‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inédits (volume 2)Chapitre 74 sur 266 · LE TABLEAU NATUREL · texte numérisé non relu

LE TABLEAU NATUREL

de Tensemble des choses , les apprécier aux rayons de la lumière la plus pure : tel est le grand objet du philosophe.

Et tel fut celui des volumes que Saint-Martin fit paraître à Lyon, en 1782 , sous ce titre : Tableau naturel des rapports qui existent entre Dieu , F homme et l'univers. Edimbourg, 2 vol. in-8*.

Cette nouvelle publication , beaucoup plus lucide que la première, ne le fut pas assez et ne répondit pas au grand désir de ses amis, ni au besoin de constante clarté qui est celui de tout lecteur , ni à ces habitudes de simplicité élégante et un peu populaire, commune, qui était le goût de Tépoque. Aux yeux du public comme à ceux des amies spirituelles de Tauteur , le second ouvrage de Saint-Martin porte encore trop le cachet de quelques singularités trop chères à son auteur, et Ton put prévoir dès lors que c'était là, non pas une manière, mais une sorte de forme naturelle de sa pensée dont il ne se corrigerait jamais entièrement.

Il y a des partis pris, des locutions favorites auxquelles il devait renoncer difficilement. Ainsi Dieu est appelé tantôt le premier mobile^ tantôt la cause primitive, tantôt la vie. Les forces de la nature sont qualifiées de puissances supérieures; les phénomènes, d'actions. Saint-Martin a d'autres idiotismes. Ainsi, pour pénétrer dans le sanctuaire des facultés divines , il faudrait connaître quelques-uns des nombres qui les constituent. Les nombres sont des vertus ; le Verbe est le type du symbolisme universel, et la nature est Tœuvre universelle de ces facultés invisibles. Cela se rapprochait singulièrement, et comme par anticipation, de ce que Tau-

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leur devait trouyer plus tard dans Jajcquea Bodbioe sur les principes et Tessence des choses. Ne nous arrétoos pas à d'autres singularités qui sont pourtant plus ioMplicables peut-être. C'est ainsi que le nom de Lyoo est encore une fois supprimé sur le tUre du wlume et remplacé par celui d'Edimbourg. Et, dans un 4wis que personne ne leur demandait assurément sous eette forme, les éditeurs déclarent : i^ qu'ils tiennent d'une personne inconnue le manuscrit de cet ouvrage ; 2® que la marge en est chargée d'un grand nombre d'additions d'une écriture différente de celle de l'auteur, et 3® qu'elles soat marquées de guillemets a afin qu'on put les distinguer du travail lui-même , dans le cas où elles venaient (sic) dune personne à laj[uelle fauteur avait prêté s<m moh nuscrit» )>

y oilà , pour un écrivain qui a débuté par un vdume trè&-grave et très-philosophique sur les erreurs et la vé^ rité^ des paroles propres à faire naître bien des erreurs.

Au surplus, ces habitudes de pseudonymie affectée, qui ne sont plus dans nos goûts et qui n'ont plus de raison d'être pour personne, ne doivent être jugées qu'au point de vue des vieilles lois et des vieilles mœurs. Le fait est qu'elles n'ont jamais eu de motifs assez sérieux poiur M. de Saint-Martin, dont la pensée fut toujours si résar^ vée et le respect pour les choses saintes si profond. Quel intérêt avait-il à dérouter le lecteur sur le lieu d'impression de son ouvrage à une époque où les mauvais livres avaient seuls besoin du pavillon d'Amsterdam, de celui de Londres ou de celui de Lausanne?

C'était donc par un autre ordre d'idées qu'il mettait en avant son Edimbourg ou d'autres noms fictifs, sur

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lesqu^ nons ne tôuIods pas insister; il y avait là peut- Atre quelque reste de ces habitudes maçonniques qu'ailleurs il aimait peu.

Par une timidité déplacée ou par une affectation de profondeur plus déplacée encore , ces nouveaux voiles déparèrent un grand nombre de pages, et , obscurités voulues ou non, ils en paralysèrent un peu le succès. Toutefois, sous le rapport du fond et de la composition comme sous celui du style , il y a dans ces volumes un progrès très-sensible. On y surprend des vues réellement admirables, témoin celles qui découvrent dans l'univers même « la preuve évidente de l'existence des puissances physiques supérieures à la nature. » Sans doute, au premier aspect, cette assertion est plus piquante que vraie; et l'on se demande avec surprise s'il y a bien dans la nature quelque chose de supérieur à la nature. En quel sens peut-il donc être dit que les puissances physiques, c'est-à-dire naturelles, sont supérieures à l'univers? Eh bien , la solution que Saint-Martin sait nous donner du problème qu'il pose si hardiment, plaît à la fois à la raison par le fond des idées et au goût par les attraits du style.

c( Quel que soit le centre des révolutions des astres errants, dit-il, leur loi leur donne à tous une tendance à ce centre commun, par lequel ils sont également attirés. »

Cela est dit dans le sens de l'ancienne astronomie, qui n'admettait qu'un seul centre ; mais cela est encore vrai dans la nouvelle, qui, à son tour, met l'hypothèse d'un centre commun au-dessus du fait de la pluralité des centres, quoique ce centre ne soit plus Alcyon. Mais continuons à écouter Saint-Martin.

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