LE» PRÊTRE
communiquent aux hommes; qu’il faut rompre tout commerce avec le monde spirituel; que tous ceux qui en transmettent les oracles sont des imposteurs. Sainte Martin, qui pense le contraire, ne veut pas enseigner des choses semblables ; et vers la fin de son opuscule, comme effrayé de sa vivacité, il adoucit les traits un peu enflammés qu’il a lancés d’une main si vigoureuse. Il proclame sa foi à l’innocence des agents de ces mission», de ces manifestations et de ces promesses. 11 admet ce qu’on appelle des choses extraordinaires, et en particulier le pouvoir de faire des cures merveilleuses.
Il croit si bien aux miracles et en veut si sérieusement, que tout à coup il en vient à une agression fort vive, et fort inattendue ici, contre les ministres de la religion, pour cause de négligence ou d’impuissance à l’endroit du merveilleux. De quatre pouvoirs que leurs fondateurs ont exercés, ils en ont laissé tomber deux : celui de connaître /es mystères du royaume de Dieu et celui de guérir les maladies. Ils n’exercent plus que celui d’opérer la Cène du Seigneur et de remettre les péchés.
Le mot opérer la Cène est bizarre ; mais, je croir* l’avoir déjà fait remarquer, Saint-Martin appelle volontiers les actes du culte des opérations.
Viennent ensuite des conseils aux hommes de désir, c’est-à-dire aux âmes qui aspirent à reprendre les splendeurs de leur grandeur originelle, l’image de Dieu, de ce Dieu qui, dans son abaissement terrestre et au dernier jour de sa manifestation, fit dire de lui, avec dédain, les mots : Voilà l’homme f Ces mots, on les aurait dits avec adoration, si l’on avait connu celui qui
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en fut l’objet. On les dirait aussi avec admiration de l’homme, s’il reprenait sa puissance primitive.
Ces conseils terminent le petit opuscule fait pour une princesse qui en avait si grand besoin.
Saint-Martin publia, pendant son séjour à Strasbourg, un autre ouvrage écrit dans cette ville où il voyait tatlt de monde dans une assez grande intimité. Commencés à Londres, sur les instances de M. Thiemann, sous le titre de Y Homme de désir, titre emprunté aux textes et au langage de dom Martinez, ses deux petits volumes parurent à Lyon en 1790. J’ignore si l’auteur se rendit lui-méme dans cette ville pendant son séjour en Alsace, ou s'il en confia l’impression à ses amis. 11 parait qu’il aimait à publier à Lyon, où il avait des relations de librairie et des partisans dévoués.
On qualifie cet ouvrage de Recueil d’hymnes, et ce sont réellement des pages d’une ardente aspiration vers l’état primitif de l’âme ; ce sont réellement des pages inspirées, d’un style élevé et en quelque sorte davidique : mais ce n’est pas de la poésie. Quant au mérite de création, c’est à peine si l’on y surprend une idée peu attendue ou une image nouvelle. On ne doit pas y chercher non plus un progrès bien sensible dans la pensée. C’est, toutefois, le travail d’un philosophe profondément religieux. Quelques personnes, le célèbre Lavater et le fidèle baron de Liebisdorf à leur tête , en ont proclamé l’excellence: le second, avec abandon; le premier, en avouant qu’il n’en comprenait pas toujours la doctrine. L’auteur lui-même nous dit qu’il y a semé çà et là, comme par une anticipation prophétique , des germes que l’étude ultérieure de Jacques Rœhme a plus tard