‹ Saint Martin et son monastère de LigugéChapitre 47 sur 153 · CHAPITRE XVi · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVi

LE PÈLERINAGE DiS LIGUGÉ AUX XP ET Xll** SIECLES. — LES COMTES DU POITOU. — SAINT FULBERT DE CHAR- TRES. — LE PAPE URBAIN II. — GUIBERT, ABBÉ DE GEMBLOUX.

L'abaissement auquel fut condamné notre monas- * tère, en devenant une maison dépendante d*une abbaye du Bas-Poitou , ne lui fit pourtant rien perdre de son importance au point de vue du pèlerinage de Saint-Martin , qui parait avoir même pris, à cette époque et dans le siècle suivant, une assez grande notoriété. Non-seulement les églises de Poitiers, dont les origines se rattachaient à saint Martin ou à saint Hilaire, notamment le Chapitre de Saint-Hilaire-le-6rand , venaient chaque année accomplir ce pieux devoir; mais encore les comtes de Poitou eux-mêmes se taisaient un honneur de venir à Ligugé . le M novembre, célébrer la fête du grand thaumaturge des Gaules. Et ce que nous avons dit plus haut de la piété de Guillaume le Grand nous porte à croire que cette coutume des souverains du Poitou remontait jusqu'à lui. Cette dévotion, imitée par ses successeurs, se changea plus tard en un droit de procuration • , consistant en six

1. On sait que le droit d^ procuration n'a pas d'autre origine qu'un droit de visite ou de gîte, ou une coutume baa^ sur une réception purement honorifique d'abord, puis transformée en droit strict II est donc certain que ce droit de procuration des

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pièces de viaades, ea six pintes de vin et en six pains, qui devaient être ofierts chaque année, le il novembre , au comte du Poitou alors régnant , ou à ceux qui, en son nom et place, venaient rendre, ce jour-là, leurs devoirs à saintMartin. Détails curieux, qui peignent assez bien la frugalité de nos comtes de Poitou et de leur suite, au xi® et au xu^ siècles '.

Les chanoines de Saint-Hilaire-le-Grand transformèrent, eux aussi, en droit ce qui primitivement ne leur avait été accordé que par la charité fraternelle des moines de Ligugé; et nous les verrons se désister moins généreusement que leur souverain de ce prétendu droit féodal, au xiii« siècle.

Guillaume le Grand, nous venons de le dire, avait inauguré l'usage d'un pèlerinage annuel à Saint- Martin de Ligugé. Cette induction historique nous conduit à une autre non moins probable. .

Ce prince avait un ami qu'il chérissait par- dessus tous les prélats de son temps. Cet ami était saint Fulbert, évêque de Chartres. Rien n'est touchant comme les témoignages d'affectjon respectueuse que se donnent mutuellement, dans leur correspondance, ces deux grands hommes, Fulbert et Guillaume V. Tous deux , fermes colonnes de la sainte Église, ils avaient tous deux une dévotion singulière envers

comtes de Poitou sur le monastère de Ligugé n'a pas eu d'autre origine que la gracieuse hospitalité des moines de Ligugé à leur égard.

1. Quittamus... pro nobis et nostris successoribus , dit Alphonse comte de Poitou, frère de saint Louis , au mois de févriei' 1268, sexjpetias oarnmm^ êexjustas vini, sexjmnes,, q^» festo B. Martini hiemalis annuatim in dicto prioratu , nobis vel aliis, loconostri, solvere tenebantur. (D. Fonteneau, i, 276,)

saint Hilaire et saint Martin. Le B. Fulbert donnait à saint Hilaire les noms les plus tetidrement Allais; il rappelait son très-doux ^ son très-aimé ^ son trèsexcellent père Hilaire. Et l'un de ses amis, Hugues, archidiacre de l'Église de Tours, rendait de sa piété envers saint Martin le témoignage suivant * : « Lors- « que nous nous entretenions des saints Pères , « vous ne manquiez jamais de faire intervenir saint « Martin , et de mettre en avant quelques-uns de « ses nombreux miracles , dont vous vous plaisiez à « montrer la grandeur et l'excellence." Si l'on nous « signalait quelques prodiges nouveaux et extraor- « dinaires opérés par quelques autres saints, vous « prétendiez que ce n'étaient là que des faits vul- « gaires auprès des miracles de Martin.... Votre c( zèle ne calculait ni le lieu, ni le temps; toute te occasion était bonne, en particulier, en public, v( pour témoigner devant tout le monde de votre « prédilection pour Martin. Tout dévoué à Martin, « vous ne proclamiez que sa gloire, comme un soldat « qui a fait serment entre les mains de son chef. .... »

Un homme animé d'un amour si passionné pour saint Martin a-t-il pu venir à quelques pas d'un lieu sanctifié et béni par celui-ci sans le visiter? Qui oserait le dire ?

Or, Fulbert, ayant été pourvu par son ami , Guillaume le Grand, des riches revenus affectés à la dignité de Trésorier de l'Église Saint-Hilaire de Poitiers , vint dans cette ville prendre possession dr son bénéfice. Il y demeura quelque temps, à celfcc occasion, agissant comme chef du Chapitre, réfor-

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