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donnée au maître par l’élève. Ce n’est pas la seule ni la plus forte. En voici une autre.
Saint-Martin est un peu contrarié par la découverte d’Uranus. Une huitième planète renverse bien des'idées, en dérangeant un nombre sacré, plein de mystère et en jouissance depuis tant de siècles. Le baron n’en est pas ému au môme degré.
« Qu'Uranus appartienne à notre système planétaire et à nul autre, s’empresse-t-il de répondre, ce qui n’est pas encore bien clair, eh bien ! ce sera une planète de plus. Les saintes Écritures parlaient d’après ce qui frappait les seus et non d’après le scientifique. »
C’était là le vrai. Mais ce qui montre combien on a fait de chemin depuis soixante-dix ans, là où l’on a marché, c’est qu’à cette époque cela n’était guère accepté.
Au milieu de ces communications scientifiques, le désir des deux amis de se voir, désir qui ne se devait réaliser jamais autrement qu’en effigie, s’accroissait sans cesse. Saint-Martin aspirait au calme de la Suisse, à des jours de paix passés à Morat, où se trouvait la terre de son ami. Il y accompagnerait, «du peu qui lui reste de sa force sur le violon, la fille du baron, dont le piano fait les délices des soirées d’automne . » Saint-Martin voudrait voir aussi le théosophe de Munich , qui a su écrire les deux volumes sur les nombres. 11 ne serait pas fâché non plus de saluer à Zurich Lavater, à qui « il destinerait volontiers un exemplaire de sa Lettre sur la Révolution. »
Mais quand l’ami de Berne, avec toute la chaleur de sa tendresse et la vivacité de son caractère, « pria Saint- Martin de se mettre en. route, on ajourna. Le moment
LAVATEK.
n’était pas encore venu où il eut été prudent de quitter, môme pour peu de semaines, le sol de la France. » Le baron fut bien obligé de se rendre à cette raison, malgré toute l’ardeur de ses aspirations d'adepte et de ses affections d’amitié. Son'âme généreuse sut se créer un dédommagement. Il informa son ami, que « l’or étant si rare en France, il a fait une tentative de lui faire passer dix louis dans une lettre séparée. » Et comme pour se faire pardonner cette familiarité qui pourrait blesser, il ajoute qu’il a donné la brochure sur la Révolution à un magistrat de Berne, très à môme de l’apprécier. Mais il avoue qu’il ne l’a pas donnée à Lavater, et cela par une raison à laquelle on ne comprend rien. On sait combien Lavater professait de sympathies pour les principes de la révolution, quelle lettre il écrivit à ce sujet, et combien il aimait, lui le ministre de Dieu, le poète et l’orateur sacré, à se môler de la politique de son pays. Eh bien ! Liebisdorf ne lui a pas donné la brochure, vu que « le Zurichois n’y entendait rien. » Le mot est pour le moins aussi déplacé qu’il est dur. La « Lettre de Lavater à la grande nation » n’est pas sans doute d’un grand publiciste, mais le célèbre écrivain aimait singulièrement et entendait fort bien les vues religieuses que Saint- Martin présentait comme les vraies bases d’une politique sérieuse. Pour apprécier le bizarre jugement de Liebisdorf, il faut savoir qu’ autant le digne Bernois affectionnait mademoiselle Lavater, dont l’esprit était si élevé et l’âme si pieuse, autant il était de glace, lui l'enthousiaste, pour l’enthousiaste Lavater.
Il n’était pas possible d’offrir un peu d’argent à un ami avec plus de délicatesse que n’y mettait le gentil-