LA SOUFFRANCE
pour les comprendre sans l’aide de sou amie, dont la pa^ rôle complaisante et doucp aplanissait les difficultés et prêtait de la magie même à celles qui ne trouvaient pas de solutions.
On comprend Saint-Martin. Au lieu de cette élite d’officiers, de savants, de femmes du meilleur monde, d’adeptes enthousiastes ou d’initiateurs distingués, qu’il vient de laisser dans une grande ville confluente de la France et de l’Allemagne, élite à laquelle de vives affections prêtaient les plus séduisants de tous les charmes, il était réduit à la société d’un vieillard assez souffrant, mais peu malade et pas martiniste le moins du monde. Dans une âme aussi tendre, aussi avide de communications de tout genre, d’une activité si ardente dans sa mission et dans son œuvre, cette souffrance fut vive. La ressentir, ce n’est pas d’une pusillanimité qui s’abandonne, c’est d’une force exubérante qui se débat dans l’emprisonnement.
Toutefois, la situation, d’abord sévère, s’adoucit bientôt. Et six mois après l’arrivée de Saint-Martin dans sa ville natale, c’est-à-dire dès le mois de janvier 1792, s’il se sent encore brisé, il commence cependant à voir que cette épreuve est voulue, qu’elle entre dans le plan, ou, comme il- dit, dans le décret de celui qui le mène. Il est ingénieux à prêter à Dieu des vues de bienveillance sur sa personne. C’est sa destinée d 'approcher du but et de ne pas y atteindre. S’il fût resté à Strasbourg uu peu de temps encore, il y atteignait. Or, c’est ce qu’il ne fallait pas; c’eût été aller plus loin qu’il ne convient à un être de condition humaine.
« Presque toutes les circonstances de ma vie m’ont