‹ Saint Martin et son monastère de LigugéChapitre 75 sur 153 · Annal. d'Aquitaine, iv« partie · texte numérisé non relu

Annal. d'Aquitaine, iv« partie

tt joignant ladite ville, et atmi au Prietiré saincî « Martin de Ligugé, qui est à deux petites lieues de « la garnison, qui estoit pour le roy audit Poictiers, a les habitants de Smart e et autres bourgades circon- « voisines^ allèrent audit Prietiré de Ligugé et abba- <c tirent les dortouer et refectouer qui estaient grands « et somptueux; car lors ledit Prieure' estoit garni de « plusieurs religieux. Lequel exploict fut par eux « faict, le jeudy des octaves de l'Ascension de «c Nostre-Seigneur (6 juin) mil trois cent cinquante K neuf. Et le lendemain y furent les Anglois, sous « leur capitaine Galiot de Poix *, et le tinrent juste ques au vendredy devant la Saint-Michel ensui- « vant qu'ils laissèrent ledit Prieuré , parce qu'ils « n'y pouvoient plus vivre. Et après qu'ils eurent « mis par terre une partie^ s'en allèrent en ladite c< abbaye de Saint-Cyprian. »

Jean Bouchet nous donnant ici des dates précises et pour des faits assez rapprochés de son temps, nous pouvons, cette fois, avoir confiance entière en ses paroles , du moins en la substance de son récit.

Il ressort donc de ce document que les bandes du parti anglais, sous les ordres , comme nous l'avons vu, du chevalier Bertrand de Montferrand , avaient transformé notre monastère en forteresse, d'oii ils s'élançaient sur tous les villages environnants, sur tous les paysans et les voyageurs, pour les piller, les

1. Je ne sais si J. Bouchet ne se trompe pas sur le nom de ce personnage, car un sire dé Poix figure dans l'histoire de Bretagne de ce temps-là, parmi les chevaliers français. (D. Morice. Ilhf. de Bref. T,n08r>.:

rançonner ou les massacrer. « Pilher . mectre feu , « forcer femmes (commettre) meurtres et plusieurs c( autres ravages en l^mt pays autour de ladite f orteil resse * , » était peccad ille de chaque jour en ce tempslà. Ni le sexe, ni l'âge n'étaient épargnés, et le sanctuaire de la maison de Dieu était devenu un lieu de combat, de carnage et des plus abominables forfaits. Nous achèverons ailleurs ce tableau bien au-dessous, hélas ! de la vérité. Qui le croirait ■? Dans les trêves conclues solennellement, à Calais et ailleurs, entre les deux parties belligérantes, ce même Bertrand de Montferrand est constitué juge des plaintes qui pouvaient être portées contre les violateurs de la suspension d'armes ! On conçoit, sans la Justifier, la mesure extrême et violente prise par les habitants de Smarve et de Poitiers pour empêcher la rénovation de pareilles atrocités. Ils sacrifièrent à leur sûreté personnelle un lieu de prière, rempli de tant de souvenirs vénérables, mais que l'ennemi pouvait de nouveau convertir en repaire de brigands. Et les hordes barbares, venant s'abattre sur ces ruines, achevèi'ent de détruire ce que le fer et le feu avaient épargné. Or, si nous voulons mesurer l'abîme creusé par tant

de mains réunies pour l'anéantissement de notre monastère, écoutons la voix des religieux deFontaine-le- Comte qui avaient éprouvé les mêmes ravages, et pour les mêmes causes: t Leur église et leurs maisons a ayant été fondues^ minées, arses et rasées parles « gens de la ville de Poictiers et d'autres lieux circutn-

1. Documenta inédits pubUés par la Soc. de» Antiq. àf rawé?*f, p. 83.

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