‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inédits (volume 2)Chapitre 133 sur 266 · LE VERBE · texte numérisé non relu

LE VERBE

EUe a infimment plus fait par là qu'elle ne peut faire désormais.

« D'ailleurs, elle n*a pas donné naissance au Verbe, mais au Christ. Ainsi , elle ne pourroit jamais donner naissance au Yerbe en nous. . . .

« Il faut laisser à chacun la mesure de foi qu'il peut porter. Quant à vous, Monsieur, qui ne voulez considérer que les avantages qu'on peut tirer de son commerce, je ne croîs pas, je le répète, devoir vous les contester, mais je crois pouvoir vous dire que vous connoissez un plus grand élu qu'elle, qui est son Fils. » (Lettre du 21 juin 1793.)

Rien de plus piquant que cette leçon de modération donnée par la mysticité catholique à la mysticité protestante. Si ce n'est pas la doctrine de l'Évangile, elle est , du moins , plus simple et plus claire que celle du gentilhomme bernois. Mais c'est de la petite mysticité, et l'on n'aurait pas une idée suffisante de la grande, de celle qui a le plus de prix aux yeux des deux amis, si je m'arrêtais là. Je pourrais hésiter cependant ; mais quand on veut faire connaître purement la portée des systèmes et la valeur réelle des hommes, c'est la vérité telle qu'eUe est qu'il faut donner. Je continue donc à suivre ce débat un instant encore.

Le baron ne se rend pas aux raisons de son maître ni à l'autorité du prédicateur qu'on lui cite. U répond :

«Vous dites, et entièrement dans mon sens, que Marie n'a point donné naissance au Verbe, mais à Christ.... Tout comme dans l'ordre inférieur et temporel, rien n'est produit que sur un fond , sur une vierge; ainsi, dans l'ordre le plus sublime, l'ordre divin,

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leYerbe est engendré éternellement sur un fond qui, quoique substance, est un néant infini : la Vierge, la Sagesse divine, Sophia.

a C'est cette vierge divine qui s*est unie hypostatiquement avec Thumanité de Marie ; c'est sur ce fond divin que le Yerbe a été engendré dans Marie. Et c'est encore la même Vierge divine unie à l'humanité de Marie, qui peut entrer dans nos cœurs et servir de fond sur lequel le Verbe s'engendre. »

Une génération assise sur un néant infini I Mais comment la faire accepter de la raison ? Pour accepter, la raison n'exige pas la compréhensibilité ; cette vieille pruderie a fait son temps. Mais l'intelligence humaine, pour accepter, pour pouvoir accepteravec raison, exige impérieusement l'absence de tout ce qui impUque contradiction, de tout ce qui est absurde. Or, le néant n'étant rien, ne saurait être ni fini ni infini , ni le fond de quoi que ce soit.

Aussi le baron de Liebisdorf serait-il fort embarrassé de soutenir son néant infini contre son correspondant, s*il n'avait pour soi une autorité plus haute que la sienne, la plus haute de toutes pour Saint-Martin.

En effet, « c'est Bœhme qui prouve t[ue le néant n'est pas autre chose que Sophia, la Sagesse étemelle ; que Sophia est visible comme un esprit pur, élémentaire,

subtil et sans corps C'est pour cela, dit-il, que le

corps de la Vierge n'a pas, après sa mort, subi la loi générale de la corruption, i»

Ces assertions, permises à Boâhme, vu son éducation philosophique, ne l'étaient pas à Liebisdorf, élève de Kant. Aussi Saint^^Martin ne s'y rend pas. C'est pour

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lui à la fois trop de métaphysique et trop de physique.

« Quant à la Sophia, je ne fais aucun doute, dit-ii, qu'elle ne puisse naître dans notre centre ; je ne fais aucun doute que le Verbe divin n*y puisse naître aussi par ce moyen, comme il est né par là dans Marie. Mais tout ceci se passera spirituellement pour nous, et si nous pouvons le sentir de cette manière , nous ne le ▼oyons jamais alors qu'intellectuellement.... Tout ce qui se présentera plus physiquement et à Textérieur ne viendra pas de nous ni de notre propre centre.... Ainsi, le Verbe, Sophie, la Marie même, qui peuvent se mani* fester à Textérieur, seront le Verbe, Sophie et la Marie, déjà transformés avant nous. Notre œuvre personneUe est de faire renaître toutes ces choses-là en nous, non plus par une génération en être externe..., mais par la renaissance intime de nous-mêmes , qui doit nous rendre semblables à tous ces êtres par la sainteté, la pureté et par la lumière, d

C'est distinguer par&itement et dissiper d'un seul coup, par un seul rayon, tous les brouillards enfantés par les vaines allégories où se perdent Bœhme et ses élèves.

Kirchberger voulait que Sophie se manifestât exté^ rieurement et physiquement^ puisqu'elle avait fait cette apparition à Jane Leade. Il tenait aux manifestations extérieures ; il prétendait à la connaissance physique de la cause active et intelligente^ c'est-à-dire du Verbe ; il voulait aspirer la Sophie céleste jusque dans l'air de l'atmosphère émané de la terre végétale.

<c L'air atmosphérique doit renfermer l'élément pur, le eorps de la Sophie, la terre végétale. Par conséquent.

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en respirant Tair, nous devons pouvoir nous alimenter, physiquement même, du corps céleste de la cause active et intelligente ; et si notre cœur s'ouvre, il peut et doit à chaque respiration recevoir la nourriture pure, spirituelle, qui est renfermée dans cette manne divine. Ainsi Tair seroit le grand véhicule. »

On voit que le savant de Berne avait des réminiscences de cosmogonie ancienne jusque dans sa théologie chrétienne : il y avait là quelques souvenirs trompeurs de la théorie de Tâme du monde et de ses rapports avec celle de Thomme émanée d'elle ; mais on n'est pas plus matérialiste que ce mystique qui veut aspirer 5ophie et le Verbe jusque dans l'air.

Cela ne peut aller au théosophe d'Amboise.

Il répUque d'abord , en ce qui concerne le précédent de Jane Leade, et bien doucement, mais avec autorité.

a Instruit comme vous Fêtes aujourd'hui, vous devez être sûr que nulle tradition ou initiation des hommes ne pourra jamais vous répondre de vous mener aux communications pures...; il n'y a que Dieu seul qui les donne. )»

Il est également ferme sur la question elle-même , la jouissance physique de Sophie au moyen de la respiration de l'air atmosphérique; mais il est ferme au nom d'une érudition toute mystique que je me garderai bien 'd'expliquer au lecteur, tant elle est merveilleuse pour la pensée et emblématique pour le style. « Le mot de terre végétale s'étend, ditr-il, à toutes les régions. Il y a une terre végétale matérielle, c'est ceUe de nos champs ; il y a une terre végétale spirituelle , qui est celle de l'élément pur; il y a une terre végétale spirituelle, qui est la So-

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