- « saire. » — « Le Seigneur est mon secours, ré- « pliqua Martin avec le Psalmiste, et je ne redoute « pas les machinations des hommes. » — A ces paroles divines, le diable s'enfuit et disparut.