ROUSSEAU
cet homme extraordinaire, gui est vn monument de V esprit humain...
c< Mais, l'homme n'étant pas parfait, peutrétre est-ce ce goût si fin, si délicat, si perfait, qui a été le mérite dominant de Voltaire et qui a pris sur les autres dons, tels que l'élévation et l'invention, qui sont très-voisines l'une de l'autre. »
J'appelle un peu d'attention sur cette remarque si fine et si profondément vraie :
« Je ne puis lui pardonner d'avoir traité Rousseau comme il l'a fait. Voltaire n'était ni athée, ni matérialiste. Il avait trop d'esprit pour cela; mais il n'avait pas assez de génie ni de lumière pour croire à quelque chose de plus. »
Cela est encore d'un excellent observateur. Les pages de Saint-Martin, que je le dise ici très-universellement, sont toutes parsemées de ces sortes de points lumineux qui font l'effet d'autant de perles jetées sur un fond un peu sombre et trop souvent obscur.
Saint-Martin désirait plus vivement encore de faire la connaissance personnelle de l'écrivain que nous venons de l'entendre disputer aux attaques de Voltaire. J.-J. Rousseau lui inspirait des sympathies réelles par l'élévation de ses tendances réformatrices et par la fermeté de ses doctrines spiritualistes. Étudiant en droit, ses prédilections pour la loi naturelle l'avaient porté vers un illustre écrivain de Genève, Burlamaqui, dont le meilleur ouvrage, les Principes du droit naturel et politique^ avait paru pendant son séjour aux écoles, h' Emile et le Contrat social^ publiés presque à la même époque, à une année près, que le Uvre de Burlamaqui, offraient
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à Saint-Martin, dans un style entraînant, le développement philosophique des nobles théories qui le charmaient dans les ouvrages de Térudit professeur. Les Confessions^ qui parurent pendant les derniers loisirs de garnison du jeune officier, dans les années 1766 à 1770, achevèrent de le remplir d'enthousiasme pour un observateur aussi ingénieux de la vie intérieure, sans Téblouir sur la lacune qu'on remarquait dans les aspirations morales de Rousseau. Dans tous ces volumes, écrits d'un style d'inspiration où les élans de l'âme semblaient avoir plus de part encore que ceux de la spéculation abstraite, il se retrouvait avec joie. C'était la peinture fidèle de cette même lutte morale, de ces mêmes combats, de ces mêmes défaites, de toutes ces alternatives de plaisir et de confusion, d'excès d'indulgence et d'excès de sévérité pour soi, qui formaient sa vie à lui. Saint- Martin voyait dans l'âme de Rousseau ce rayon d'en haut qui forme la vraie vie de tout homme dont le perfectionnement sérieux de soi est la grande affaire.
« A la lecture des confessions de J.-J. Rousseau, nous dit-il, j'ai été frappé de toutes les ressemblances que je 'me suis trouvées avec lui, tant dans nos manières empruntées avec les femmes, — la femme se rencontre volontiers sous la plume de Saint-Martin, — que dans notre goût tenant à la fois de la raison et de l'enfance, et dans la facilité avec laquelle on nous a jugés stupides dans le monde, quand nous n'avions pas une entière liberté de nous développer.
a Notre temporel a eu quelque similitude, vu nos positions différentes dans ce monde ; mais sûrement, s'il s'était trouvé à ma place avec ses moyens et mon