CHAPITRE XXVIII
PÈLERINAGE DU VÉNÉRABLE MARIE GRIGNON DE MONT- FORT A LIGUGÉ. — LE PRIEURÉ DE SAINT-MARTIN PENDANT LE XYIII® SIÈCLE.
A travers les révolutions successives subies par notre monastère . que devenait le pèlerinage de Saint-Martin ? Hélas ! il était tombé dans un oubli presque complet! Toutefois, un fait de la vie du vénérable Louis-Marie Grignon de Montfort nous permet d'affirmer que, même à cette époque d'affaissement de la vraie piété catholique , à la fin du xvii® et au début du xvifi® siècle, les intelligences d'élite en conservaient le souvenir.et se faisaient un honneur, aussi bien qu'un devoir,de venir vénérer à Ligugé le grand apôtre des Gaules.
Qui, dans le Poitou, la Vendée et la Bretagne, ne connaît et ne bénit la mémoire du vénérable Père Montfort, le fondateur des Sœurs de la Sagesse, Tamant passionaé de la croix et des humiliations, le restaurateur de la foi granitique des Bretons et des Vendéens , l'adversaire intrépide de l'hérésie janséniste, l'apôtre infatigable des populations des canipagnes,eteji ce point, comme en beaucoup d'autres, l'imitateur du grand saint Martin? Or, parmi lespratiques de la piété catholique qu'il propagea avec le plus de zèle,parce qu'elle était attaquée avec le plus de perlidie par l'école janséiiicmie et gallicane, celle
des pèlerinages tient, après la dévotion à la sainte Vierge, incontestablement le premier rang. Son intelligence illuminée d'en haut voyait dans les lieux sanctifiés par la présence, le corps, le souvenir d'un saint ou d'une sainte, ou parles apparitions de Marie notre Mère, autant de sources de grâces, oii les fidèles sont invités à venir puiser les secours surnaturels utiles ou nécessaires à leurs corps ou à leurs âmes. £t pendant toute sa vie,il ne cessa d'inculquer cette doctrine, et par sa parole et par son exemple, dans les âmes qu'il eut mission de diriger dans la voie du salut. Bafoué pour cela même par un grand nombre de ses contemporains, le serviteur de Dieu ne s'en émut pas.
Il y ajouta même un nouveau sujet de raillerie en allant, à l'exemple des saints des anciens jours, chercher directement à Rome l'autorité de son apostolat. Après quelques années passées à Poitiers, il fit à pied, le bâton de pèlerin à la main, ce pèlerinage sacré entre tous ; et là, dans la Jérusalem du Christianisme, auprès du successeur de saint Pierre, vicaire de Jésus-Christ sur cette terre, il reçut une onction particulière de grâces , et fut animé de cet esprit apostolique et de cette passion de la croix qui forma jusqu'à sa mort le caractère distinctif de sa sainteté. Toutefois, avant de se mettre à l'œuvre, il sentit le besoin de se placer sous la protection d'un saint apôtre, grand amant de l'humilité^et de ^abjection. Saint Martin fut celui à qui il donna la préférence ; et entre tous les sanctuaires consacrés à cet admirable thaumaturge, celui de Ligugé lui parut présenter le plus d'harmonies divines avec les desseins qu'il voulait réaliser. N'était-ce
pas là en effet . dans cette retraite obscure, quo l'apôtre de nos contrées avait puisé la lumière et la force nécessaires pour opérer les grandes choses qu'il avait accomplies? N'était-ce pas de Ligugé (|ue Martin , pendant douze ans, était parti pour évangéliser les peuples abandonnés du Poitou et de cette partie de la Bretagne et de TAnjou qui devait être le théâtre des travaux du vénérable Louis-Marie de Montfort? Cet homme de Dieu écrivit donc au Frère Mathurin , son premier compagnon fidèle , de l'attendre dans le prieuré de Ligugé. Et en effet, le pèlerin de Rome y arriva le 25 août 1706, au matin.
Ce jour n'était pas indifférent à la piété du serviteur de Dieu : c'était la fête de son glorieux patron saint Louis ; et son but était d'implorer, en même temps, la protection de ces deux puissants intercesseurs, Louis et Martin. Dieu seul connaît les grâces abondantes que l'apôtre du Bocage vendéen reçut en cette circonstance ; mais ce que l'histoire est impuissante à nous dire , la foi peut nous aider à le dévoiler.
Après cette pieuse digression , revenons à regret aux misères humaines. 11 s'agit d'un procès assez curieux comme détail.
Nous avons *vu, au xui^* siècle , le frère de saint Louis confirmer au prieuré de Saint-Martin le droit de haute et basse justice qu'il possédait de temps immémorial. Au xvni® siècle, ce droit avait subi bien des restrictions; mais il en restait assez de débris pour exciter l'envie d'un homme avide de ces sortes d'honneurs et de responsabilités. Deux magnifiques lions couchés sur chaque côté du vestibule de pierre
encore en pai*tie subsistant, devant rentrée principale de réglise , étaient comme les témoins de cet antique privilège du monastère. D'ailleurs un sénéchal rendait encore des jugements, en première instance, pour des délits de moindre importance. Mais, sur la paroisse de Ligugé, Gui-Geofifroi , comte de Poitou et duc d'Aquitaine , avait enlevé au domaine du monastère de Saint-Martin une terre assez considérable , nommée les Cinq-Noyers, dont il avait fait don au Chapitre de Saint-Nicolas de Poitiers , et , quelques années après , à sa chère abbaye de Montierneuf. Ce petit tief avait survécu aux révolutions et appartenait encore, en 1717, au monastère de Saint-Nicolas, membre de l'abbaye de Montierneuf.
Or, depuis quelque temps, ce bénéfice avait pour prieur commendataire messire Claude-Pascal Langlois, prêtre venu je ne sais d'où, mais sûrement d'autres lieux que de l'Académie des sciences. Cet excellent homme se mit en tète de revendiquer, pour son petit fief des Cinq-Noyers, le droit de justice dont nous venons de parler. Le 26 novembre de l'année 1717, il présenta requête au conservateur des privilèges royaux de la ville et de l'Université de Poitiers, à l'effet d'obtenir une sentence favorable à ses prétentions.
Dans son mémoire à l'appui, il avouait que , à la vérité, les Jésuites possédaient dans la paroisse de Ligugé le fief de Saint-Martin; mais il soutenait que ce tief n'était qu une basse justice relevant de sa seigneurie de Ligugé^ c'est-à-dire des Cinq-Noyers! Le conservateur, qui était alors René Vincent, conseiller du roi, lieutenant au siège de la Conservatoire de
la ville de Poitiers , reçut .la requête du prieur , lui permit de faire des recherches dans les anciens documents relatifs à Ligugé; et, le 12 janvier 1718, il ordonna aux Jésuites de produire les originaux des pièces sur lesquelles ils établissaient leur antique privilège. Cette sentence n'était guère juste, puisque la possession était incontestablement pour eux , et que c*était à leur adversaire, et non pas à eux, à prouver ses assertions inouïes. Toutefois les Jésuites s'exécutèrent, et réclamèrent de la bienveillance de l'évêque de la Rochelle Fautorisation de chercher parmi les archives de Févéché les documents qu'on exigeait d'eux.
Le diocèse de la Rochelle n'était plus gouverné par Henri de Laval. Le pieux et très-catholique évêque Etienne de Champflour, qui avait un frère parmi les membres de la Compagnie de Jésus ^ s'empressa de répondre qu'il ne pouvait, il est vrai, se dessaisir des pièces originales relatives au droit contesté, parce qu'il en avait lui-mênae besoin pour soutenir un procès concernant son évéché; mais que, volontiers, il en laisserait prendre copie authentique, et abandonnerait même les documents originaux pendant trois ou quatre jours, afin de permettre de les examiner à loisir. La charte du comte Alphonse et sa confirmation par Philippe le Hardi furent donc apportées au greffe du conservateur des privilèges de l'Université de Poitiers , après qu'on en eut pris copie authentique à la Rochelle.
'Mais le prieur de Saint-Nicolas, préoccupé de son prétendu droit, opposa les arguties les plus misérables contre ces titres incontestables. En présence .de telles dénégations, la dernière ressource
était le mépris, et il lui fot infligé. Le R. P. Antoine de Champflour, frère de l'évêque, qui avait été chargé par le syndic du collège de Poitiers de suivre cette afifaire, se contenta de répliquer : « Les obser- <x vations des sieurs Boutiron et Rossignol, procu- « rears du sieur prieur de Saint-Nicolas , ne méri- « tent pas de réponse. Elles ne procèdent sans « doute, sans offenser lesdits sieurs Boutiron et a Rossignol, que du deffault d'usage qu'ils ont de a semblables actes, b Et, après divers incidents , le jugement fut rendu en ce sens.
Ces querelles incessantes suscitées aux enfants de saint Ignace ne ressemblent-elles pas assez bien à ces coups multipliés dont on accablait, dans les temps barbares, les condamnés au dernier supplice? C'est. qu'en effet, un sort pareil était réservé à ces religieux, en butte, dans tous les temps, à la haine des ennemis de l'Ëglise.
Hais,avant de contempler cette catastrophe et d'en constater les conséquences pour notre monastère de Saint-Martin, jetons un regard sur le régime intérieur de ce même prieuré et sur la paroisse de Saint- Paul de Ligugé, qui bientôt constituera le seul élément religieux de la localité.
Nous l'avons dit, toute vie monastique avait disparu du prieuré de Saint-Hartin avec l'apparition des Jésuites. Autant que les documents nous permettent d'en saisir la physionomie, le régime de la maison consistait en une communauté composée d'un prêtre, et de deux ou trois clercs appelés choristes , faisant lès fonctions de sacristains et d'enfants de chœur , sans doute pour le service des pèlerins ou des Pères Jésuites, lorsque ceux-ci venaient se repo-
sor de leurs fatigues dans les frais et salutaires ombrages de Ja vallée du Clain. Un Père du collège de Poitiers avait cependant la charge spéciale de résider de temps à autre à- Ligugé, et de surveiller l'administration du Frère régisseur, qui en était comme l'économe.
Celui qui, parmi les choristes ^éUit revêtu dusacerdoc.e, portait le titre de desservant le prieuré ds Saint- Martin de Ligugé; et les archives de la paroisse nous n font connaître plusieurs, notamment : messire Mathieu Le Comte , d'abord curé des Roches-Prémaries, puis deSaint-Hilaire-entre-les-Églises. à Poitiers, ensuite de Rouillé près Lusignan, et eniin choriste du prieuré * ; messire Louis Dupré, le même peut-être qui devint plus tard curé deBéruges(1737-i740);unRévérend Père Cordelier , nommé Nicolas Peyage ("3 août 1746) , et Urbain Denizeau. de la paroisse de Saint- Hilaire-de-la-Celle, à Poitiers (dei749 à 1756). Parmi les choristes inférieurs, les uns étaient dans les ordres sacrés , comme Jean Roy, dont nous parlerons plus loin ; les autres n'étaient que de simples clercs tonsurés, comme Riault, La Raye, René Agrissay et Hilaire Sané. Ce dernier mérite une mention spéciale, non-seulement parce qu'il fut le plus longtemps (de 1729 à 1767) au service de Saint-Martin, mais encore et surtout parce qu'il remplit ses fonctions avec le plus de zèle et de piété. Il nous en i^este un témoignage assez intéressant pour être reproduit.
Né, probablement, dans les environs de la ville de Niort, vers l'an 1700, il était déjà pourvu d'une semi-prébende canoniale dans la petite collégiale de
1. Il fut inhumé le 2 août 1737, devant r«aii tel de saint Laurent, dans l'égrlise de Raint-Paiil de Ligrngé.
Magné, près Niort, lorsqu'il vint à Ligugé se dévouer au service de saint Martin (14 février 1729). Humble et d'une piété remarquable, il était estimé des habitants de la paroisse, qui aimaient à l'établir parrain de leurs enfants, ou à le voir servir de témoin à leur consécration nuptiale. Il vivait ainsi depuis vingt-buit ans dans le monastère, lorsqu'il fut inspiré de se consacrer à Dieu et à saint Martin d'une manière plus étroite et plus religieuse que ses confrères. Les Pères Jésuites, après l'avoir éprouvé quelque temps. se rendirent enfin à ses supplications; et, le 20 janvier 1756, ils le reçurent comme Frère donné de leur Compagnie : « à la condition », porte l'acte de son admission, « qu'il vivra régulièrement et de son « état de clerc tonsuré, qu'il approchera souvent « des sacrements et sera d'un bon exemple, tant au « prieuré que dans la paroisse dé Ligugé, comme il « ta toujours été; qu'il ne couchera jamais hors du « prieuré, et que, conformément à son état, il « aidera le Frère régisseur dans la régie du prieuré « et dans les soins des membres de la maison. Il « continuera dans le prieuré le service de choriste « et de sacristain pendant le reste de ses jours, en « y recevant, tant sain que malade, le logement et « la nourriture , comme le Père résidant audit « prieuré, et, en outre, une pension annuelle de qua- « rante livres. » A sa mort il sera libre de disposer, comme il lui plaira, de l'argent qu'il pourrait avoir. L'acte est signé Guesdon^ de la Compagnie de Jésus^ provindaL — Charles- Avguste-Lazare Nectoue, recteur du collège de Poitiers. — J.- Joseph Dulimbert, syndic du iném^e collège. — Hilaire Sané. Et plus bas : a Je ratifie l'acte ci-dessus : Faget^ de la Corn-
« pagnie de Jésus, provincial. Ligugé, ce 17 juillet a 1787. » Et : « Je ratifie volontiers l'acte ci-dessus : « Nectoue, ce 31 may 1760. »
Hilaire Sané fut fidèle à ses engagements, et même après la dispersion des Jésuites , nous le voyons remplissant avec le même zèle ses humbles mais honorables fonctions, jusqu'à sa mort, qui arriva le 7 avril 1767. Il fut enterré le lendemaiii dans l'église de Ligugé. Les curés des paroisses voisines, notamment le R. P. de la Pierre, chanoine régulier de Fontaine-le-Comte et prieur-curé de Hézeaux ; Messires Bruneau, curé de Samarve, et Lepeultre, curé de Saint-Benoît, se firent un honneur d'assister à ses obsèques *. Joseph-Louis Yantelon de la Pinotière, curé de Saint-Paul de Ligugé, présidait la cérémonie funèbre.
Ce dernier était un prêtre d'un talent fort médiocre, comme le prouvent les actes qui nous restent de lui ; mais il en était autrement de son prédécesseur, Jean-Mathurin Grilliet, d'une famille assez honorable de Poitiers, dont trois membres occupèrent successivement la cure de Ligugé.
Nommé curé le 24 novembre 1723, aussitôt après la mort deMàthurin Grilliet son oncle,il exerça le saint ministère dans la paroisse avec autant de zèle que d'intelligence. Homme de cœur surtout, il nous a laissé , dans le récit des derniers moments de sa pieuse mère, un de ces tableaux d'autant plus touchants qu'ils sont peints avec plus de simplicité et d'abandon : *"
« Aujourd'hui mardi, septième de may 1727 »,
l. Arcîtiv. de la- mairie de lÀgvgé,
écrit-il sur son registre paroissial, c a été iniiumée dans l'église (de Saint-Paul de Ligugé) à côté de levangile deTautel de sainte Catherine^ dame Elisabeth Pinot, épouse de Messire Jean Grilliet, fille de Pierre Pinot et d'Antoinette Savariau, décédée du jour d'hier sur les 10 h. {{i du soir , après avoir reçu les sacrements de Pénitence et d'Extrême-Onction et avoir eu beaucoup de regret de ne pouvoir recevoir celui de l'Eucharistie. (Elle était) âgée d'environ 70 ans.
< La douleur qu'elle a ressentie de la perte de son fils Antoine Grilliet, qui fut enterré près la chapelle de la Résun*ection dans l'église de Notre- Dame-la-Petite, sa paroisse, après avoir reçu tous les sacrements, la conduisit au tombeau.
< Sa patience durant sa maladie, sa parfaite résignation aux ordres du Seigneur, la crainte qu'elle avait de satisfaire trop ses sens en prenant quelques gouttes de bouillon, qui a été toute sa nourriture pendant sa maladie de huit jours, me font espérer qu'elle a échangé cette vie pour une meilleure ^ Ont assisté à son convoi M. Fuzeau, curé deScmarve; M. Porcherie, curé de Mézeaux; M. Doint, prieur de Croutelles ; M. Degennes^ vicaire d'Iteuil, et M. Jorigny, ancien vicaire d'Iteuil; M. Jean Grilliet, son mari; Pierre Grilliet,
« son fils aîné, et moi aussi, qui suis sou cadet. »
Cet excellent prêtre gouverna la paroisse de Saint- Paul pendant quarante et un ans ; et lorsqu'il
1 L-î bon curé, qui avait regret d'avoir écrit les éloges de sa mère, les a barrées ensuite ; mais nous sommes parvenu à les décbifbrer malgré lui.
descendit dans la tombe (1764), une grande révolution avait été opérée dans l'administration du prieuré de Saint-Martin.
A la suite de longues et infernales machinations , l'Institut des Jésuites avait été condamné à périr par le parlement de Paris (6 août 1762). Hais le présidial de Poitiers n'avait même pas attendu cette sentence définitive pour expulser ces nobles victimes de la rancune janséniste. Dès le ier avril 1762, il les avait chassés de leur collège de Sainte-Marthe, les avait dépouillés de leurs biens, et entre autres du prieuré de Ligugé, qui, dès le 23 juin suivant, fut affermé à deux fermiers généraux, les sieurs Orillard et Veillon, tandis qu'un religieux de l'abbaye des Blancs-Manteaux , à Paris, arsenal où furent forgées toutes les accusations calomnieuses contre les Jésuites, n'avait pas honte de réclamer ce bénéfice en vertu d'une prof'ision obtenue m parlement de Paris (^ mai 1762) !
Ainsi notre antique et vénérable monastère était livré comme une proie à la rapacité des hommes égarés par l'hérésie et par la haine contre les Ordres religieux. Triste sort, qui n'était cependant que le prélude d'une destinée plus lamentable encore ^.
Il est vrai que la cour de Versailles ne permit pas à ces convoitises de se satisfaire, et que, pour apaiser., en partie, les réclamations du clergé contre une
1. Ce fut pendant cette période de 28 ans, qui s'écoula entre le séquestre mis par le Parlement sur les biens des Jésuites et le séquestre mis par l'Assemblée nationale sur les biens du clergé de France, que fut bénie, le 14 août 1774, par Messire Joseph- Louis Vantelon de la Pinotière, curé de Saint- Paul de Ligugé, une petite chapelle au château de Monplaisir, bâtie, avec permission de Messire Desmarals, grand-vicaire de Poitiers, par
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pareille usurpation du pouToir civil , elle remit entre 1^8 mains d'un économe général tous les bénéfices possédés par les Jésuites. Cet économe donna le bail de chacun de ces bénéfices à des industriels; et ceux-ci , sous le nom de fermiers généraux, les souslouèrent par parties à d'autres fermiers , lesquels enfin les affermèrent à des paysans. C'est par cette hiérarchie constituée que furent régis les domaines du prieuré de Lîgugé et le monastère lui-même, jusqu'en 1790. Après les sieurs Orillard et Yeillon. un bourgeois de Paris , Claude du Ris , et après lui , le sieur Josèph-Jérémie Tribert , de Poitiers , en furent successivement les fermiers généraux.
Quant à Tégli^ du prieuré , elle continua d'être desservie par les mêmes choristes mentionnés plus haut : Hilaire Sané , qui mourut , comme nous l'avons remarqué, cinq ans après la dispersion des enfants de saint Ignace ; Jean Roy, sous-diacre, qiM décéda le 6 juillet *78i ^ à l'âge de 80 ans , et René Agrissay, qui ne tarda pas à le suivre dans là tombe. Le silence de la mort , en attendant la profanation, se faisait peu à peu dans la basilique de Saint- Martin. Toutefois les personnages les plus distingués de la localité se faisaient encore un honneur de recevoir à son autel la bénédiction nuptiale. C'est ainsi *
les pi-opriétaires de ce château, M. et Mme la marquise de Nieuil, sous le patronage de saint Augustin. Cette maison de campagne, qui actuellement appartient à madame la vicomtesse de Gondrecourt, possède aujourd'hui encore son petit oratoii'e dédié au même saint docteur.
1. Le 15 mars 1725, M. Jean-Baptiste Gaborit, sieur de la Brosse, conseiller au présidial de Poitiers, et Marie-Anne- Hilaire Halon de la Galinière, avaient été également mariés dans réglise du prieuré de Saint-Martin. Ces rares exemples
que, le H septembre de Tan 1 781 , disent les ancien» registres de la paroisse, Messire Louis de Moysan, chevalier, seigneur de Logerie, ancien officier au régiment d'Orléans-infanterie, demeurant au château de Logerie , paroisse de Rouillé-Saint-Hilaire , et Damoiselle Marguerite-Françoise de Chantai de Puiraveau , reçurent des mains de Hessire Rousseau de la Ferandière , vicaire général du diocèse et chanoine archidiacre de la cathédiale , la bénédiction nuptiale en la chapelle du prieuré de Saint-Martin de Ligugé , sur la paroisse dudit Ligugé.
On a dit * que ce fut vers cette époque , « c'est-à- « dire vers 1780 , que le curé de Saint-Paul de « Ligugé quitta son église pour s'installer dans celle « de Saint-Martin , qui devint ainsi paroissijale. » Nous ne le pensons pas. Outre que la cérémonie de mariage dont nous venons de parler ne parait avoir eu lieu que par exception dans la chapelle du prieuré, cette église , dans ce document , est dite , non pas paroissiale , mais située sur to paroisse dudit Ligugé, Aussi bien, le bénéfice prioral appartenant à l' économat général de France , il eût fallu des formalités considérables pour transformer en simple église paroissiale Téglise d'un monastère qui était toujours considérée officiellen\ent comme conventuelle.
Toutefois, cette transformation ne se fit pas longtemps attendre. La Révolution s'avançait à grands pas, et pour elle saint Martin et tous ses ♦souvenirs n'étaient qu'un motif de plus pour opérer la ruine de notre monastère.
prouvent que ce n'était qu'une exception obtenue par* une faveur spéciale.