‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 120 sur 360 · LE SYMBOLE · texte numérisé non relu

LE SYMBOLE

certes, n’avait rien à faire dans cette affaire, montre dans" tout son jour le prix qu’il attachait à cette résidence. La seule vraie et grande raison de cet attachement, ce n’est pas dans son cœur et dans ses relations avec madame de Bœcklin, malgré ce qu’il en croit et ce qu’il en dit, c’est dans son esprit et dans ses conquêtes faites à Strasbourg qu’il faut la chercher. Madame de Bœcklin, la spirituelle Allemande qui lui a fait apprendre la langue de Bœhme, n’est que le symbole le plus sensible de sa transformation, que l’objet chéri auquel sa mystique tendresse aime à rattacher son enthousiasme. Saint-Martin a éprouvé à Strasbourg, avec l’aide d’une âme grande et affectueuse, la plus noble jouissance d’un noble esprit, le sentiment d’une puissante modification. Et tour à tour il attribue cette modification aux écrits d’un théosophe qui le transporta dans une sphère supérieure à celle où il avait vécu jusque-là, et à ses entretiens avec la personne qui lui ouvrit ces nouveaux horizons.

Ce serait là bien assez, je crois, pour expliquer son enthousiasme pour Strasbourg en même temps que la transformation qu’il y subit, mais ce n’est pas tout : ce n’est pas môme le plus essentiel pour expliquer les deux.

Habituellement très-grave et très-réservé au nom de sa raison, très-soumis au nom de sa foi, M. de Saint- Martin était par sa nature entière vif jusqu’à la pétulance, gai jusqu’à l’épigramme, actif au point de tout embrasser, d'une prodigieuse réceptivité d’esprit et de cœur. Son esprit, formé par l’ Art de se connaître soimême d’Abbadie, par les Méditations de Descartes et par le Contrat social et V Émile de Rousseau, — son es-

Page 1