LES ŒUVRES
surance, les plu^ hautes questions de la théologie spéculative , celles de la pneumatologie transcendante et celles de la cosmologie métaphysique. D*ordinaire obscur, d'une obscurité mystique ou plutôt théosophique, il est d'autres fois précédé de Téclair, et on sent alors en lisant Tancien pâtre de Gœrlitz le précurseur de Descaites, de Malebranche et de Spinosa. Du moins on comprend, en lisant les Trois Principes ^ toute Tadmiration que deux illustres contemporains de Saint-Martin, Joseph de Schelling et François de Baader, ont si hautement professée pour leur singulier prédécesseur.
En prenant le chapitre que j'en veux signaler particulièrement à notre époque, celui de Y Expansion ou Gêné-ration infinie, multiple j innombrable de l'étemelle naturej on comprendra en particulier la vive sympathie avec laquelle les amis du panthéisme moderne ont salué et saluent encore ces publications^ souvent aussi étranges et aussi resplendissantes d'éclairs que celles du nouveau platonisme et celle du gnosticisme.
Un jeune contemporain de Saint-Martin que je serais surpris de ne pas rencontrer davantage dans les sentiers du théosophe, s'il était venu au monde quelques années plus tôt, Maine de Biran, parlant de la triple vie de l'homme, semble avoir adopté quelques-unes des vues du livre de Bœhme. Cet ouvrage ayant été traduit par Saint-Martin dès 1793, quoiqu'il n'ait paru qu'en 1809, Maine de Biran aurait pu en prendre connaissance dans cette version. Je ne trouve pourtant pas trace de relations entre les deux écrivains, et si les aspirations morales du philosophe de Bergerac furent profondément dominées par ses idées religieuses ; s'il a pu se sentir
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quelque penchant pour les tendances éthiques de Saint- Martin, il faut dire cependant que son esprit si net et si positif, si essentiellement observateur, a dû se cefuser à le suivre dans des questions aussi ardues que celles de Bœhme, qui ne recule devant rien. En effet, il ose traiter très-hardiment la question de Y Origine de la vie et de réternelle génération de Pessence divine.
Et il faut TaTOuer, si estimables que soient les traductions de Saint-Maitin, par la générosité de l'entreprise, le dévouement qu'il y mit et les sacrifices qu'elles lui coûtèrent, elles ne sont pas bonnes. Ni fidèles, ni élégantes, elles devaient rebuter le lecteur, abstraction faite des témérités de l'auteur traduit, d'un auteur qui se croyait inspiré et qui abusait volontiers du droit de tout mettre sur le compte de l'inspiration. Passe encore pour ses textes originaux. Mais comment, en fait de style, et même dans une traduction, ne pas se détourner involontairement de pages qui traitent de l'éternelle engendreuse? Et comment Saint-Martin, qui se reprochait lui-même ses obscurités de langage, qui avait d'ailleurs le sens très-littéraire, n'a-t-il pas fait un pas de plus en matière de hardiesse, et traduit son auteur favori tout à fait en français? Même en philosophie, disons surtout en philosophie, la forme a son importance. Ainsi, dans ces pages que nous venons de citer, celles qui traitent de l'éternelle engendreuse, il ne s'agit au fond que de ces mêmes idées fondamentales que la mythologie spéculative de la Grèce présente d'une manière si attrayante sous les personnifications d'Eros et de Pothos. Tant il est vrai qu'une belle pensée ne demande qu'un beau style pour se faire admirer. Sans doute le' style n'est rien sans la