‹ Saint Martin et son monastère de LigugéChapitre 21 sur 153 · Lib. Reg. IV · texte numérisé non relu

Lib. Reg. IV

pie, il se relève, et reste là debout, les yeux fixés sur les yeux éteints du jeune homme , attendant Teifet de la miséricorde du Seigneur. Après deux heures • d'attente , voilà que ces yeux qu'avait fermés la mort s'animent tout à coup et semblent s'ouvrir à la lumière ; en même temps les membres glacés font un léger mouvement. A cette vue le saint pousse vers Dieu un cri* de reconnaissance qui retentit hor^de la cellule. Les frères, qui se tenaient en silence à la porte, se précipitent î merveille ! celui qu'ils avaient laissé mort, le voilà vivant ; il se jette dans leurs bras ; on le félicite, on l'interroge sur ce qu'il a vu dans la région des morts. J'ai été traîné, répondait-il , devant le tribunal du souverain juge, et j'ai été condamné à être enfermé dans des lieux ténébreux, remplis d'une foule de malheureux qui avaient siibi la même sentence que moi. Mais au moment où je pénétrais dans ces noirs cachots, deux Anges vinrent informer le juge souverain que Martin priait pour moi ; et aussitôt ordre fut donné à ces deux Anges de me ramener à la vie et de me rendre à notre Père vénéré.

Ainsi parla le jeune homme, qui fut baptisé sans retard et vécut encore plusieurs années.

Cet éclatant miracle eut un immense retentissement et porta au loin le nom de Martin. Déjà on l'honorait comme un saint ; mais,à partir de ce jour, on vit en lui un homme puissant devant Dieu , et vraiment apostolique.

Ce prodige en occasionna un autre, qui, dans les desseins de Dieu, semble avoir eu pour but de montrer combien étaient étroits les liens qui unissaient le saint pontife Hilaire à son admirable disciple.

Quelques jours après, un enfant mourut , à Poitiers, avant d'avoir reçu le baptême. La mère de cet enfant, pleine de foi et de confiance, apercevant saint Hilaire qui passait au lieu ou est actuellement THôiel-de-Ville, court à sa rencontre, se prosterne et jette à ses pie<ls le cadavre de son fils. « Martin , votre disciple, secria-t-elle, qui n'est qu'un novice, a ressuscité un catéchumène ; vous , pontife du Seigneur , rendez-moi mon enfant , ou du moins rendez-le au baptême t » Saint Hilaire, attendri, se prosterne à la vue de tout le peuple ; puis, après une prière, il se relève, et en même temps l'enfant revient à la vie *.

Ainsi faisaient ces deux admirables thaumaturges, animés l'un et l'autre de l'Esprit qui donne la vie de rùme et celle du corps. Toutefois le souvenir de la résurrection du catéchumène se perpétua d'une manière plus éclatante dans la mémoire des hommes. Lorsque saint Martin fut arraché de son monastère de Ligugé, ses disciples environnèrent de leurs respects cette petite cellule oii le prodige s'était accompli, et la transformèrent en oratoire, comme nous lé dira bientôt saint Grégoire de Tours. Depuis cette époque les peuples n'ont pas cessé d'y venir implorer la puissante protection de saint Martin. On peut même dire que cette cellule du jeune catécliumène est devenue le monument le plus vénéré de

1. Vita S. Hilarii lib. I, cap. 12, auct. S. Fortuuat. — Ce miracle est représenté dans un bas-relief, placé aujourd'hui à l'angle de la rue Neuve, et qui, avant l'ouverture de cette me, faisait face à la porte de l'Hôtel-de- Ville. [Ligvgé, par >1«^ Cousseaa,^. 14-15, et €hiide du Voyageur à Poitiers, par M. de Chergé, 3« édition, 1872.)

saint Martin, après son tombeau; c'est à elle que Ligugé doit le privilège d'être encore un des lieux de pèlerinage les plus connus du Poitou.

Une autre résurrection de mort que le saint abbé de Ligugé opéra quelque temps après celle du catéchumène, acheva de lui donner cette autorité apostolique qui permet d'exercer une influence féconde sur les masses. Passant un jour sur le domaine d'un riche et puissant gallo-romain, nommé Lupicinus, non loin, ce semble, de Ligugé, il entendit pousser des cris de douleur. Il approche et voit une foule en pleurs autour du cadavre d'un jeune esclave, qui venait de se pendre. 11 entre dans la cabane du malheureux, et faisant retirer le peuple, il se met en prières, et presque aussitôt la vie revient dans les membres du suicidé, qu'il remet entre les bras de sa famille, au milieu des applaudissements et des bénédictions de la multitude témoin du prodige.

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