‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 159 sur 360 · LA VICTOIRE · texte numérisé non relu

LA VICTOIRE

religion d’Ètat. La volonté monarchique ayant fait place à la souveraineté républicaine, chacun était appelé désormais à parler au seul nom de la vérité, de la conscience et de la raison rendues à leurs droits.

Ce n’était peut-être pas ainsi que l’avaient entendu les souverains de 1793; mais déjà la mort violente des hommes de violence avait permis de proclamer de beaux principes, et la pensée, un moment foulée aux pieds avec audace, était rendue, sinon à toule cette liberté qui fait son orgueil, mais à ce sentiment de sa dignité qui fait sa grandeur. Les deux interlocuteurs, animés également de ces nobles émotions, parlèrent avec une grande énergie et conquirent une attention profonde. Il n’y avait peutêtre pas deux camps avant le débat, mais après il y eut deux partis qui les regardèrent comme leurs champions. Du moins on commenta l’incident avec toute la chaleur que comportait une lutte où se trouvaient engagées toute la philosophie et la morale, aussi bien que la religion.

On comprend facilement que chacun des deux champions se soit attribué la victoire ; et si Saint-Martin nous apprend que les plus grands succès ne furent pas du côté du professeur, il n’en faut pas conclure, que les compliments firent défaut à l’ancien ministre, au futur ambassadeur, au président à venir de la section des sciences morales et politiques de l’Institut. S’il n’en mérita pas de bien grands pour ses leçons sur l’analyse de l’entendement consignées dans les procès-verbaux de l’École, il en obtint de très-sincères pour l’honnêteté de ses procédés dans toute cette affaire.

Quant à Saint-Martin, qui aimait ses idées et ses travaux

AMüOISE.

à lui, en raison de la pureté de sa pensée et de l’énergie de ses convictions, il trouva jusque dans sa petite taille et dans la haute position de son antagoniste, un parallèle biblique tout fait dont il ne manqua point de s’emparer :

« J’ai jeté une pierre au front d’un des Goliaths de notre École normale en pleine assemblée , et les rieurs n’ont pas été pour lui, tout professeur qu’il est. » (Lettre du 19 mars 1795.)

11 fallait des distractions et des consolations de ce genre au studieux écolier qui se rendait si régulièrement, depuis quelques mois, de la rue de Tournon au Jardin des Plantes, où se faisaient les cours de son École. Il se trouvait peu édifié de ses leçons. Dès l’origine il avait mal auguré de cette œuvre; il n’avait cessé depuis d’en prédire la chute. S’éloignant chaque jour de son but simple et sérieux, elle ne devait pas vivre.

Dès le 9 floréal , il écrit à son ami : « Nos écoles normales sont à l’extrémité, on les enterre le 30 de ce mois. Je m’en retournerai chez moi , à moins que je ne me gîte dans les environs de Paris, ce qui a été de tout temps mon envie. Mais, dans les secousses où nous sommes encore, peut-on former aucun projet?»

Saint-Martin, qui ne devait trouver un gîte définitif aux environs de Paris que huit ans plus tard, mois pour toujours, partit au plus tôt pour Amboise. Ce ne fut pas pour y rester, car Amboise était toujours son enfer de glace ; il n’y avait aucune liaison en son genre , et il en avait à Paris du commerce le plus doux. Il ne voulait donc aller dans son pays que pour y terminer quelques affaires , et retourner ensuite à Paris où « un de ses

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