Gall. Christ V, 492 D. — Nous avons démontré plus
haut, pag. 173, que Clément Y n'arriva à Poitiers qu^au commen-
cernent d'avril 1307. Les auteurs du Gallia ChrUtiana (t. V,
492) se sont donc évidemment trompés en plaçant sous Tannée
1306 cet importJEuit événement. Il faut donc dire que l'arche- *
vêque de Mayence, Gérard II, mourut le 25 février 1306 (n. s.)
( G. Christ. V, 492 A), et que Rerre Aichspalter fut intronisé
non pas en juiUet 1306, mais en juillet 1308. Car il a fallu du
temps pour soigner le pontife, être élu par lui, être accepté
comme tel et être intronisé, surtout au commencement du
XIV® siècle.
ingrat. Le siège métropolitain de Mayencé était vacan t depuis le 25 février 1306, et de nombreuses intrigues s'étaient formées autour de ce poste éminent. Henri, comte de Luxembourg, surtout, l'ambitionnait pour son jeune frère Baudouin. Ne pouvant par lui-même arriver à son but, il pria l'évêque de Bâle de mettre au service de cette cause toute l'influence dont il jouissait auprès du Pontife. Mais Clément V, rejetant le jeune candidat, élut de sa propre autorité Pierre Aichspalter lui-même.
Bien que les documents contemporains ne nous apprennent pas combien de temps durèrent ces intrigues et ces négociations , il paraît certain qu'elles se prolongèrent pendant une grande partie de cette année 1307 : d'où il faut conclure que l'illustre prélatmédecin accompagna le Pape dans notre monastère de Ligugé et lui continua jusqu'à la fin ses soins aussi dévoués qu'intelligents. Ce fut peut-être sous les frais ombrages'du moustier de Saint-Martin que le Souverain Pontife, heureux et reconnaissant de sentir la vie renaître en tous ses membres, donna au docte évéque le témoignage de gratitude dont nous venons de parler. Cependant, les réclamations du comte de Luxembourg, qui ne pouvaient se faire attendre, eurent bientôt pleine satisfaction. Son jeune frère Baudouin, le 7 décembre suivant, fut élu archevêque de Trêves, et sa jeunesse ne fut plus un obstacle à sa confirmation canonique. Il accourut à Poitiers, de Paris, où il suivait encore les cours de l'Université, et gagna tellement les bonnes grâces de Clément V, que celui-ci, après l'avoir fait ordonner prêtre par un de ses cardinaux, dans la cathédrale de Poitiers, le 10 mars 1308, lui conféra, dès le len-
demain , de ses propres mains, la consécration épiscopale S s^u milieu d une nombreuse assistance d'archevêques et d evêques.
En acceptant le témoignage de Jean Boucliet, conforme en ce point aux données de l'histoire , nous pouvons dire que, après les événements importants dont il vient d'être question, Clément Y fit encore plus d'un séjour dans notre agréable solitude de la vallée du Clain. Ce fut là, sans doute, quMl vint se préparer à sa seconde entrevue avec le roi de France (juin-août 1308), et rafraîchir son âme après le départ du monarque exigeant (20 juillet). Quelques jours après, le 20 août, il se retrouvait dans cette petite ville de Lusignan où, trois ans auparavant , il avait reçu la première nouvelle de son élection au souverain pontificat ; le 4 septembre suivant, il était à la Fayole, près de Saint-Jean-d'Angély , et le l»*" octobre, à Cadillac, dans son ancien diocèse de Bordeaux '.
1. Mùeellanea Balnz. I, 311, édit. Venise. Cette double promotion, à Poitiers ou à Ligugé, des deux plus puissants Électeurs de l'Empire nous explique pourquoi Philippe le Bel pria plusieurs fois Clément V d'intervenir auprès de ces deux prélats, en fayeur de la candidature du comte d'Anjou à la couronne du roi des Romains. Il existe aux Archives nationales une lettre de Clément V à Philippe le Bel, datée de Cadillac le 1«' octolve 1308, dans laquelle le Pape s'excusait de ne pouvoir écrire de nouveau à ces deux archevêques , pas plus qu'à l'archevêque de Cologne, attendu que, conformément à la prièi-e que le roi lui a faite a% moment de smi dépaH de Poîti/fr^, il leur avait écrit deux ofi trou joiirs avant la date de cette îettTe,
2, Archives nationales, Bidles , mélanges. Layette S. , J. 702-703.
Nous pouvons donc revenir dans notre petit monastère de Saint-Martin, où l'agitation causée par la présence de la cour pontificale et de ses visiteurs officiels et officieux a fait place au silence le plus complet.