‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 128 sur 360 · LES VERTUS · texte numérisé non relu

LES VERTUS

avoir deviné ce que vous entendez sous la dénomination de Cause active et intelligente , et compris le sens du mot de Vertus. La première est la vérité par excellence, mais c’est la connaissance physique, connaissance qui ne soit sujette à aucune illusion, qui me paraît le grand nœud de l’ouvrage des Erreurs. Nos sens et notre imagination parlent quelquefois si haut, et notre sentiment intérieur peut être si multiplié, que nous ne sommes pas toujours en état d’entendre la voix douce et délicate de la vérité. Comment arriver avec certitude à cette connaissance physique de la Cause active et intelligente?

« Les Vertus sont-elles des aides?

«Et comment la connaissance physique des Vertus mêmes devient-elle possible ? »

Voilà les premières questions de Liebisdorf.

Vient encore la prière de vouloir bien lui indiquer les livres sortis de la plume de Saint-Martin.

11 aurait fallu un traité et non pas une simple lettre pour répondre à tout cela. Saint-Martin se tire d’affaire comme on fait. Il donne des politesses, des textes bibliques, des conseils en style figuré, et quelques indications bibliographiques. Il a voulu être court, et il a écrit une lettre très-longue. Pour modérer un peu l’ardeur trop pressante de son adepte, il a insisté particulièrement sur un point, le temps que demande toute bonne végétation , même sous le meilleur des jardiniers. 11 a pris beaucoup de peine sans avoir pu donner de solutions positives. 11 le sent, et il fait comprendre au baron que le mysticisme est moins une brillante étude ou une rapide initiation qu’une sainte pratique et un sérieux amendement.

no; il me.

« Ne soyez pas surpris, lui dit-il, que je ne puisse vous envoyer d’éclaircissements plus positifs sur un objet qui ne consiste que dans l’exercice et dans l’expérience. »

Ce qu’il répond de plus intéressant pour nous à son nouvel ami, c’est ce qui fait connaître ses études. Il lit sans cesse, avec une traduction anglaise, celui dont il dit « n’être pas digne de dénouer les cordons de ses souliers, cet homme étonnant qu’il regarde comme la plus grande lumière qui ait paru sur la terre après Celui qui est la lumière même. » C’est Jacques Ikehme qu’il entend.

La correspondance continue sur ce ton pendant plusieurs années. Ici, d’élève à maître ; là, d’adepte à initiateur. Toutefois elle se modifie sans cesse, si insensiblement que ce soit; vers la fin il s’y glisse un ton trèsdifférent de celui des commencements. Ce ne sont plus des questions de la part de l’un, des instructions de la part de l’autre, ce sont des communications fraternelles de tous deux. Quoique le magistrat de Berne garde le mieux qu’il peut son premier rôle, celui de disciple, parfois il arrive néanmoins qu’il fait à son tour le maître. Cela est d’ailleurs amené surtout quand il s’agit de la traduction du célèbre théosophe de Gœrlity, pour laquelle Saint-Martin consulte sans cesse à Berne comme à Strasbourg. Ce n’est donc pas à tort que les rôles sont quelquefois intervertis. Si l’adepte n’est jamais plus avancé que l'initiateur, il est toujours plus érudit et il ne manque jamais de cette urbanité dont on se piquait alors dans les cercles de leurs « Excellences de Berne, » comme disaient leurs agents et leurs sujets de la Suisse française.

Page 1