LE PANTHÉISME
Eu effet, l’homme ou son âme est bien une œuvre de la pensée divine; cela est de bon christianisme et de saine philosophie; mais elle n’est pas une pensée de Dieu. Une pensée de Dieu est de Dieu et reste à Dieu. Elle ne s'altère pas ; elle ne devient pas un homme, ni le vieil homme, ni le nouvel homme. Pris à la rigueur, le langage de Saint-Martin enseignerait réellement ce panthéisme mystique qu’on trouve chez tous ceux des théosophes de l’Orient et de l’Occident du moyen âge et du nôtre qui , à force de vouloir glorifier la Divinité en tout, la confondent avec tout. Mais ce n’est pas ainsi qu’il l'entend. L’homme est pour lui une création de la pensée divine et non pas une pensée de Dieu. Saint-Martin se lance parfois dans les voies de l’extase, mais il ne va pas jusqu’au panthéisme; il ne professe ni celui de la Kabbale ni celui de la Gnose , ni celui de Xénophane ni celui de Spinosa. Loin de là, il combat dans ce livre même le spinosisme, qui lui fait horreur comme à Malebranche. De nos jours soyons sobres en condamnations, le passé nous en dispense, il a fait œuvre pour deux. Nous aimons l’exactitude; mais en pressant les termes, respectons la pensée. En développant nos dons d’investigation dans la voie des suspicions, nous finirions par voir du panthéisme dans bien des textes, même dans les plus apostoliques ; et je crois vraiment, tant nous sommes devenus farouches, que nous ne permettrions plus à personne de parler comme saint Paul, qui dit aux épicuriens et aux stoïciens d’Athènes, sur les hauteurs de l’Aréopage, sur la place du Grand- Marché : « C’est en lui ( Dieu) que nous sommes et que nous nous mouvons. »