LES COMPENSATIONS
pour laquelle il se sentait le plus de vocation ; mais il y était trop peu préparé pour donner à son projet toute la suite qu’il méritait.
Se créer des compensations aux espérances évanouies est toujours chose difficile; mais Saint-Martin trouva de grandes consolations dans sa correspondance et auprès de ses amis. Sou esprit avait d’ailleurs trop d’activité pour ne pas se livrer immédiatement à d’utiles travaux. Il fit si bien qu’en le suivant au moment même où il sortait de son école l’Ame attristée, le corps brisé par la fatigue et les privations, nous arrivons, si ce n’est aux plus beaux jours de sa carrière, du moins à l’époque du plus grand développement de sa pensée.
En effet, le théosophe, sans renoncer à ses études favorites, tout à coup revint à d'autres qu’il avait déjà abordées en 1784, et s’appliqua à des questions de politique, de gouvernement, d'organisation sociale. A l’Age de maturité où il était arrivé, et grâce aux circonstances où il s’était trouvé, ainsi qu’aux événements qui avaient mûri son esprit, il traita ces questions si délicates, mais si séduisantes aussi, avec une assurance toute nouvelle.
J’ai dit que l’École normale ayant été fermée le 30 floréal an IV, il se rendit à Amboise dès le mois de prairial. A peine arrivé, il fit comme à Paris, il y remplit ses devoirs de citoyen. Nommé membre de l’assemblée des électeurs du département dès le mois de vendémiaire, par ses concitoyens aussi satisfaits du rôle qu’il avait joué à Paris que de son empressement à revenir au milieu d’eux, il accepta sa mission malgré tout ce qu’il avait fait dans les voies de la modestie pour éviter