LE NOUVEAU
de sa toile avec la magique prestesse d'un peintre qui aurait passé sa vie à esquisser le paysage.
« Dans les Alpes, voyez ce chasseur qui quelquefois est surpris et enveloppé soudain d'une mer de vapeurs épaisses, où il ne peut pas seulement apercevoir ses propres pieds ni sa propre main, et où il est obligé de s'arrêter là où il se trouve, faute de pouvoir faire en sûreté un seul pas. Ce que ce chasseur n'est que par accident et par intervalles, l'homme l'est ici-bas continuellement et sans relâche. Ses jours terrestres sont eux-mêmes cette mer de vapeurs ténébreuses qui lui dérobent la lumière de son soleil et le contraignent à demeurer dans une pénible inaction, s'il ne veut pas au moindre mouvement se briser et se plonger dans des précipices. »
Quelle belle idée et quelle belle image! Voilà le vrai moraliste, ingénieux et saisissant.
Je l'ai dit, la force de Saint-Martin n'est ni dans son talent d'écrivain ni dans sa pensée métaphysique, elle est dans ses dons de moraliste , c'est-à-dire dans ceuxlà précisément qu'il se connaissait le moins; il est faible, au contraire, précisément dans ceux qu'il prisait le plus : les dons de la haute spéculation dans la science qu'il croyait avoir le mieux cultivée, j'entends la métaphysique.
Écoutons-le, toutefois, lui-même à ce sujet. Il faut qu'il nous confesse en personne ses illusions, pour qu'on puisse admettre qu'elles aient pu aller si loin et jusqu'à ce degré de comparaison avec le plus grand de nos penseurs.
« Descartes a rendu un service essentiel aux sciences naturelles, en appliquant Talgèbre à la géométrie matérielle. Je ne sais si j'aurai rendu un aussi grand service