‹ Saint Martin et son monastère de LigugéChapitre 56 sur 153 · Supra, chap. XV et xvi · texte numérisé non relu

Supra, chap. XV et xvi

xie siècle, le fief du Cimau appartenait à un vassal assez riche des sires de Lusignan. Ce feudataire, au XII® siècle, prenait la qualité de seigneur de Mézeaux; maisauxui®, grâce au castel fortifié qu*on y construisit , aux moulins et aux étangs qui le protégeaient, le fief du Cimau devint assez important pour imposer son nona au domaine tout entier de son propriétaire.

Parmi les seigneurs dont l'histoire du xni® siècle nous a transmis les faits et gestes, Simon du Cimau, qualifié chevalier, se distingue parmi les plus illus- Q*es. Il était vraisemblablement le frère d'un Geoffroi du Cimau , aussi chevalier, que l'on rencontre quelquefois dans les documents de la même époque *.

Le premier acte où Simon apparaît est assez important. C'était en Tannée 1203. Joscelin de Lezai était tombé gravement malade à Lusignan. Se sentant mourir, il réunit autour de son lit sa femme Aénor, ses fils Simon et Geoffroi, son père Guillaume de Lezai , ses frères Guillaume et Hugues, et les principaux seigneurs de ses amis, à la tête desquels figurent Regnault de la Peyrate et notre Simon du Cimau. On fit alors venir Hugues, chapelain, c*est-à-

1. Il figure, entre autres, dans une charte datée de la VilU- Dimi, au mois de juin 1220. Il y signe comme témoin d'une donation en faveur de Notre- Dame-la-Grande de Poitiers (D. Font. XX, 627). Dans une autre charte, de l'an 1238, il fait don à l'abbaye de Fontaine-le- Comte d'une rente de 16 sous et de lo septiers de blé, et reçoit, en retour, la promesse que, chaque année à perpétuité, un religieux de l'abbaye célébrera un anniversaire pour le repos de son âme et de celles de ses parents. {Archiv. de la Vienne. Fontalne'le- Comte, Liaste 20.)

dire curé d'Enjambes-lès-Lusigiiau, et on le pria de dresser un acte par lequel le mourant donnait aiiic religieuses Fontevristes delà Puye, où il avait choisi sa sépulture, toute la dîme de Bonties qu'il possédait.

Les assistants firent ensuite serment sur les saints Évangiles de mettre en œuvre toute leur autorité pour procurer Texécution de cette volonté suprême du noble moribond, et pour obtenir de l'évêque de Poitiers une sentence d*excommunication contre quiconque oserait violer ces pieuses dispositions.

Vassal fidèle des sires de Lusignan , Simon do Stmais, comme on disait alors, reçut, en échange de ses services, des possessions féodales jusque dans le Bas- Poitou, comme l'attestent les chartes des cartulaires de Talmond, de Bois-Grollandet de Fontaines, dans lesquelles on le voit apposer sa signature à côté des plus nobles barons du pays.

Cette richesse territoriale lui permit de briguer la main de l'héritière de l'un des plus beaux noms du Poitou. Elisabeth était fille ou sœur de Geoffroi de la Celle de Virône * , qui fut revêtu de la dignité si importante de sénéchal d'Aquitaine et de Poitou, à la fin du xue siècle. Mariée d'abord à Hugues de Mortemer, seigneur de Lussac et de Mortemer, elle

1. Ujpist. Innocenta PP. III, lib. xv,.epist. 186. Elle y est dite/Zm R. de Cella ; mais j'ai cent fois constaté les fautes de copistes dans la lecture des letti-es initiales des noms de personnes. Il faut donc lire B {prmandus) de Cella , ou mieux peutêtre G. de Cella. [Ci. D. Fonten. xxii, 11 et 15.) Je dis qu'il vaut mieux peut-être lire G(aufridus) que B(ormaudus) , parce que l'âge d'Elisabeth me porte à croire qu'elle était plutôt fille de Qeoffroi que de Bormand de la Celle.

en eut une tille nommée Agnès, que nous retrouverons tout à l'heure. Mais la mortayart promptement moissonné ce premier mari, Hélie de la Vergne, issu d'une ancienne maison des environs de Gençay, sollicita et obtint la main de la jeune veuve. Ce n'est pas le lieu de raconter les obstacles qu'eurent à surmonter les deux époux pour faire confirmer cette union, contre laquelle on opposa des liens de parenté vrais ou prétendus. De ce second hymen naquirent trois enfants: Hélie II de la Vergne, Marguerite et Jeanne. Mais avant la fin de Tannée 1221, Elisabeth étant devenue veuve une seconde fois, Simon du Cimau se présenta, et devint son troisième mari. Cette alliance éleva le seigneur de Mézeaux au premier rang parmi les vassaux des sires de Lusignan, comtes de la Marche et d'Angoulême. L'histoire nous en a conservé la preuve dans l'un des plus graves documents concernant la minorité de saint Louis.

Personne n'ignore les tentatives d'insurrection de plusieurs barons français, notamment du comte de la Marche et d'Angoulême, sire de Liisignan, pendant cette minorité du 'fils de Louis VIII. Or la reinemère, Blanche de Castille , venait de signer avec le comte de la Marche le fameux traité de Vendôme (16 mars 1227); mais elle avait exigé des garanties contre l'esprit toujours versatile de son trop puissant feudataire. En vertu de cette condition, qui avait été acceptée, cinq des principaux barons de la cour des Lusignan, savoir : Geoffroi, vicomtede Brosse. Geoffroi (de Lusignan), vicomte de Châtellerault, Aimeri du Bois, notre Simon du Cimau.ei Raoul (de Lusignan), sire d'Exoudun , promirent dans un acte public au

jeune roi et à la reine régenté sa mère, que, dans le cas où le comte delaMarche.leur suzerain. manquerait à ses engagements, ils iraient à Bourges, dans un délai de quarante jours, se constituer prisonniers jusqu'à ce que le parjure eût enfin satisfait aux conventions jurées. Cet acte solennel fut signé, cinq jours après le traité (21 mars 1227), dans la ville même de Vendôme * : ce qui prouve que le seigneur du Cimau y avait été appelé par Hugues de Lusignan pour lui prêter le secours de ses conseils. C'était remplir un rôle des plus honorables. Malheureusement, et c'est là le côté fâcheux qu'il nous reste à découvrir, notre chevalier ne se contenta pas de donner des conseils utiles à son suzerain, le comte de la Marche; il l'imita trop souvent dans ses méfaits à l'égard des droits de l'Église. Comme Hugues de Lusignan, il avait une femme qui participa largement à la responsabilité des actes de violence que nous allons raconter.

Le prieuré de Notre-Dame de Bouresse, entre Lussac et Gençay. appartenait, depuis le ix» siècle au moins, à l'abbaye de Nouaillé. Vers la fin du xi^ siècle, Engelelme de Mortemer,seigneur de Lussac, avait commmencé à établir des coutumes oppressives sur les habitants de cette paroisse jusqu'alors à peu près libre de toute servitude féodale , sous la protection de l'Église de Nouaillé.Du reste, avant de mourir, il avait reconnu publiquement l'injustice de ses prétentions et avait fait promettre à ses enfants de ne pas continuer ses actes d'usurpation *. Peu

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