Taiemont, HiH, eocUt. VI
2. Cette forme primitive, que j'ai trouvée dans un manuscrit du xi« siècle, mais qui n'est qu'une copie d'un manuscrit beaiucoup plus ancien, me paraît plus conforme à l'étymologie donnée par IMÇ. Cardin (Cf. Mém, Soc, antiq, Onestf 1839, p. 77). La fonne Zoeoteiaco est celle qui est reproduite sur un triens ou tiers de sou mérovingien, dont nous donnerons plus loin une empreinte exacte. Je dois cette empreinte à la généreuse affection de M. Anatole de Barthélémy'^ mon excellent et savant ami, qui l'a fait graver avec beaucoup de soin.
Marlin el ses premiers disciples. En effet, saint Martin ne se retira pas seul dans cette solitude. Des hommes d'élite se joignirent à lui, soit qu'il les eût déjà réunis autour de lui pendant son premier séjour à Poitiers , soit qu'ils fussent venus de la ville de Milan, où il avait fait l'essai d'un premier monastère, comme nous l'avons vu, soit enfin que, depuis son retour, plusieurs jeunes Poitevins et Aquitains se fussent rangés sous sa conduite.
Si saint Hilaire avait eu de la vie monastique l'idée fausse et mesquine que Yon s'en fit généralement plus tard, il eût certainement trouvé pénible le sacrifice que Dieu lui imposait en privant son clergé d*un homme tel que saint Martin. Mais, outre que, à cette époque et jusqu'au xiv^ siècle , l'institut monastique était loin d'être considéré comme antipathique à l'apostolat, ainsi que nous l'avons constaté plus haut , ce grand pontife comprenait trop,, même au pomt de vue delà conversion des âmes, l'importance de la prière nourrie et fécondée par la vie contemplative, pour ne pas applaudir à cette immolation volontaire de son illustre disciple.
Les voilà donc, ces deux admirables saints, se dirigeant par la voie romaine qui conduit de Poitiers à Saintes , ou à travers des sentiers plus frais et moins connus , vers la solitude prédestinée à être le premier monastère de la Gaule occidentale, le modèle sur lequel, désormais, en Occident , on formera tous les foyers de la vie religieuse. Ils traversent la délicieuse vallée du Ckin ; ils côtoient ces collines, les unes abruptes, les autres verdoyantes, d'autres couvertes de forêts, qui se dressent au-
dessus d'eux, ou leur prêtent Fappui de leurs granits. C'est à peine s'ils considèrent , en passant, les gigantesques aqueducs que la puissance romaine^ a jetés sur les flancs de ces rochers pour porter jusque dans la ville de Poitiers le tribut des eaux limpides qui prennent leurs sources non loin du lieu qu'ils veulent atteindre. Dans la forêt qui environne cette solitude encore inhabitée, la mule de saint Hilaire fit un faux pas , disent les anciens * , et son pied s'imprima sur un rocher, qui en a conservé la trace presque jusqu'à nos jours. Enfin les saints voyageurs sont à Ligugé, dans ce vallon terminé d'un côté par le Clain et les pentes escarpées de Smarves, et de l'autre par une chaîne de collines oifrant un abri propice aux solitaires qui auraient besoin d'un air plus vif et plus serein. Ce n'est encore qu'un désert silencieux ; mais avec Martin ce désert va fleurir comme un lis et retentir de concerts angéliques.
Les nouveaux hôtes ont bientôt construit leurs habitations. Les uns se bâtissent des cabanes de bois avec les branchages et les troncs d'arbres de la forêt voisine ; d'autres vont se réfugier dans les cavernes formées par les rochers environnants ; ceux-ci apportent leurs tentes le plus près possible de saint Martin ; ceux-là s'en éloignent à quelque distance , pour respirer l'air d'une plus profonde solitude. Saint Hilaire, qui avait vu les monastères de l'Orient construits sur le modèle des laure^ de la Palestine et de l'Egypte, dut présider à la disposition générale des habitations. Il était comme le père de cette nouvelle famille monastique.