‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 183 sur 360 · STANCES ET ROMAN · texte numérisé non relu

STANCES ET ROMAN

par Strasbourg, « où il avait, dit-il, une liaison intime. » En attendant, il allait toujours se mettre en route pour visiter quelques amis et passer l’hiver avec eux.

C’était soumettre la tendresse de Liebisdorf à une assez rude épreuve. Pour la flatter un peu, Saint-Martin lui envoya une de ces pièces de vers qu’il faisait aussi facilement qu’irrégulièrement, ses Stances sur l’origine et la destination de l’homme, composition toute didactique qui offre peu de poésie, mais des vues très-élevées. Déjà publiée, et quinze ans auparavant, cette pièce était retouchée avec quelque soin, comme le méritait un si grand sujet; mais telle que l’auteur l’envoya et telle qu’elle est restée, elle ne fait qu’effleurer la question. Sans avoir la prétention de la traiter, Saint-Martin pouvait facilement y mettre plus d’idées, plus de poésie et surtout plus de nouveauté.

En général on est surpris, au milieu d’une correspondance si sérieuse et à une époque si grave, de voir un tel théosophe offrir à un tel mystique une lecture aussi légère. Mais on n’est pas, avec cela, au bout des surprises qu’ils vous ménagent dans leurs lettres. En effet, de son côté, le philosophe de Morat s’occupait d’un roman. 11 voulait y mettre son mysticisme, comme Fénelon avait mis dans Télémaque sa politique. C’était bien ce type qui agitait sa pensée, si modeste qu’elle se fît devant le chef-d’œuvre de l’archevêque de Cambrai, et si humble qu’elle se crût en se rabattant sur le Voyage du jeune Anacharsis, pour éviter une comparaison trop redoutable.

C'est un des goûts dominants du savant Bernois, comme de beaucoup d’autres, de faire des pians d’ou-

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