‹ Saint Martin et son monastère de LigugéChapitre 94 sur 153 · Archiv. de la Vienne (ibid · texte numérisé non relu

Archiv. de la Vienne (ibid

n'eut pas de peine à recueillir des votes favorables à raunexion du prieuré au collège ; et, dès le 17 novembre de la même année , il fulminait solennellement la Bulle de Paul Y.

Cependant, on ne peut le nier, les Jésuites avaient à lutter contre de puissants adversaires, entre autres René Rousseau, sieur de la Parisière; Nicolas de Sainte-Marthe, lieutenant général de là sénéchaussée de Poitiers, et Tévôque Geoffroi de Saint-Belin luimême *. Aussi s'empressèrent-ils, avec le consentement de Gaspard Le Franc, de prendre officiellement possession du monastère de Saint-Martin (19 novembre 1607). Et ,' non contents de cette garantie légale, ils firent si bien comprendre à Tex-prieur commendataire les oppositions qu'ils pourraient rencontrer, à sa mort, dans la paisible jouissance de son bénéfice, ce qui détruirait tout le mérite de son œuvre, que le pieux vieillard leur céda, même de son vivant, l'usufruit qu'il s'était réservé (3 janvier 1610). Ainsi rendus possesseurs des revenus du prieuré, ils l'affermèrent, trois jours après, au sieur Desanges, marchand à Poitiers, pour 1,500 livres, toutes charges déduites. D'ailleurs , Gaspard Le Franc ne survécut pas longtemps à ce dernier acte (le condescendance envers les enfants de saint Ignace, pour lesquels il professait une profonde vénération. Le 17 mars de Tannée suivante 1611, il allait refidre compte au tribunal suprême de sa longue et orageuse carrière.

Mais, parmi les œuvres de sa vie, aucune, assuré-

1. Ou peut voir ,dans Thibaudeau (v , 284-285) une lettre signée par Tévêque de Poitiers, qui prouve que ce prélat était tleveuu défavorable aux Jésuites de cette ville.

ment, iieut aux yeux de Dieu et des hommes une importance comparable à celle de l'annexion du prieuré de Saint-Martin de Ligugé au collège des Jésuites de Poitiers. Nous l'avons dit, le but était incontestablement utile, puisqu'il servait les intérêts d'un établissement destiné à sauvegarder la jeunesse contre l'erreur, et notre province entière contre les machinations de Thérësie. Et d'ailleurs, entre un prieur commendataire disposé à laisser dépérir le sanctuaire le plus vénérable, à dilapider les biens les plus sacrés, et la Société de Jésus, toujours attentive à procurer le salut des âmes, à évangéliser les populations confiées à ses soins, à réparer, à embellir la maison de Dieu, il n'y a pas à hésiter.

Que Ton nous permette, cependant, de jeter sur notre antique monastère un regard de sympathique regret. Ce berceau de la vie monastique en Occident ne sera plus désormais qu'une maison de campagne , oii viendra s'ébattre la jeunesse et se reposer la vieillesse. Déjà, au début du xvi^ siècle, nous avons gémi sur sa destinée ; mais si le soufQe de la vie religieuse cessa dès lors d'animer ce corps créé par la vertu du grand saint Martin , il conservait du moins encore quelque vestige de son antique physionomie monastique ; et cette forme, toute superficielle qu'elle était, semblait rattacher le présentau passé. Elle pouvait même devenir une espérance pour l'avenir c Encore quelques années,, dix ans à peine, et la Congrégation bénédictine de Saint-Maur établissait son noviciat dans l'abbaye de Nouaillé, aux portes de Ligugé. Mais, une fois victime d'une complète sécularisation, le prieuré de Saint-Martin n'avait plus rien à attendre des hommes. .

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