‹ Saint Martin et son monastère de LigugéChapitre 48 sur 153 · Mabillon, Vetera Analecta, p. 214, edit. in fol · texte numérisé non relu

Mabillon, Vetera Analecta, p. 214, edit. in fol

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mant les abus, réglant la discipline et l'office divin*. (1 eut avec le pieux duc d'Aquitaine d'intimes et fréquentes relations. Saint Martin^ l'objet de leur commune dévotion , a-t-il pu être oublié ? Et le sanctuaire, encore tout parfumé du souvenir du grand thaumaturge, a-t-ilpu n'être pas le but de leur pèlerinage? Aujourd'hui même, malgré notre indifférence pour les lieux consacrés par la mémoire des saints, nous aurions peine à concevoir cette négligence; au XI® siècle, et de la part de Guillaume V et de saint Fulbert, elle est impossible. L'illustre successeur de saint Hilaire qui gouverne aujourd'hui le diocèse de Poitiers , et qui semble avoir hérité de l'esprit de Fulbert de Chartres, a donc été bien inspiré lorsqu'il a eu la pensée de placer la figure de ce bienheureux pontife dans les vitraux qui décorent le chœur de notre église, si gracieusement restaurée par ses soins.

Quoi qu'il en soit, grâce à la salutaire influence exercée par saint Fulbert de Chartres, par saint Odilon et saint Hugues, abbés de Cluny, et par les autres saints personnages du xi« siècle, l'Église reprit peu à peu, l'ascendant politique que les invasions normandes et les premières révolutions de la féodalité lui avaient fait perdre. Au lieu de prières , elle fit alors entendre la grande voix du droit sacré de la propriété , et revendiqua des envahisseurs laïcs , dans le célèbre concile de Clermont (1095), les biens ecclésiastiques et monastiques usurpés dans les temps de trouble. De là, cette multitude innombrable de restitutions qui , sous le nom de donations,

1. Bes\j,^C<tmte8 du Poitou, p. 344, 366. — Migne, Patrologie ht. CXLI, 231-232.

remplit Thisloire de la fin du xi« et du commencement du xu^ siècle c

Notre petite église de Mézeaùx ressentit un léger contre-coup de cette heureuse réaction. Albert Truaud , qui descendait de Gautier Garnier , dont nous avons raconté la donation, profita d'une circonstance opportune pour acquitter le devoir de conscience imposé par le concile de Clermont. Sou oncle Rainaud avait embrassé la vie monastique dans l'abbaye de Saint-Cyprien. Albert, en sa considération, restitua à cette abbaye le quart de la dîme de la paroisse , que s'était réservé Gautier Garnier. C'était vers l'an 1116 *.

Vers le même temps, Hugues de MézediU^ {Hugo de Masels), qui avait reçu en commeude de labbé de Saint-Cyprien, contiairement aux règles canoniques, l'église et tout le fief presbytéral de Mézeaux , restitua aux religieux tout ce qui lui avait été donné, et y ajouta, sans doute comme équivalent des fruits injustement perçus, la moite du lac et des moulins construits par lui, le tout relevant des seigneurs du Cimeau. Ce don fut confirmé successivement par ses neveux Samuel et Girbert, et par sa sœur Plaisa, femme de Guillaume Blanchard, et leurs enfants, qui ajoutèrent même le don du terrain attenant au lac jusqu'au bas de la colline du Cimeau, et le pré

l.Dom Fonteneau, vii, 533.— Besly, Comtes de PoitoUf^p.éSS.Li charte est datée du temps où le cointe de Poitou, êhiillaiime IX, alla e7i E&j}agtie combattre le cointe de Toulouse, sous le règne de Louis (le G-ros), roi de Fraiice, et sous Vépiscojpat de (7«^^ laume Chislehert, évêque de Poitiers. EUe est signée par le donateur, son oncle et sa mère nommée Barbasta, et par Tabbé, le prieur et le sous- prieur de Siint-Cyprien.

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situé près du cimetière *. Et toutes ces donations furent approuvées par Hugues le Brun, sire de Lusignan^ et sa femme Sarracina^ avec leur fils Hugues, et plusieurs barons du pays.

La perte de nos documents antérieurs au xiv*^ siècle nous met dans l'impossibilité d'apprécier la part qui revint aux moines de Ligugé dans cette restitution générale opérée par l'influence du pape Urbain H et de la généreuse idée des Croisades ; mais nous ne croyons pas téméraire d'affirmer que le souvenir de saint Martin inspira plus d'un don généreux en faveur de notre prieuré.

Serait-ce même outrepasser les règles de la vraisemblance d'ajouter que le pape Urbain II luimême, cet enfant de Cluny , qui avait pour les traditions monastiques une si profonde vénération, daigna abaisser la majesté apostolique jusqu'à venir, dans l'antique sanctuaire de Ligugé, honorer le grand nom du premief patriarche de la vie religieuse en Occident?

L'histoire, qui nous a conservé, par le moyen des diplômes pontificaux . une partie de l'itinéraire de ce grand et saint Pape, nous le montre, le 10 janvier de l'an 1096, dans l'abbaye de Charroux ; puis, ce jour-là même, ou le lendemain, se dirigeant vers Poitiers, où il se trouvait le 13 du même mois. Il y demeura jusqu'au commencement du mois de mars, et même jusqu'au mois d'avril, si l'on en excepte quelques excursions en Anjou et à Tours, ou il visita tous les lieux consacrés à la mémoire de

1. D. Font. VII, 4,36. Plus tard ce prieuré fut donné à Tabbaye de Fontaine-le- Comte, et demeura çons sa dépendance jtiRqn'à la Révolution.

saint Martin. Le 6 avril, il expédiait de Vabbaye de Saint-Maixerit une Bulle importante concernant l'abbaye de Glanfeuil *, en souvenir de saint Maur, son fondateur. Ce long séjour dans la ville de Poitiers , ces pèlerinages aux principaux sanctuaires de saint Martin et de la province du Poitou, ces privilèges accordés aux monastères illustrés par quelques saints religieux, ne nous donnent-ils pas le droit de suppléer au silence des diplômes, et de placer ce bienheureux pontife parmi les pèlerins de Saint-Martin de Ligugé, d'autant plus que lorsqu'il se dirigea de Charroux à Poitiers, oiv de Poitiers à Saint-Maixent, notre monasière se trouvait à quelques pas à peine de la route qu'il a dû suivre? Quoi qu'il en soit, un document inédit nous permet du moins de compter, parmi nos pèlerins, un des hommes les plus distingués par leur science et leur sainteté, à la fin du xn<^ siècle : nous voulons dire Guibert^ abbé de la .célèbre abbaye dé Gerabloux , en Belgique , dans le diocèse actuel de Namur.

Mais, afin de mieux apprécier cette visite à Saint- Martin de Ligugé, esquissons à grands traits cette belle figure historique, trop peu connue jusqu'ici *.

Élevé dès sa jeunesse dans l'abbaye de Gembloux, il s'y fit bientôt remarquer par ses talents et sa vertu. Mais sa piété se distingua surtout par une dévotion ardente et filiale envers le grand saint Martin. Il saisissait toutes les occasions de parler de son saint de prédilection , et son cœur s'enflammait

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