‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 150 sur 360 · LUS AMIS · texte numérisé non relu

LUS AMIS

manité. Elle se déroule à ses yeux avec une terrible impétuosité, mais ses tins majestueuses flattent et séduisent toutes ses espérances; il voit d’autant plus en véritable philosophe, qu'il voit en homme plus convaincu. Si, dans sa lettre au baron de Liebisdorf, une ligure un peu vive nous avait surpris, on trouverait dans ses notes intimes quelques mots qui expliqueraient la goutte de poison jetée sur les racines de l’arbre. La ligure est d’ailleurs fort transparente : 11 espère trouver, nu milieu de ces deux à trois mille professeurs futurs, l'occasion de faire quelque chose pour ses objets.

Il la trouvera, en effet, et ne manquera pas d’en profiter avec zèle et avec éclat. Mais l’homme s’agite, et Dieu le mène. Saint-Martin acquit à l’Ecole ce qu’il ne cherchait pas, non pas une philosophie complète, mais cette philosophie très-méthodique qu’il n’aimait pas, qu’il haïssait beaucoup, qu’il connaissait peu, et dont il fut bien aise, un jour donné, de pouvoir se servir contre ceux-là mêmes qui s’étaient chargés de la lui enseigner.

Les retards qu’éprouva l’ouverture de l’École lui permirent de revoir son Paris, et il fut tout heureux de s’y retrouve^ avec un grand nombre d’anciens amis. Son Portrait les nomme dans un pêle-mêle qui ne peint guère que lui-même, ce qui est, d’ailleurs, l’objet de cet écrit.

« À ma rentrée dans Paris pour l’École normale, y est-il dit, j’ai retrouvé avec plaisir plusieurs personnes de ma connoissancc, telles que les Davaux, Archebold, Vialettes, Bachelier d’ Agés, La Ramière, Sicard,Lizonet, les Desbordes, les Mion,Marade, ma bête, Corberon, Clémentine, Maglasson, Ileisch, le jeune homme d’Ilervier,

lE CAI.IS.

Mailly, Gros, Stall, Maubach, les Orsel, Ségur, Gombauld, Grosjean, d’Arquelay, Menou.»

Maubach, qui fut payeur général à Besançon, etGombauld, conseiller à la Cour des aides, étaient pour Saint- Martin -de véritables frères de la foi.

« J’en ai connu plusieurs autres pour la première fois, tels que Nioche, Isabeau, Bodin, Monlord, Lacroix le mathématicien, les Montejean, miss Adams, White, Beaupuy, Berthevin, La Tapye, Laroque, le couple Tiroux, Falconet, les Lacorbière, Krambourg, Choix, Relud.... » (C. 40, 44.)

De tous ces personnages, les uns très-connus, les autres très-obscurs, le plus à remarquer pour nous c’est Krambourg, c’est-à-dire le baron de Frisching, car Krambourg n’est qu’un pseudonyme ou du moins qu’un des noms qu'il prenait. D’une famille patricienne de Berne et appelé à jouir d’une belle fortune, bien élevé par un excellent précepteur, mais gâté par les flattevies de sa mère, qui en raffolait, il passa sa jeunesse et mangea son héritage à mener en France la vie d’un homme à bonnes fortunes. Quand cela fut fait, il eut envie de s’amender, et Liebisdorf ne manqua pas d’éclairer Saint-Martin à son sujet. « Les femmes ont rapetissé son esprit, et son malheureux penchant pour elles lui a fait faire un écart qui passoit toute borne. »

C’était rendre à Saint-Martin, en 1795, le service que le théosophe avait rendu à Liebisdorf en 1794, au sujet du baron de Gleichen, émule ou disciple du mystérieux comte de Saint-Germain, qui était le tils d’un juif portugais et d’une princesse connue de Louis XV.

Aventurier comme sou type, le baron de Gleichen était

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