Baronii Annal, t. xix, 564 (an 1186. n. vi
connaissance de son pèlerinage à Saint-Martin de Ligugé.
Une autre amitié qui lui fit encore plus d'honneur auprès de Dieu , sinon aux yeux des hommes , fut celle de sainte Hildegarde, abbesse bénédictine de Saint-Rupert de Binghen, dans le diocèse de Mayence. Guibert entretint avec cette grande servante de Dieu une correspondance active dont quelques fragments ont été publiés. Il écrivit même une Vie de la bienheureuse, qui doit être enfouie dans quelques manuscrits de la Belgique ou de l'Allemagne*. Cependant
1. D. Martèue dit (Praefat. ad t. iv Ampliss. Colleet. p. xix) que les lettres de Guibert^ vir eximiœ sanctitatis et dootrinœ^ se conservaicDt encore de son temps dans le monastère de Gembloux, « duohus majorn fonnœ volnminibns digegCàsT>. (BoUand. Acta Sanctorunijt. vsept., p ]674, n. 194,not.piîev.,et lib. l,cap. 2, n. 11, Vita B. Hildegardis.) Le P. J. Stilting prétend à tort que Mabillon ( Veter <4»tf^,p.483, edit. in-fol.— Patroî. ifl^.ccxi,12S3) ne dit pas formellement -que cette Vu de sainte Hildegarde ait été réellement composée par notre vénérable abbé. Il le dit en propres termes. Quant à la correspondance entre Guibert et sainte Hildegarde, Mabillon et le P. Stilting sont d'accord pour nous affirmer que le manuscrit compulsé par Mabillon, qui contenait un grand nombre (plnrimas) de ces lettres, ne les comprenait pas toutes. Encore, de ces lettres une seule a été livrée au public en son entier [Patrol. lot. cxcvii, 1038 et seqq.), avec la réponse de la sainte. Celle-ci répond d'abord par quelques exhortations morales à la lettre du pieux religieux, puis elle résout les 38 questions posées par lui. Dans la 37® question, Guibert lui demandait quel genre de mérite était symbolisé par le globe de feu dont saint Martin avait paru plusieurs fois environné. Sainte Hildegarde répond : <r Le Dieu tout-puissant, qui (( est à la fois amour et force, avait pénétré l'âme de saint ik Martin d'une effusion enflammée du Saint-Esprit ; et c'est a pour cela que, par les mérites de l'humilité, de la piété et de c la miséricorde, au moyen desquelles il voyait continuellement
notre pieux religieux ne tarda pas à ressentir le poids de la croix imposée à quiconque marche dans le chemin du ciel, qui n'est autre que celui du calvaire. Après la mort de l'abbé Odon, il fut élu pour lui succéder. Mai* des intrigues, auxquelles il fait seulement allusion * , ne lui permirent pas de profiter de la confiance de ses frères.
Cette humiliation, si c'en est une, est son plus beau titre de gloire; car il semble l'avoir subie à cause de son attachement au vrai pape Alexandre III. et de son aversion pour le faux pape, créé par l'empereur schismatique, Frédéric Barberousse. Il osa en effet, lui, sujet de cet empereur, écrire une lettre de félicitation au jeune Conrad, archevêque élu de Mayence, qui s'était enfui de la cour, et était venu
d le Dieu rivant dans son cœur contrit, Balnt Martin apparut d si scavent tout en feu. j> Enfin un fragment d'une lettre écrite par la même sainte au même Guibert-Martin a été insérée par l'abbé Théodoric dans le chapitre !!• du I*' livre de la Vie de la Bienheureuse. [Boîland. loc. cit.)
1. AmpliêS. eollect. 1, 932, epitt. ad Quihcrt. ahh. Les auteurs du Oallia Cliri^tiana (t. III, col. 660) n'ont pas soupçonné cette première élection de l'abbé Guibert ; mais .elle ressort évidemment de plusieurs passages de sa correspondance. Ainsi, dans sa lettre à la vierge Gertrude [Patrol. CCXi, 1300\ il fait manifestement allusion aux intrigues de Jean son abbé ; aussi bien que dans une longue et belle lettre que Migne n'a pas publiée, on ne sait pourquoi, et dont nous parlerons bientôt [The^avr. Ancedot. Martène, I, 607). Et même il dit positivement qu'il était abbé démissionnaire dans une lettre à Conrad. Il faut lire manifestement C au lieu de S qu'a imprimé D. Martène, comme le prouve la comparaison de cette lettre avec ce que l'histoire nous apprend de Conrad , archevêque de Mayence, qui s'enfuit et qui fut exilé pour son attachement à Alexandre TII. [BaronM Annal, ad an, 1163, n. 16, et ad an. 1166, n. 10.)
se réfugier à Tours auprès da pape Aiexaiulre ^ Objet de l'animadversion de plusieurs de ses frères, et même de son. abbé, pour ce prétendu méfait, il continua, dans son cloître, à s'instruire et à s'exercer à la vertu. Enfin, pour unecause«que nous soupçonnons être la même que celle dont nous venons de parler, il se réfugia auprès de l'archevêque de Cologne, Philippe, son ami.
C'était en l'année 1177, alors que ce prélat venait de rentrer dans la communion du pape Alexandre 111. et se montrait le plus zélé champion de l'unité catholique. Guibert, heureux de ce retour, qui avait entraîné la ruine du schisme, put féliciter son éminent ami de ce grand bienfait rendu à l'Église de Dieu. Mais, pendant les trois ans qu'il passa loin de son monastère , il n'oublia pas ?on saint de prédilection , saint Martin. Partout il proclamait ses mérites, sa puissance auprès de Dieu, la nécessité de l'honorer d'un culte solennel et digne de son grand nom. C'est alors , croyons-nous, qu'il composa une Vie dece Bienheureux en vers rhithmés, dont il fit plus tard hommage à l'abbaye de Saint-Martin de Tours.
Sainte Hildegarde ne fut pas non plus négligée dans ses souvenirs. Il descendit le cours du Rhin, de Cologne à Binghen ; et là , pendant assez longtemps, il put jouir des saintes conversations de cette grande servante de Dieu , dont il avait dès lors dessein d'écrire la vie. Il assista même, serable-t-il, à son bienheureux trépas , comme le synchronisme de son séjour à Binghen, avec la date de la mort de la célèbre voyante, nous permet de l'afïîrraer. Ce fut