RETOUR DE SAINT UARTIN A POITIERS. — LES ORIGINES
m MONASTÈRE DE LIGUGÉ.
Cependant le bruit du retour triomphal de saint Hilaire se répandit avec rapidité dans toute l'Italie, et jusque dans la petite île où saint Martin s'était réfugié. A cette heureuse nouvelle, celui-ci abandonne sa chère solitude et vole à la rencontre de son mattre bien-aimé. Apprenant qu'il s'est dirigé eur Rome, il y court; mais Hilaire en était déjà parti. Martin poursuit ses traces, et arrive à Poitiers presque en même temps que le saint Pontife.
Qui essaiera de peindrele tableau de cette seconde rencontre ? Si la première avait été accompagnée de si douces consolations, de faveurs si particulières du Ciel , quelles grâces ineffables descendirent dans ces deux âmes agrandies par tant de tribulations, par tant de travaux supportés pour Jésus- Christ! Qui dira les entretiens de saint Hilaire et de saint Martin pendant les premiers jours de leurs épanchements intimes ? Saint Martin admirait plus que jamais la largeur, la profondeur et la hauteur de la doctrine qui s'écoulait en flots lumineux de la grande âme de saint Hilaire, et saint Hilaire admirait l'édifice merveilleux de perfection religieuse que la main de Dieu avait élevé dans l'âme de saint Martin, depuis leur séparation.
Le disciple rendait compte des essais de vie monastique qu'il avait tentés à Milan et dans l'ile dé Gallinaria ; l'illustre maître répondait par la description de la prodigieuse diffusion des moines en Orient, et par Ténumération des immenses services qu'ils y rendaient à la oause de la foi catholique, dont ils étaieùt les indomptables champions. La Cappadoce, la Phrygie , les principales villes de l'Asie Mineure possédaient des phalanges de cénobites qui soutenaient les peuples dans la vraie croyance *, et qui alliaient aux douceurs de la contemplation la ferveur du zèle apostolique.
Ces entretiens , en jetant de nouvelles lumières dans l'esprit de Martin , enflammaient son cœur du désir de plus en plus ardent de réaliser, sous la conduite de son maître, Tidéal de perfection religieuse dont celui-ci lui traçait un si ravissant tableau, il demanda donc etobtintdu saint évêque, à deux lieues de Poitiers, un prœdium que saint Hilaire tenait probablement à titre héréditaire de ses nobles parents.
Le nom de Locotegiaco* ou Locoteiaco^ à'oh le mot français de Légugé ou Ligugé (en celtique : lieu de petites cabanes), semble lui avoir été donné pour exprimer la physionomie que lui imprimèrent saint