‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 139 sur 360 · LA VIERGE · texte numérisé non relu

LA VIERGE

puisqu’il écrit qu'il a fait lui-mêrae un mariage semblable à celui du général.

En revanche, le gentilhomme protestant de Berne l'emporte bien sur le gentilhomme catholique d’Amboise dans une question de dogme.

Du moins, l’année précédente il avait professé sur la Vierge Marie une doctrine d’une exaltation que Saint- Martin avait été obligé de tempérer.

Voici ce débat. Selon l’ancien ami de Rousseau, Marie n’est pas tout simplement la lille sans tache de sainte Anne ; elle est, de plus, la Sophie céleste qui est substantiellement descendue en elle et s’est unie à elle. De là sa puissance sur la terre et dans les cieux.

Cela va bien au delà de la foi chrétienne la plus croyante. Et la réponse corrective de Saint-Martin n’est guère plus exacte. Voici ce qu’il répond à son ami.

« Personne ne peut vous blâmer de considérer la Vierge comme un être très-secourable; mais elle ne sera jamais médiatrice que pour ceux qui n’auront pas porté leurs regards plus haut.

« Elle est pure, elle est sainte, elle a eu sa part à la Sophie , comme tous les saints et tous les élus. Nous devons nous trouver très-heureux quand Dieu permet qu’elle nous tienne compagnie et qu’elle vienne s’agenouiller avec nous pour le prier (expression que je tiens d’un prédicateur très-catholique de l’Eglise romaine, et que j’ai insérée, je crois, quelque part dans le Nouvel homme ou dans Ecce homo ) : mais jamais on ne doit la croire indispensable pour personue. Son œuvre est accomplie, puisqu’elle a donné naissance au Sauveur et qu’elle nous a ouvert la source éternelle de la vie.

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Elle a infiniment plus fait par là qu’elle ne peut faire désormais.

« D’ailleurs, elle n’a pas donné naissance au Verbe, mais au Christ. Ainsi , elle ne pourrait jamais donner naissance au Verbe en nous....

« 11 faut laisser à chacun la mesure de foi qu’il peut porter. Quanta vous, Monsieur, qui ne voulez considérer que les avantages qu’on peut tirer de son commerce, je ne crois pas, je le répète, devoir vous les contester, mais je crois pouvoir vous dire que vous connoissez un plus grand élu qu’elle, qui est son Fils. » (Lettre du 21 juin 1793.)

Rien de plus piquant que cette leçon de modération donnée par la mysticité catholique à la mysticité protestante. Si ce n’est pas la doctrine de l’Évangile, elle est, du moins, plus simple et plus claire que celle du gentilhomme bernois. Mais c’est de la petite mysticité, et l’on n’aurait pas une idée suffisante de la grande, de celle qui a le plus de prix aux yeux des deux amis, si je m’arrêtais là. Je pourrais hésiter cependant; mais quand on veut faire connaître purement la portée des systèmes et la valeur réelle des hommes, c’est la vérité telle qu’elle est qu’il faut donner. Je continue donc à suivre ce débat un instant encore.

Le baron ne se rend pas aux raisons de son maître ni à l’autorité du prédicateur qu’on lui cite. Il répond :

« Vous dites , et entièrement dans mon sens , que Marie n’a point donné naissance au Verbe , mais à Christ.... Tout comme dans l’ordre inférieur et temporel, rien n’est produit que sur un fond, sur une vierge; ainsi, dans l’ordre le plus sublime, l’ordre divin,

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