‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 119 sur 360 · LE PROGRÈS · texte numérisé non relu

LE PROGRÈS

mieux développés dans sa pensée. Voir au bout de quelque temps dans ses propres pages un peu plus qu’on n’y avait vu en les écrivant, est une bonne fortune si rare, qu’il faut s’en applaudir partout où elle se rencontre. Toutefois l’auteur ne se laisse aller à ces aveux qu’on pourrait prendre pour de l'amour-propre, qu’en recevant les éloges si flatteurs et si vifs du savant baron de Berne et de l’éloquent prédicateur de Zurich. Je crois, d’ailleurs, que le phénomène s’explique assez naturellement. 11 peut nous arriver aisément, lorsqu’au bout de quelque temps, et après de notables progrès, nous relisons nos propres pages , de voir avec les nouvelles clartés qui se sont bûtes dans notre pensée les questions traitées imparfaitement autrefois. Dans ce cas, si nous distinguons bien les différentes époques de nos méditations et les différents états de notre esprit, nous ne nous Taisons aucune illusion , et loin d’attribuer à notre passé des perspectives prophétiques, nous y voyons plutôt nos anciennes ténèbres. Si, au contraire, nous ne démêlons pas avec soin le passé et le présent, il est tout simple que nous croyions avoir été plus prophètes que nous ne le fûmes.

Ce qui s’est passé dans l'esprit de Saint-Martin au sujet de son Homme de désir, s’explique aisément par la raison qu’en peu de temps il a fait de sensibles progrès.

En effet, le célèbre théosophe en a fait en Alsace de plus grands qu’il n’a pensé lui-même. Son séjour dans cette ville s’était prolongé pendant trois ans, lorsqu’il en fut arraché si violemment par un ordre de son père. La douleur qu’il en éprouvait et l’empressement qu’il mit à y retourner, au nom de «la bagarre de Yarennes » qui,

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