SAINT MARTIN , APÔTRE DES GAULES ET DU POITOU
« Malgré sou amour pour sa chère solitude de Ligugé , écrivait naguère 1 illustre prélat qui a raconté avant nous Thistoire de ce monastère , saint Martin nliésitaît pas à la quitter souvent pour aller prêcher TÉvangile dans les campagnes encore livrées à toutes les superstitions de l'idolâtrie. Ici le récit authentique, mais malheureusement trop succinct, de Sulpice-Sévère est pleinement confirmé par un grand nombre de traditions locales, qu'on peut recueillir dans des paroisses
même assez- distantes de Poitiers. Saint Martin y
est révéré comme Tapôtre de la contrée. Et en effet sa mission propre, celle que la Providence lui avait assignée, c'était la conversion des peuples des campagnes, de ces masses immobiles, qui jusquelà avaient résisté à tous les efforts des évéques et des prédicateurs Renfermée presque partout dans l'enceinte des villes ou siégeaient les
évêques, (la foi) n'avait pu s'étendre jusqu'à
cette multitude de Gaulois répandus dans les bois ou les plaines, ou habitants des pagi^qni restaient attachés à l'ancien culte avec la ténacité propre de la nation... Pour frapper ces peuples et les convaincre, il ne fallait rien de moins que la vertu du miraple. Aussi, quand l'heure de la miséricorde fut venue pour les Gaulois, Dieu leur envoya saint
« Martiu , armé de toute la puissance des premiers t apôtres. C'est ce qu'écrivaient à sainte Radegonde. « deux siècles après (vers 570), sept évêques illustres « par leur sainteté *; et Sulpice-Sévère , son histo- « rien, le témoin d'une partie de ses prodiges, n'iu' .« site pas à dire que la Gaule n'a rien à envier à la « Grèce, qui a entendu les prédications de saint « Paul, puisqu'elle a eu le bonheur de voir et d'en- « tendre saint Martin. C'est eu effet toute la Gaule « qui a joui de ce bonheur : outre les diocèses de « Poitiers et de Tours , ceux de Chartres, de Paris, « de Trêves, d'Autun, de Vienne et un grand nom- « bre d'autres ont été le théâtre de ces merveilles. « écrites de son vivant même, sous les yeux d'in- « nombrables témoins, par un homme qui avait un « grand nom daris le monde et plus encore daiis les « lettres.
« Chez nos pères, la dévotion à saint Martin allait « de pair avec celle pour les plus célèbres d'entre « les apôtres, si même elle ne la surpassait pas. Du « moins, était-il plus révéré que nos martyrs et nos « docteurs , et le grand nom de saint Hilaire lui- « même était pour ainsi dire éclipsé par le sien. « Cette préférence si marquée, ces honneurs extra-
1. Cum, Ipso catholiccB rrliglonls cxord'w, caepissentGallicanIs in finibas veneraiidae fidei primordia respirare, et adhac ad paucorum notitiam tune ineffabilia pervenissent Trinitatis DominicjB 8acramenta, ne quid hic minus acquireret quam in orbis circulo , prsedicantibus apostolis , obtineret, beatum Martinum, peregrina de stirpe ad illumiuatioiieni patriie dignatus est (Deus) dirigere, misericordia consiilente. Qui licet Apostolorum tempore non fuerit,tamen apostolicani gratiani nou effugit. (S. Gregor. Tur. Hist. Franc, lib. IX, c. 39.)
c ordinaires ne s^xpliquent que par le grand éclat ( de son ministère dans les Gaules, par la profonde « impression qu'y avaient faite sa sainteté et ses « miracles *. »
Or, ce ministère apostolique, c'est à Ligugé «ju'il ]*a commencé ; et il a même été. de son propre aveu ^, favorisé d'une vertu miraculeuse plus puissante sous rhumble habit de moine que sous le vêtement du pontife. Si donc, alors qu'il gouvernait l'Église de Tours, il a opéré tant de conversions par ses miracles, combien plus nombreuses doivent avoir été celles qu'il produisit pendant les douze ans qu'il fut abbé de Ligugéî Malheureusement Sulpice-Sévère, qui s'est attaché presque uniquement à l'histoire du pontificat de saint Martin, a laissé dans l'ombre les œuvres qui signalèrent la carrière monastique de cet admirable serviteur de Dieu.
Cette regrettable lacune nous impose une obligation d'autani plus grande de recueillir tout ce que l'histoire ^ et la tradition nous ont transmis sous ce rapport.
Mais comment parviendrons-nous à suivre les traces de notre saint apôtre ? Comment pourronsnous découvrir les monuments qui attestent encore