‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 158 sur 360 · I.E SPIRITUALISME · texte numérisé non relu

I.E SPIRITUALISME

succès. Dans tous les cas et abstraction faite du résultat, on ne peut qu’admirer le courage de l’auditeur quand on considère à la fois le talent du professeur dont il se fit un adversaire et la haute position que Carat avait prise dans l’opinion comme ministre de la justice, président du conseil exécutif, ministre de l’intérieur et commissaire général de l’instruction publique.

Carat n’était pas un penseur, mais c’était un des plus habiles écrivains de son temps. Brillant orateur, il éblouit plutôt qu’il ne satisfit l’assistance par les solutions qu'il lui offrait sur les problèmes débattus et les modifications demandées. Dans le compte rendu de cette séance, il donna à sa réplique, comme cela arrive naturellement, un peu plus d’étendue qu’elle n’en avait eu en réalité. Alors Saint-Martin fit avec complaisance ce que son maître avait demandé dès l’origine, c’est-à-dire qu’il entra plus amplement en matière, et rédigea une lettre très-méditée et très-digne d’être lue encore. On ne saurait trop signaler, dans l’histoire de notre philosophie, le mérite de ce petit travail et la vive impulsion vers le spiritualisme qu’en reçut la pensée française. Saint-Martin y réfute l’idée fondamentale de Condillac, sa théorie de l’entendement réduite à celle de la Sensation, l’extension démesurée donnée à celle-ci, l’hypothèse si facile et si étrange de la statue. Il montre encore mieux la supériorité de Bacon sur le disciple dégénéré de Locke, et signale la supériorité plus importante du spiritualisme sur l’idéologie.

Carat ne voulant pas continuer une polémique où il n’espérait pas de conquête, et ne voulant pas faire de concession, laissa tomber le débat, si ce fut un débat.

la bataille.

Le fait est qu’il n'y eut pas de discussion ou d’argumentation en forme; et les deux conférences où les adversaires exposèrent leurs opinions ne semblent pas même avoir présenté l’espèce d’animation qu’offrent chaque jour telles soutenances de thèses à la Sorbonne. Si les contemporains appelèrent toute l’affaire la bataille Garat (voyez le compte rendu dans le tome III des Débats de l’Ecole normale ), c’est que le tout se passa comme a la face de la France. Du moins on avait envoyé à l’École ce qu’on avait trouvé dans chaque district d’hommes les plus propres à entrer dans l’enseignement, les uns déjà un peu formés par les épreuves de la vie, les autres impatients d’entrer dans la lice. Leurs profesfeurs étaient les personnages les plus éminents dans la science et la littérature; les spectateurs du combat, si l’on veut employer ce mot ambitieux, étaient appelés, par le décret même qui créait l’institution, à répéter dans toutes les parties de la république les leçons qui leur étaient faites. Les cours de l’École prenaient de cette double circonstance une nuance de gravité que l’enseignement, chose si grave d’ailleurs, n’a pas toujours.

En effet, il s’agissait, pour deux à trois mille auditeurs qui allaient professer, de savoir à quelle doctrine il fallait donner la préférence. La philosophie n’est jamais un terrain neutre, c’est toujours la guerre entre l’erreur et la vérité. C’était alors la guerre la plus décisive. Il s’agissait des titres du matérialisme et du sensualisme proclamés en face de ceux du spiritualisme ; il s’agissait de ceux du rationalisme et du naturalisme proclamés en face de la religion révélée. Et il n’y avait plus de philosophie d’État, pas plus que de

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