‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inédits (volume 2)Chapitre 201 sur 266 · LES ŒUVRES · texte numérisé non relu

LES ŒUVRES

pensée; mais la pensée, si profonde soit-elle, la pensée sans le style est la plus triste chose. Elle est plus [que méconque, elle est abandonnée.

Bœhme ainsi traduit fut si froidement accueilli en France, que Saint-Martin, malgré toutes les peines qu'il se donna et tous les sacrifices qu'il fit , ne parvint pas à faire imprimer de son vivant le livre de la Triple Vie. Le livre des Quarante Questions sur l'âme lui-même ne trouva pas de lecteurs hors du cercle des intimes ou des initiés. Il est vrai qu'on avait alors Tesprit fort tendu, tout absqrbé dans autre chose : la réorganisation du gouvernement, rétablissement sérieux du consulat qui venait de jaillir du sein des victoires, la réorganisation de renseignement qui sortait naturellement du sein des conquêtes de la science ; la réorganisation de l'Église et la création de tout ce que la religion demandait d'institutions nouvelles. Sous ce dernier point de vue, Saint- Martin venait en apparence au moment le plus opportun. On revenait à la foi. Cela est vrai. Mais ce qu'on demandait, ce n'était pas de la spéculation, des théories. On ne goûtait pas plus le mysticisme que le déisme. Ce qui convenait le mieux , c'était un catholicisme assez embelli d'art et de poésie pour étouffer sous ses attraits toutes les objections de ses vieux adversaires et tous les doutes qu'on pouvait avoir accueillis en d'autres temps. Or cela était donné par une autre main, nous l'avons dit. Le mysticisme de Saint -Martin n'avait qu'une seule séduction, une audacieuse nouveauté. D'ordinaire nous aimons l'audace dans les grandes questions. Rien n'était timide dans ses théories ; elles ne connaissaient guère cette réserve qui règne dans les nôtres. D'ailleurs

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les solutions de Bœhme offraient de quoi satisfaire les plus âunbitieux. On y abordait des problèmes magnifiques. Celui If où est provenu l'âme au commencement du monde ^ n'avait plus été posé depuis bien longtemps* P'autres ne l'avaient jamais été, celui par exemple : Qu'est-ce que F âme du Messie et du Christ ?

On le voit, il n'y avait pas de questions plus difficiles ; or il y en avait bon nombre d'aussi hautes, et elles recevaient toutes des solutions quelconques,

Saint-Martin avait bien le sentiment de ce qu'il donnait à la France, et comptant sur l'avenir, peu lui importait le succès immédiat. C'était sa ferme conviction que notre philosophie, je veux dire celle de son temps, demandait des éléments religieux et chrétiens ; et, soldat fidèle à sa mission, il entreprit hardiment la traduction du traité le plus métaphysique de Bcehme, celui de Y Incarnation. Mais il ne l'acheva pas, et il était réservé à un estimable savant de Lausanne, M. Bury, d'en publier de nos jours une version ferme, claire et française autant que peut l'être le calque scrupuleux d'un écrit alle-

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En mettant la main à ces derniers travaux, Saint- Martin sentit qu'il fallait se hâter. Loin de l'attrister, les perspectives qu'il s'ouvrait chaque jour avec une foi plus vive lui étaient chères au delà de tout ce qui pouvait rattacher au monde. Mais toi^jours prêt à se laisser relever de son poste, il ne l'abandonnait pas lâchement. Au contraire, plus il voyait approcher le terme , plus il mettait à profit les jours qui lui étaient mesurés. Il était suffisamment attaché à Dieu pour n'avoir besoin de se détacher de rien. A ses ancienaes relations il en ajouta

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