LE NOUVEL HOMME
Ce volume ne parut qu’en 1796, mais il fut écrit à Strasbourg, et il nous fait voir où en était son auteur à celte époque. En effet, grâce à cette simplicité de langage qu’aimait le chevalier, il s’y trouve des pages d’une parfaite clarté et d’un style excellent ; mais pour ce qui est de la doctrine, elle en est plus haute et plus belle en apparence qu’en réalité.
En voici l’idée fondamentale.
L’âme de l’homme est primitivement une pensée de Dieu ; mais l’homme n’est plus ce qu’il fut dans sa primitive jeunesse. Il est le vieil homme, et il faut qu’il devienne le nouvel homme, l’homme primitif; il faut du moins qu’il devienne ce qu’a voulu la pensée créatrice. Pour rentrer dans sa vraie nature, qu’il apprenne à penser par son vrai principe. Dans cette pensée est son renouvellement, et dans ce renouvellement sa puissance, sa gloire. Elle donnera à ses sens obscurcis, emprisonnés, l’ouverture qui leur manque. Elle donnera à son être l’éclosion, que dis-je, l’explosion qu’il réclame. Elle le rendra semblable à Dieu tout-puissant, maître de l’univers, car au fond, bien au fond, l’homme, c’est la pensée divine.
Cette doctrine n’est ni celle des textes sacrés ni celle de la pure raison. Mais, on le sait, nul mystique ne se contient dans les limites de l’un ou l’autre de ces deux domaines; il est, au contraire, de la nature même du mysticisme de les franchir tous deux avec la même confiance. Mais le point de départ de ces vues essentiellement métaphysiques est essentiellement biblique et rationnel. Seulement la portée de tous les éléments qui en fournissent le fond est forcée.