‹ Saint Martin et son monastère de LigugéChapitre 93 sur 153 · Thibaudeau, HiU. du Poitou, V, 26ô · texte numérisé non relu

Thibaudeau, HiU. du Poitou, V, 26ô

nées à Fontainebleau, sont datées du 7^ d*aomt Fan de grâce 1604.

Les promoteurs de l'œuvre réunirent en peu de temps des fonds considérables. Outre les bâtiments des anciens collèges de Sainte-Marthe, de Montanaris et de Puygarreau, ils obtinrent 20,500 livres du roi ; 12,400 du clergé ; 1,352 du corps de ville et 140,000 de souscriptions volontaires : sommes énormes pour le temps, et qui suffisent à elles seules pour démontrer combien cette fondation était généralement accueillie avec enthousiasme. Une grande partie de cet argent fut néanmoins engloutie dans les frais d'appropriations, de constructions nouvelles et autres nécessités pressantes. Les protecteui*s du nouveau collège se réunirent alors en assemblée générale, et ne trouvèrent pas d'autre moyen, pour garantir l'avenir de l'établissement, que de 1» doter de quelques riches bénéfices. On jeta les yeux sur les prieurés de Saint-Filbert de Loudun, de Saint-Maixent de Pamproux, de Notre-Dame de la Carte et de Saint-Martin de LigugéK De là les démarches faites auprès du chanoine Gaspard Le Fraac, prieur commendataire de Ligugé ; de là aussi, de la part de ce dernier, le recours à Rome pour régulariser sa position vis-à-vis du Saint-Siège, et tous les autres événements que nous avons déjà racontés. Le consentement du chantre de la cathédrale ne fut pas difficile à obtenir. Outre qu'on employa, pour le solliciter, son supérieur et son ami, Messire Gilles Gillier, doyen du Chapitre de Saint-Pierre de Poitiers, et de la noble famille de ce nom, les condi-

1. Plus lard on ajouta les prieurés de Comblé et de Sainte- Hadegonde.

lions qui furent fixées de part et d'autre étaient toutes à l'avantage du résignataii*e. Il devait conserver, sa vie durant, l'usufruit de son bénéfice, et de plus, on assurait à ses deux petits-neveux, lils de sa nièce, Gaspard et Pierre Baillargeaux, quatre cents bonnes livres de rente annuelle, jusqu'à leur mort.

Tout étant réglé sur ce point important, le prieur Gaspard Le Franc passa aux Pères Jésuites procuration, le 24 avril de l'an 1606 S pour requérir en cour (le Rome l'annexion du prieuré de Saint-Martin à leur collège de Poitiers.

Mais, avant de recourir au Siège Apostolique , il fallait obtenir un consentement plus nécessaire encore que celui du prieur commendataire. L'évêque de Maillezais, qui était alors Her.ri d'Escoubleau de Sourdis, pouvait, en qualité de coUateur du monastère de Ligugé , mettre une barrière infranchissable à rencontre^ de l'union projetée. Aussi s'empressat-on de surmonter ce dernier obstacle. Le prélat étail alors à Paris logé rue d'Arbous (sic) , «tir la paroisse de Saint-Germain-V Auxerrois, Grâce à de puissantes intercessions, le 9 juin de la même année 1606, il signa un acte de désistement de tous ses droits, à la condition seulement que lui et ses successeurs, à perpétuité, pourraient envoyer au collège des Pères Jésuites, soit à Poitiers, soit ailleurs, deux clercs séculiers ou réguliers , auxquels lesdits Pères Jésuites

1. D'autres passages semblent faire lire 24 AOUT : ce qui compliquerait la question de validité de la Bulle de Paul V. Sur la demande du R. P. Jacques Lespaulard, recteur du collège des Jésuites de Poitiers, cette procuration fut enregistrée, avec toutes les conditions y incluses, au greffe des lubinuations ecclésiastiques, le 20 mai de Tan 1G07.

seraient tenus de procurer le bienfait de Téducation et de l'instruction religieuse et profane, les livres et les vêtements, la nourriture et le logement nécessaires, pendant tout le temps que l'évêque de Maillezais jugerait convenable, ou du moins qu'une rente annuelle équivalente aux charges ci-dessus exprimées serait assignée par la Compagnie de Jésus aux deux protégés de l'évêque.

Munis de ce double document, les Jésuites de Poitiers s'adressèrent d'abord au roi, qui, le 4 février 1607, leur délivra un brevet confirmatif de l'annexion demandée. Restait encore la sanction du Saint-Siège; mais les amis delà Compagnie n'eurent pas de peine à vaincre cette dernière difficulté. Néanmoins tout sembla un instant compromis. Henri d'Es" coubleau, à l'instigation de quelques ennemis des Jésuites, avait révoqué tout à coup son consentement du9 juin, et réclamait plus que jamais les droits de ses prédécesseurs sur le monastèrede Saint-Martin. Enfin . mieux conseillé, il renouvela, le 20 mars 1607, son consentement en faveur de l'union « ; et l'affair© fut poursuivie avec tant de zèle et d'activité, que la Bulle pontificale put être expédiée dès le 4 mai suivant. Elle était adressée àl'official de Poitiers (Jean Moreau), personnage recommandable par sa piété et ami dévoué de la Compagnie de Jésus. Paul V y retraçait à grands traits le bien opéré par les enfants de saint Ignace et l'utilité de leurs collèges. « Les grands

1. Dans ce nouvel acte de consentement, le prélat régla à 100 livres pour chacun des deux clercs la rente due par les Jésuites comme équivalent des soins et frais d'entietien , etc. De plus il ajouta une redevance de deux charges d'huile de noix pour l'évêque et chapitre de Maillezais.

avantages, disait-il, que l'Institution des religieux de la Société de Jésus procure, chaque jour, à la république chrétienne, sous nos yeux, nous engagent et nous excitent à leur concéder tout ce qui peut contribuer à leur entretien, à Taccroissement de la foi catholique et à l'extirpation de l'hérésie . but de leurs travaux. Mais lorsque cette faveur nous est demandée par les pieuses instances des lidèles et surtout par la piété des rois , nous ne pouvons refuser d'y donner notre sanction apostolique. Or notre cher fils Gaspard Le Franc, chanoine, qui possédait à vie , eu vertu d'une concession apostolique, la commende du prieuré de Saint-Martin de Ligugé , Ordre de Saint-Benoit , au diocèse de Poitiers , nous ayant remis aujourd'hui librement çt spontanément, entre les mains, ladite commende avec tous les droits et actions quelconques, à lui appartenant sur ledit prieuré, nous avons résolu d'accepter ladite cession ; et ledit bénéfice

« devient ainsi vacant de la même manière qu'il

c était avant ladite commende.

« D'autre part, il nous a été naguère présenté a une supplique de la part de nos chers fils les « prêtres et clercs de la maison ou collège de la « Compagnie de Jésus à Poitiers , contenant en subs « tance, que tout récemment, dans ladite ville, on a- « commencé à fonder ledit collège , dans le but de « procurer l'accroissement de la religion et dévotion « catholiques, l'extirpation et la destruction de « l'hérésie , qui infeste ladite cité et surtout les lieux « circonvoisins ; que, dans la suite, on en a l'espoir tt certain , l'hérésie recevra de ce pieux et louable tt établissement un coup mortel. Mais il est difficile,

« paraiUil . et même impoi^sible de conduire et de « pouvoir consolider une pareille entreprise si, dès <c le principe, on ne pourvoit d'une dotation conveu nable ledit collège de cesdits prêtres et clercs. Et « si ledit prieuré n'y est uni et annexé à perpétuité « avec toutes ses dépendances , membres et appar- « tenances , l'heureux progrès non-seulement dudit « collège., mais encore de la religion catholique en « tace de l'hérésie , sera en péril.

a Nous donc, cédant à ces supplications, et en « considération surtout de notre très-cher fils Henri, « le roi très-chrétien des Français , qui nous a écrit « ù cet effet et nous a humblement prié en faveur « dudit établissement, Nous mandons à ta discrétion, c' par les présentes lettres apostoliques, de prononcer, « après les informations canoniques , l'union dudit

« prieuré audit collège...... pourvu que notre

« vénérable frère Henri , évêque de Maillezais, y

« ajoute son assentiment (suivent les conditions

(c énoncées plus haut), et pourvu que le culte divin (c qui avait coutume d'être célébré par les moines « dans ledit prieuré, ainsi que le nombre des minis- « très chargés de ce culte ne soient en rien diminués. « Donné à Rome près Saint-Marc, l'an de l'Incarna- « tion de Notre-Seigneur mille six cent sept, le « iv^ des nones de mai , de notre pontificat l'an « deuxième *. »

Cette Bulle, dont la validité fut vivement attaquée, soixante-cinq ans plus tard, par un ardent janséniste, ne souffrit aucune opposition en 1607. L'official Jean Moreau, réunissant promptement un certain nombre de notables du clergé et de la niagistratuie,

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