‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inédits (volume 2)Chapitre 247 sur 266 · LES PACTES · texte numérisé non relu

LES PACTES

le met dans une voie tout opposée. Et désormais il ne veut plus prendre la science dans les ouvrages ou dans la parole des hommes qui l'offrent à tout le monde ; adorant le mystère, il la cherche auprès de ceux qui la donnent sous des titres ambitieux, sous le voile et le symbole. 11 affectionne les systèmes, les doctrines, les opinions qui se cachent. Aux yeux d'un esprit de la nature la plus lucide, c'est leur mérite de n'être pas reçues dans le monde. De là, dans son âme si droite et si élevée, si avide des sciences divines et si spécialement appelée à les cultiver, cette recherche si empressée de toutes les doctrines théosophiques ou mystiques, et cette déférence si prolongée et si étrange pour des opérations théurgiques ou magiques auxquelles il participe en dépit de ses répugnances ; de là ces études somnambuliques et magnétiques qu'il poursuit à Lyon, et dont il plaide la cause contre Bailly et Franklin ; de là ces combinaisons de chiffres et d'hiéroglyphes astrologiques auxquelles il se livre avec tant d'obstination même après son âge mûr et jusqu'à la veille de sa mort, en dépit du peu de cas qu'il fait des travaux analogues d'Eckartshausen ; de là aussi quelques-unes de ces pérégrinations qu'il voile avec tant d'attention; de là, encore, dans l'intelligence naturellement si pure du pieux philosophe, ce culte si idolâtre pour le mystagogue de sa jeunesse auquel, vingt ans après, il attribue son entrée dans les vérités supérieures, comme s'il n'avait trouvé aucune de ces vérités dans la religion de ses pères ; et de là enfin ce culte plusidolâtre pour le philosophe teutonique dont il dit n'être pas digne de nouer les cordons de ses souliers, et dont les écrits abandonnés

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sont à ses yeux la plus grande condamnation de Thumaoité.

t( En effet, dit^il, il faut que Thomme soit devenu roc ou démon pour n'avoir pas profité plus qu'il n'a fait de ce trésor envoyé au monde, il y a cent quatre-vingts ans.» (Portr., 334.)

Le culte de deux initiateurs si différents jen amena un troisième très-reprochable dans l'homme en général, mais plus reprochable dans Saint-Martin qu'en tout autre. De l'admiration de ses maîtres, Saint-Martin, sans s'en rendre compte, passe à celle de leur commun disciple. La transition n'était que trop aisée. A force de vivre dans l'intuition mystique et dans les vérités supérieures, dans le commerce de leurs prophètes, on finit par respecter en soi-même un de ses oracles les plus fidèles ; on finit par avoir, moins pour sa personne que pour sa pensée peut-être, précisément ce même respect qu'on reproche au rationaliste d'avoir pour sa raison. On critique le culte de celle-ci, qui est faillible, mais on professe avec orgueil la déférence légitimement due à l'illumination divine : elle ne saurait ni tromper ni se tromper. Saint-Martin, sans parler du culte de sa personne et du privilège qu'il s'attribue au milieu des excès de la Terreur, « dont nul ne pouvoit atteindre le lieu où il se trouvoit personnellement , » — Saint-Martin, il faut bien le dire, exagère l'idolâtrie de sa propre pensée au point de s'offrir en type d'une rare naïveté. Qu'il se dise sans façon l'unique représentant, le Robinson de la spiritualité de son tenjps, soit (Portr., 4S8). Mais qu'il oppose sérieusement son autorité en fait de philosophie ou de doctrine à celle de tout le monde, cela ne se con-

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