‹ Saint Martin et son monastère de LigugéChapitre 20 sur 153 · A LIGUGÉ · texte numérisé non relu

A LIGUGÉ

Parmi les jeunes hommes qui suivirent saint Martin à Ligugé, se trouvait un catéchumène, plein des plus belles espérances. Il était aimé de Thomme de Dieu, qui Tinstruisait, avec un soin particulier, de nos saints mystères . en attendant le jour où il le présenterait au pontife Hilaire pour la réception de la confirmation. C'était, en effet, une coutume, en Orient , de faire des monastères autant d'écoles préparatoires au sacrement de la régénération chrétienne, et même autant de baptistères où Tabbé, prêtre ou diacre, administrait le baptême après les épreuves du catéchuménat*.

1. Cf. Annal. Bened. lib. I, 21, 45 ; lib. V, 63 ; Ub. VIII, 36 ; lib. IX, 5 ; X, 5, etc. — D. Martène, De AntiqnU Ecclesi^B ritibV't tome I, lib. I, cap. i, art. II, n® 16. — Epist. S. Hieron. XXXVIII ad Joannem Hierosolym. episcopum. — Concil. Arelat. III, can. 3 et 4, notie edit. Bened. etc. — S. JoaA. Chrysost., HomU. XVIIIy 4, in Act.Apostol. : « Ideo admoneo et supplice, gratiamque peto, imo legem pono, ut nemo habeat villa m Ecclegia non Iwitriwtam. Ne mihis dixeris : Prope est,

in vicinia est, multa est impen8a<, modicus proyentus. Aie

doctorem, aie diaconum, et sacerdotalem cœtum dotem ipsi

largire Ad pacem agrîcolarum hoc est utile.... Orationes ilUc

perpétuas pro te fient, hymni et synaxes propter te, oblatio, sin-

gulis dominicis Ergo et tn auctor erisquod catechufneni Hnt

in ciciniâ Hllù, etc. » Ils sont donc dans l'en-eur ceux qui, comme

Saint Hilaire avait donc voulu iuaugurer, dans le moDastère de Ligugé, cette institution dont il avait reconnu l'utilité en Orient; et c'est probablement pour remplir plus dignement cette mission que saint Martin consentit alors à se laisser imposer l'ordre du diaconat *, qu'il avait refusé avant son départ pour la Pannonie.

Toutefois le nouveau monastère n'était pas seulement une école pour les néophytes dans la foi . c'était un asile pour les hommes avides de la perfection chrétienne. Tous rivalisaient de zèle pour les observances monastiques, l'humilité et Tabnégation d'eux-mêmes. Le renoncement à toute propriété privée, la pauvreté dans le vêtement, les longs jeunes , l'abstinence de vin et de chair , le partage du temps entre la prière et l'étude, surtout la transcription- des manuscrits , genre d'occupation que saint Hilaire avait encore apporté de l'Orient, le silence habituel , ce grand maître du recueillement et de la science divine , la prière en commun dans l'oratoire , placé au nlilieu de toutes les cellules, telle était la règle de cette communauté naissante. Néanmoins une joie céleste rayonnait sur le visage de ces hommes naguère endormis dans la mollesse d'une civilisation décrépite. Ce spectacle était un

les chanoines deBietien 1860 {Analectajurù pmitificiifjaHv. 1861. col. 506), prétendent que, jusqu'au x« siècle, le baptême n'a été administré que dans les églises cathédrales. Qu'on lise S. Hicranym. adcersus Luciferi-anos, n^ IX : a Non quidem abnuo hanc esse Ëcclesiarum consuetudinem ut ad eos qui longe a majoiibus urbibus per preiib-yteros et diaconos haptizati sunt^ ejjiscopus ad invocationem Sancti Spiiitus manum impositurus excurrat. x> 1. Cf. *plus haut, p. 22, le passage d'un manuscrit du x*^ siècle qui nons affirme ce fait,

sujet d'étonneinent pour tous ceux qui les avaient connus autrefois, et c'était uneprédieation puissante qui remuait les cœurs, et les portait à une vie meilleure.

I/Aquitaine, et bientôt la Gaule tout entière s'entretinrent de ce fait si nouveau et si prodigieux. Aujourd'hui que nous sommes accoutumés à contempler les religieux , nous ne pouvons nous faire une idée de l'effet que produisait sur les Gallo-romains, corrompus par la civilisation païenne, la vue de ces hommes, riches pour la plupart, qui renonçaient à tout pour vivre et mourir pauvres.

Le nouveau monastère était à peine inauguré depuis quelques mois lorsque des affaires urgentes obligèrent saint Martin à s'éloigner, quelques jours, de ses chers disciples.

Or, pendant son absence , le jeune catéchumène dont nous avons parlé tomba subitement malade et mourut avant qu'on eût eu le temps de lui administrer le sacrement de baptême *. La désolation fut

1. Voici, du reste, le récit de ce miracle, d'après Sulpice* Sévère ( Vita S, Martmif n® 7) : « Quo tempore se ei (Martino) quidam catechumenus junxit, cupiens sanctissimi viri institui disciplinis. Paucisque interpositis diebus, languore con-eptus vi febrium laborabat. Ac tum Martinus foi'te discesserat.»Et cimi per^triduum defaisset, i-egressus corpus exanime invenit. Ita subita mors f uerat, ut absque baptismate humanis rébus excederet. Corpus in medio positum , tristi mœrentium fratrum fi*equentabatur officio, cum Martinus flens et ejulans accun*it. Tum vero Sanctum Spiritum tota mente concipiens, egredi cellulam, in qua corpus jacebat, cœteros jubet; ac foribus obseratis super exanimata defuncti fratris membra prostemitur. Et cum aliquandiu orationi incubuisset, sensissetque per SpLrituixi Domini adesse virtutem, erectus paululum, et in defuncti ora defixus , orationis suœ ac miseiicordiœ Domini inti-e-

générale parmi les moines. La |)eiisée qu'il avait été privé du sacrement de la régénération, qui nous ouvre les portes du ciel, et la perspective de la douleur immense qu'en ressentirait à son retour leur maître vénéré, les rendaient inconsolables.

Cependant saint Martin arrive et trouve ses disciples réunis autour du cadavre de son enfant bienaimé, et psalmodiant avec des sanglots les prières de la sainte Église. A cette vue le saint jette des cris de douleur. Mais soudain, se sentant rempli de l'Esprit de Dieu, il ordonne à tous ses disciples de sortir de la cellule oii gisait le cher défunt. Il en ferme la porte, et, comme autrefois le prophète Elisée V il prie pendant quelque temps, les membres étendus sur les membres du cadavre; puis, averti par une inspiration intérieure que l'Esprit de vie s'est communiqué dans le corps de son disci-

pidus expectabat eventum. Vixque duarum fere horannn spatium intercesserat , vidit defunctum paulatim membris omnibus commoveri , et laxatis in usum videndi palpitari luminibus. Tum vero magna ad Dominum voce conversus gratias agens, œllulam clamore compleverat. Quo audito, qui pro f oribus astiterant statim irruunt. Mirum spectaculum quod videbant vivere quem mortuum reliquissent ! Ita redditus vit», statim baptismo conseoKtm, plures postea vixitannos ; primusque apud nos Martini virtufam vel materia^ vel testimonium fuit. Idem tameu referre erat solltus se corpore exutum, ad tribunal judicis ductum, deputatumque obscuris locis et vulgaribus turbis tristem excepisse sentcntiam. Tum per duos angelos judici fuisse suggestum, hune esse pro quo Martinus oraret : ita per eosdem angelos se jussum rcduci, et Martino redditum vitasque pristinse restitutum. Ab hoc primum tempore beat! viri nomen enituit, ut qui sanctus jam ab omnibus habebatur, potens jetiam et vere apostolicus haberetur. »

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