‹ Saint Martin et son monastère de LigugéChapitre 23 sur 153 · M^ Cousseau, Jlém. sur Ligugéj p · texte numérisé non relu

M^ Cousseau, Jlém. sur Ligugéj p

2. S. Greg. Turon. Uiift, lib. I, 43; Sulpic. "Severi. liialog. II, 4.

3. 8aint Grégoire de Tours {Lih. de Gloria confesêor., V) raconte un voyage que saint Martin fit en Auvei^ne, et pendant lequel le saint délivra «ainte Vitaline du purgatoire et fit un grand nombre de miracles. 11 semblerait que le saint fît ce voyage alors qu'il n'était encore qu'abbé de Ligugé ; mais comme cela paraît douteux, je m'abstiens d'en rapporter ici le récit.

aujourd'hui le passage de ce grand homme, chargé par ia Providence de courber sous le joug de Jésus- Christ tous les habitants du Poitou, tandis que son maître, saint Hilaire, défendait devant les conciles et devant les empereurs, les intérêts compromis de l'Église universelle ?

Un principe de la sainte Liturgie, qui dans les premiers siècles n'admettait pas d'exception, nous prêtera un secours d'une valeur incontestable. Autrefois on n'élevait des autels et des églises en l'honneur d'un martyr ou d'un confesseur, que dans les lieux consacrés par la naissance, l'habitation, le passage, un miracle ou la mort de ce saint. Ligugé nous fournit une preuve de cet usage de la primitive Église, dans sa chapelle du catéchumène, et dans son église dédiée à saint Martin. Or, si l'on étudie l'histoire des anciennes et nombreuses églises bâties en l'honneur de saint Martin dans les campagnes du Poitou, on s'aperçoit qu'elles sont presque toutes échelonnées le long des grandes voies romaines dont on a retrouvé des traces,ou sur les bords des rivières qui fécondent les campagnes de cette vaste province.

Guidé par cette observation générale , admise par la science elle-même, nous pouvons donc suivre notre saint abbé de Ligugé, dans ses courses apostoliques , depuis les portes de son monastère jusqu'aux extrémités du pays des Poitevins.

Vivonne et Enjambes, aujourd'hui réuni à Lu^ignan, sont les témoins de son apostolat les plus proches de Ligugé. Mais les traces les plus multipliées de son zèle sont empreintes surtout le long de la voie romaine qui conduisait de Poitiers à Saintes. Nous savons par saint Grégoire de Tours qu'il fit ce

voyage et qu'il y opéra de nombreux miracles. Il n'est donc pas surprenant que, non-seulement à Viyonne. mais à Couhé où existait jadis une ancienne église sous son vocable, à Yançais, à Sepvret , des églises rappellent le souvenir de son passage.

Mais c'est autour de la ville de Melle, déjà célèbre par son atelier monétaire et qui était dès lors un centre industriel très-important , que sa mémoire est le plus vénérée. L'Ënclavedela Martinière, Saint- Martin-lez-Melle et Saint-Martin de Montigné, attestent assez que sa prédication n'y fut pas infructueuse ^. Deux fontaines , Tune à l'entrée du vallon de la Doie, l'autre à l'extrémité opposée, portent le nom de notre saint apôtre. A un kilomètre plus loin, à la rencontre des trois vallons de la Doie, du Chirouail et de la Belle, est assis le village appelé lez-Saiut-Mai'tin, près de l'une des fontaines que nous venons d'indiquer • et que la tradition vénère comme miraculeuse. A Montigné, autre fontaine, dont l'origine se rattache également à saint Martin.

Après avoir sanctifié ou fait jaillir par ses prières ces fontaines, symboles de la grâce qu'il venait apporter, saint Martin poursuivit sa route été vangélisa les habitants d'Availles-sur-Chizé, qui, par reconnaissance, placèrent plus tard leur petite église sous sa protection puissante.

« Delà villede Melle, située sur les frontières dudiocèse de Poitiers, l'infatigable apôtre pénétra dans le

1. D'autres localités, dans le même pagus^ sont également glacées sous le patronage de saint Martin : entre autres, Paizajle-Chapt, Thorigné et Bntraigucs.

2. Société de statist. des Denx- Sèvres ^ 1858-1869, p. 90-91.

pays des Santons, dit saint Grégoire de Tours *. Après une assez longue marche à travers des chemins sans doute peu fréquentés, la pauvre petite monture suilaquelle était assis le saint voyageur se trouva épuisée de fatigue et de soif. C'était pendant les chaleurs de Tété. Martin attacha son âne à un arbre de la forêt voisine, et se reposa sur le bord d'un sentier qui conduisait à un puits assez profond, creusé à un mille de distance. Les habitants d'un village voisin appelé iVojogialo par saint Grégoire de Tours, et qui porte aujourd'hui le ï\omde RiotkT'Martin, avaient coutume de venir puiser de l'eau à cette fontaine. Tandis que notre saint méditait sans doute sur l'histoire de la Samaritaine, et sentait s'allumer dans son cœur la soif des âmes plus encore que celle du corps, un villageois se présente, portant une cruche remplie d'eau. « Seriez- « vous assez bon , mon ami, lui dit alors le vénérable

< abbé de Ligugé, pour donner un peu de cette eau « à ma pauvre petite bête (fue voici? » — « Si t votre petite bête a besoin de boire , répon-

< dit brutalement le paysan, allez vous-même à la « fontaine. » Et il passa outre. A peine était-il parti, que survint une pauvre femme. Le saint abbé lui fit la même prière. Elle, aussitôt, imitant la généreuse Rebecca, s'empressa de satisfaire l'homme de Dieu. « Volontiers, dit-elle, je vous en donnerai ;

1. s. Greg. Tur. De miraculU S. Martini, lib. IV, c. 31. La tradition dont parle ici saint Grégoire de Tours ost encore vivante dans le pays, qui fait aujourd'hui partie du diocèse d'Angoulême.

2. Le bois où le miracle s'opéra s'appelle encore le hol» de râtie. (Lettre de M. l'abbé Poitou, vicaire de la cathédrale d'Angoulême.)

« et ce ue sera pas, à mes yeux, une faraude fatigue de < retourner au puits : car vous êtes voyageur et vous « êtes en peine. » Et ce disant, elle dépose sa cruche, abreuve le pauvre bidet du pauvre moine, et, retournant vers le puits, elle remplit de nouveau sa cruche. Mais saint MaHin, après Tavoir suivie, lui dit : « Ma fille, je ne veux pas laisser votre charité sans récompense: attendez un peu. » Et aussitôt il se prosterne, demeure quelques instants en prière ; puis, au moment où il se relève , une source abondante jaillit de lu teiTe qu'il venait de féconder par son oraison. Comme témoignage du prodige. Dieu permit que le pied de la mule de son serviteur s'imprimât sur une roche, que les paysans conservent religieusement près du bord du nouveau puits miraculeux. »

Ainsi parle saint Grégoire de Tours.

Soit au retour de ce voyage, soit dans quelque autre pérégrination apostolique, saint Martin évangélisa de nombreux villages dans la même partie méridionale du Poitou; et partout, à Saint-Martin d'Augé, à Brulain, à Fressine, à Chavagné, à Saint- Martin-lès-Saint'Maixent, à Salles, à Pamproux, et enfin à Curzay, d'où il put regagner Ligugé par Lusignan, les églises dédiées sous son patronage témoignent encore de la fécondité de son zèle. Sur la même route de Poitiers à Saintes, dans le village deBrux et dans celui de Pliboux.qui n'était probablement qu'une dépendance du domaine épiscopal de Mairé-rEvécauItJesouvenirde sa prédication s'affirme par les églises ou chapelles érigées sous son nom.

Nous ne pouvons, on le comprendra, essayer ce travail de recherches pour toutes les parties du Poitou : nous serions accusé de fonder notre récit sur des

conjectures. Toutefois nous ne quitterons pas notre saint sans faire remarquer au lecteur les groupes principaux des localités qui ont conservé le souvenir du passage du grand apôtre du Poitou. C'est ainsi que, sur les rives du Clain, à Anché et à Joussé, on vénère encore sa mémoire ; que le long de la Clouèresont échelonnés Brion, Usson et Saint- Martin-FArs, qui à divers titres portent la trace du passage de notre Bienheureux. A Usson notamment, le peuple entourait naguère de son respect Téglise du prieuré, -qui portait le nom de Fontaine-de- Saint-Martin. Si Ton part de Poitiers, et que l'on traverse Bignoux et Lavoux, deux localités placées sous le patronage de saint Martin, on parvient jusqu'à la Vienne. Or, non loin de là ou sur les bords de cette rivière, nous rencontrons Pouillé, Saint- Martin-la-Rivière,Fleuré,Quéaux,Moussac et Availles* Limousine, qui tous se glorifient du même patron saint Martin. Sur les limites de Saint-Martin-la- Rivière et de Salles-en-Toulon , il existe même un monument irrécusable du passage de notre grand apôtre dans ces contrées : ce monument est le pèlerinage du Pas-de-saint-Martin^ l'un des plus anciens du Poitou.

Eu côtoyant la Creuse, le pieux tidèle rencontrera plus d'une trace du bienheureux abbé de Ligugé, notamment à Angles, à Pozay-le- Vieux, à Coussayles-Bois et aux Ormes. Dans le Mirebalais, à Charrais, àChabournay, àBlaslay, à Bouruezeau, à Doussay, à Saint-Martiu-de-Quiiilieu , aujourd'hui réuni à Saint-Gervais, et jusqu'à Mondion, le souvenir du passage de saint Martin semble nous avoir été transmis par les églises qui portent son nom. Au Nord-

Ouest du Poitou , à Oroux . il y a deux cents ans à peine,surle coteau au pied duquel est assis le bourg de Doux, les fidèles venaient encore en pèlerinaf<e dans une antique chapelle dédiée à saint Martin.

Dans le Loudunois et le Thouarsais, les églises bâties en riionneur de saint Martin sont encore plus nombreuses. Contentons-nous de citer, à l'extrémité du Poitou, Saint-Martin de Macon^ Saint-Martin de Sanzay , Ranton , Bournand, Roitfé et Salomé , non loin du village de Saix, où sainte Radegonde viendra, deux siècles plus tard, chercher un premier asile en Poitou, sans doute attirée par le souvenir, encore vivant dans ces contrées, du grand fondateur de la vie monastique en Occident.

Personne, en Poitou, n'ignore la précieuse relique de saint Hilaire que Ton honore de temps immémorial à Faye-l'Abbesse. Le peuple surtout (hélas \ il serait à désirer que tous les catholiques Timitassent dans la simplicité de sa foi !) le peuple vient en foule vénérer le marbre sur lequel, selon la tradition, saint Hilaire célébra les saints mystères. Or les nombreuses localités environnantes qui sont placées sous la protection de saint Martin , nous autorisent à croire que, lui aussi, vint sanctifier ce pays par sa présence. Que dis-je ? la mer elle-même ne put arrêter l'élan de son zèle apostolique. L'île dYeu * conserve encore la mémoire des prédications et de la puissance miraculeuse de notre admirable thaumaturge. Tous les habitants des bords de la mer, depuis les Sables-d'Olonne jusqu'au delà de la baie de Bourgneuf, redisent les exploits du grand saint

1. Un fait historique important confirme la tradition populaire.

Marliii contre Satané II est viai que ce souvenir est enseveli sous l'enveloppe grossière d'un conte populaire; mais il n'en est pas moins un témoignage frappant de Tantique tradition du pays.

Aussi bien, à défaut de récits légendaires, les monuments attesteraient suffisamment que le saint abbé de Ligugé a évangélisé ceà e^Ltrémes frontières du Bas-Poitou. Saint-Martin-de-Brem, où une vieille tradition fait creuser un port par saintMartin, Saint- Martin-du-Bernard,.Saiht-Martin-sur-rAutize,Saiut- Martin-l'Ars, SainMVfartin-d'Aspremont, Saint-Uartinde-Sallertaine, etc., avec leurs antiques sanctuaires, ne sont-ils pas autant de stations du puissant prédicateur • ?

Nous lisons dans la Vie de saint Amand, évêque de Maestricht, mais né en Poitou, que tout jeune il se retira dans un monastère de Vîle (V Yev, qu'il quitta ensuite de Iwentiu ahhatis. Or ceci avait lieu au commencement du vil« siècle au plus tard. La vie monastique a donc été de très-bonne heure établie dans nie d'Yeu. {Act. SS. O. S. B. sfec. II.)

1. Annuaire as la Société d'émvlatiim de la Vendée^ 1864, p. 244-246, 254. M. l'abbé Baudry y raconte, d'une façon trèsspirituelle, comment Satan construisit pour saint Martin une partie du pont de l'île d'Yeu, ou Pont-Saint-Martin, d'après la légende de toute la contrée. Saint Martin, dit cette légende, voulait évangéliser l'île d'Yeu, mais il ne savait comment y aborder, quand Satan s'offrit lui-même à bâtir un pont en une seule nuit, avant le chant dif coq, si le saint consentait à lui abandonner le premier qui passerait dessus. Martin accepta, et des légions d'esprits, aux ordres de Satan, apportent du continent d'énormes rochers répandus sur le sol. La construction allait finir quand le coq se mit à chanter, plus tôt que l'esprit de ténèbres ne l'avait prévu. Soudain, l'œuvre satanique est arrêtée, et lea rochers déjà portés dans les airs par les esprits infernaux tombent à la place qu'ils occupent encore aujourd'hui.

2. J'ai signalé ailleurs ( Vist des taints personnages de V Anjou,

Ce coup d'œil rapide jeté sur les contrëesévangélisées par saint Martin ne peut nous donner qu'une idée bien imparfaite des bienfaits que répandit sur les populations de l'immense territoire poitevin la parole régénératrice du fondateur de Ligugé. Mais, pour quiconque sait apprécier la supériorité de la civilisation chrétienne sur la civilisation païenne, le nom de saint Martin doit exciter en nos âmes une profonde reconnaissance.

Plus la science archéologique moderne découvre (le riches villas, de somptueux balnéaires , enfouis sous le sol poitevin, jusque sur les bords de l'Océan <^t dans les îles qu'on croyait à peine peuplées ; plus nous devons remercier Dieu d*avoir envoyé en nos contrées l'admirable saint Martin, pour renverser les établissements d'un progrès matérialiste destiné ù couvrir la plus profonde corruption.

Mais le zèle de Martin ne se borna pas ù une action j)ersonnelle. Non content de répandre par lui-même, dans toutes les parties du vaste diocèse de Poitiers, et même au-delà , la lumière de la vérité chrétienne, il eut encore soin de perpétuer son œu\Te par une phalange de disciples, qui, nouveaux Élisées, avaient hérité de la charité et même de la puissance miraculeuse de leur maître.

t. I, p. 24) lin pèlerinage encore célèbre, en l'honneur de saint Martin, non loin de l'ancienne limite septentrionale du diocèse de Poitiers, entre Martigné-Briant et Machelle. Il est probable que saint Martin s'avança ainsi jusque dans le diocèse d'Angers, alors qu'il évangélieait le pays de Vihiers, qui faisait partie du diocèse de Poitiers.

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