‹ Saint Martin et son monastère de LigugéChapitre 96 sur 153 · On trouvera cette pièce à la fin du volume · texte numérisé non relu

On trouvera cette pièce à la fin du volume

Cependant^ malgré tout, la prospérité matérielle récompensait le zèle des enfants de saint Ignace *. Pour l'achever, outre plusieurs prieurés ajoutés à la première dotation, ils réussirent à faire annexer à leur collège le petit bénéfice de la sacristie du prieuré de Saint-Martin , qui jusqu'alors avait été réservé et donné à un religieux bénédictin.

Après Laurent Fortin, le Père Jean Pouzault, religieux profès de l'abbaye de Saint-Gyprien de Poitiers , en avait été pourvu. Or, le 5 octobre dei l'an 1637, le P. Guillaume Babou, syndic du collège de Poitiers , le fit consentir à céder ce dernier titre monastique, à la condition qu'il en percevrait les fruits, sa vie durant. Forts de cet assentiment, les Pères Jésuites présentèrent requête au Saint-Siège pour obtenir l'union de ce bénéfice à leur collège, et la permission de ne plus en pourvoir un régulier après la mort du titulaire actuel. Le Pape Innocent X leur octroya, le 13 mai 1645, leur humble supplique, et le 12 juillet 1646, Christophe Fauveau, docteur de Sorbonne et officiai du diocèse, fulmina solennellement cette Bulle pontificale , du consentement de Henri de Bethune , évéque de Maillezais. Les Jésuites de Poitiers purent donc prendre officiellement possession du bénéfice le 8 août suivant; et , deux jours après, ils firent publier l'acte qui en fut dressé , au prône de l'église paroissiale de Saint-

1. Au mois de juin 1666, ils obtinrent du roi l'autorîsatioii de supprimer une foire qui s'était établie à Ligugé, on ne sait comment, le jour de la fête de saint Laurent, et d'en créer deux autres, l'une le lendemain de la fête de saint Martin, le 12 novembre, l'autre, le lendemain du jour de la Conversion de saint Paul, patron titulaire de l'église de la paroisse , le 26 janvier. (Archives de la Vûnmf.J

Paul de Ligugé. Ainsi disparut le dernier vestige de vie monastique dans notre prieuré de Saint-Martin. Mais cette augmentation de leurs revenus faillit coûter cher aux religieux propriétaires.

Le premier juillet de Tannée 1661, Henri-Marie de Laval de Boisdauphin , fils de Philippe-Emmanuel marquis de Sablé, avait été nommé à Tévêché de Maillezais ^ transféré depuis quelques années dans la ville de la Rochelle. Ami dévoué des jansénistes et ennemi juré des Jésuites, il ne tarda pas à chercher querelle à ces derniers. Après avoir étudié les documents relatifs à Tannexion du prieuré de Ligugé au collège de Poitiers , il crut y reconnaître assez de causes de nullité pour engager, sur ce terrain, une lutte ouverte avec les Pères de la Compagnie de Jésus. Partant de cette donnée, il conféra au syndic du chapitre de sa cathédrale, nommé Pierre Habert , le tilre de prieur de Ligugé. C'était hardi, mais ce n'était pas assez. Il fallait consommer cet acte en prenant officiellement possession du prieuré. Le prélat trouva dans le clergé de Poitiers un homme assez docile et assez audacieux pour cette entreprise. C'était Messire Pierre Bernard, curé de Cheuffray (?) et de Saint-Maurice son annexe, et ayant son domicile ordinaire dans la ville même de Poitiers. Le 21 avril de Tan 1671, il se présenta avec un notaire devant la porte de l'église de Saint- Martin et en prit possession avec toutes les solennités accoutumées. Une protestation de la part des Pères Jésuites de Poitiers suivit de près cet acte d'usurpation (24 avril). Pierre Habert en appela au parlement de Paris (9 mai). C'était habile : car, parmi toutes les cours souveraines, nous l'avons dit.

— isole parlement de Paris se distingua constamment par son opposition à la Société de Jésus. Les Jésuites de Poitiers ne se laissèrent pas prendre au piège. Le ii mai de la même année 1671, ils obtinrent un arrêt du Conseil privé du roi qui les maintenait en la jouissance du prieuré , défendait de les y troubler et interdisait à tous autres juges < qu'audit « Conseil de prendre connaissance de ce différend, < à peine de deux cents livres d'amende, nullité, « cassation de procédure et de tous despens, domc mages et interests ».

L'affaire étant ainsi en bonne voie , il ne fut pas difficile aux mêmes religieux d'éluder l'assignation à comparaître devant le parlement de Paris. En vain, le chanoine-syndic de la Rochelle essaya-t-il de faire revenir le Conseil privé sur son premier arrêt : ou lui répondit par une fin de non-recevoir, attendu que < des lettres patentes du roi Louis Xlll, u en date du 13 décembre 1633, et de Sa Majesté « actuellement régnante, en date du 11 mai 1655. « portaient évocation générale au Conseil privé de « tous les différends concernant les unions des « bénéfices aux maisons et collèges des Pères Jésui- « tes de ce royaume,... avec deffences à tous autres « juges d'en cognoistre. »

Les deux parties furent donc contraintes de porter devant le Conseil toutes les pièces sur lesquelles ils appuyaient leurs droits ou leurs prétentions. Mais, pendant les débats judiciaires. Té vêque de la Rochelle, comptant trop sur la justice de sa cause, continua de marcher en avant, et, sans abandonner son premier point d'attaque , dressa deux nouvelles batteries, derrière lesquelles il pourrait, en tous les

cas, couviir sa retraite.Le 5 décembre i671. il pourvut sou secrétaire, Messire Nicolas Gausseroii, du bénélice de la saQristie de Ligugé, qui, nous l'avons vu, avait été assez récemment unie au collège de Poitiers et à la mense du prieui'é de Saint-Martin, par une Bulle du Pape Innocent X. De plus, un oubli dans la BuUed'union de Paul Y servit utilement à ses desseins. Cette Bulle ne fait aucune mention de la cbapelle de Saint-Jean de Curzai , que nous avons vue fondée en Téglise de Saint-Martin dès le commencement du xi\^ siècle. Le prélat, s' emparant de cette brècbe , nomma à ce petit bénélice un de ses chanoines, Jacques Crignoii, prêtre du diocèse d'Amiens, bachelier en la Faculté de théologie de Parie, et probablement Tun de ces nombreux partisans de Jansénius que les évoques de la Hochelle et de Luçon appelèrent à leur secours vers l'époque où nous sommes parvenus (17 décembre 1671). Et pour prendre possession de ces deux bénéiices,raudacieux Pierre Bernard l'enouvela volontiers sa première entreprise (31 décembre). Le syndic du collège de Poitiers publia de son côté, comme c'était son devoir, un acte de protestation contre cette usurpation (5 janvier 167i).

Enfin, comme dernière batterie, Henri de Laval tit composer par son fidèle syndic, Pierre Habert, une longue et habile dissertation contre la Bulle d'union du pape Paul V et contre tous les actes qui l'avaient précédée ou suivie. Sans être péremptoire , ce mémoire ne manquait pas de force en plusieurs |)oints. Aussi, malgré la bonne volouté du Conseil privé, fut-il pris en considératioïi dans le jugement ^ délinitif, qui fut rendu le 1 mai lG7i. Tout en don-

liant gain de cause, pour le fond du litige, aux enfants de saint Ignace, les membres du Conseil décidèrent que, relativement à la sacristie et à la chapelle de Saint-Jean, les parties apporteraient de nouvelles preuves à l'appui de leurs droits réciproques ; mais, sous main, on les engagea à vider le différend par des compromis sages et modérés. C'est ce qui eut lieu. Le 2 août de la même année, le Chapitre de la Rochelle signa un premier compromis, par lequel il se contentait de 100 livres de rente que lui paieraient, chaque année, les Pères du collège de Poitiers , et l'évêque y donna son assentiment quatre jours après.

Quant au litige concernant le prieuré lui-même, une transaction du 2 novembre suivant le termina à l'amiable. On y stipula que les frais d'éducation et d'entretien dus par les Pères Jésuites à deux écoliers du diocèse de Haillezais seraient appliqués à deux choristes de la Psallette de la Rochelle, et, à leur défaut, à l'institution même de la Psallette.

Délivrés de toute crainte, les Jésuites du collège de Poitiers s'appliquèrent à embellir le prieuré de Saint-Martin. Deux ans après le pénible procès dont nous venons de parler, en 1674 *, ils rebâtirent le principal corps de logis, ne laissant subsister des constructions de Geoffroi d'Estissac , que la partie sud-ouest, qui contient aujourd'hui la cuisine, le grand escalier, la bibliothèque et quelques cellules de religieux ou autres appartements réguliers. Eu face, au midi du nouvel édifice, ils creusèrent un

1. Sur une pierre encastrée dans le mur delà laçadedu prieuré, au-dessus de la porte principale, a été grarée cette date.

vaste bassin, dont les eaux servent à ViiTigatiou des jardins du monastère. En un mot, au point de vue matériel,ils opérèrent des transformations aussi utiles qu'agréables. Le xni^ siècle s'acheva au milieu de ces réparations, auxquelles l'église de Saint-Martin eut aussi sa large part.

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