SUR LA RÉVOLUTION
tion bien petite, bien imparfaite, mais la question y est prise « dans sa racine et dans ses fondements. »
« Pour mener la révolution , cette grande crise de la société, à ses fins véritables, il faut en faire une régénération de l'humanité en son état primitif, en son point de départ. 11 faut donc commencer par envisager la véritable origine de toute société. Or, à cet égard nos théories sont complétemeut fausses, et pour que les nations se renouvellent, il faut que d’abord la science ellemême se corrige. »
C’est, en effet, la grande et simple prétention de Saint-Martin de redresser les idées que les écrivains les plus admirés du temps, Condorcet. Rousseau, et Montesquieu lui-même, avaient données à tout le monde sur les conditions primitives de l’homme. De l’état de nature, de la,vie du sauvage vivant de la chasse ou de la pêche, l’homme a passé, suivant eux, à la vie de berger et de cultivateur, se nourrissant du lait de son troupeau et des fruits de son champ. De ces hypothèses étayées de quelques traditions et embellies de toutes les lictions possibles, de tous les charmes du talent, Saint-Martin est l’adversaire prononcé. Mais le premier d’entre ceux qui, depuis, sont entrés dans la lice avec le plus d’éclat, il tomba en combattant une grande erreur dans une autre non moins grande. Celle qu’il attaquait n’était qu’une erreur historique; ce qu’il soutint fut une erreur philosophique : ce fut de confondre la religion et la politique, de croire que le but de l’organisation sociale est essentiellement moral. Sans doute les lois éthiques président au monde moral tout entier, mais dans ce monde chaque science a son domaine. Ce qui est la mission
LETTRE
essentielle de la religion n’est pas la mission essentielle de la politique. Le but véritable de T association humaine, dit Saint-Martin, ne peut être autre chose que le point même (T où elle est descendue par une altération quelconque. La maxime paraît imposante, mais elle ne soutient pas l’analyse. Qu’est-ce que le point d’où l’association humaine est descendue? Y a-t-il eu sur la terre une nation primitive? Adam, avant sa chute, en fut-il une? Est-ce d’une altération de la société ou d’une altération de la nature humaine que parlent nos textes sacrés?
Évidemment de la seconde. Et évidemment aussi , c’est à la religion, ce n’est pas à la politique qu’il appartient de rétablir l’homme dans sa primitive condition et dans sa relation originelle avec son principe.
Mais en s’expliquant d’une manière plus nette, en montrant la place véritable de la politique, Saint-Martin rentrait dans le vrai. La politique peut aider la religion. Par ses institutions elle doit la protéger, la servir; par ses lois elle doit tendre vers celles du monde moral. Il est donc utile qu’elle les connaisse et les pratique, qu’elle s’élève à toutes les hauteurs de la philosophie elle-même. On pourra bien affirmer, dit la Lettre sur la Révolution française , que cette révolution n’aboutira qu’autant qu’elle saisira les principes et y tiendra de toutes ses puissances.
Ce fut là, en mettant dans cette voie, malgré ses exagérations et le ton un peu déclamatoire de l’époque, que Saint-Martin mérita bien, non de la république qui ne l’écoula point, mais de la science. Et rien de plus religieux ni de plus élevé que ses vues sur les principes de