A L INSTITUT
esprit. Aussi il s’ouvrit parce travail, suivi de plus considérables, les portes de l’Institut, celles de l’École de droit, celles du Conseil d’État, celles de la Chambre des pairs et bien d’autres. M. de Gérando, partout aimé pour ce bon esprit admirablement relevé par un bon cœur, j’allais ajouter même par ses bonnes œuvres, fut bientôt aimé et estimé de Saint-Martin, qu’il avait vaincu, comme de tout le monde. On peut regretter que le jeune lauréat se contint lui-même, sans nul effort d’ailleurs, dans le simple empirisme de Locke et de Condillac, pour la solution d’une question si belle et qui est presque, toute la philosophie; mais bientôt, chacun le sait, de Gérando marcha avec Royer-Collard, Maine de Biran et Saint-Martin lui-même, sans parler d’un illustre vivant qui, plus jeune que lui, ne pouvant le diriger que par de sérieuses critiques, lui prodigua celles-ci et l’aida à devenir un des spiritualistes les plus sincères.
Disons, d’ailleurs, que Saint-Martin, qui ne fut pas jaloux de la couronne placée sur une noble tête, traita lui-même le sujet avec une remarquable profondeur, avec une grande richesse d’aperçus peu communs, et parfois avec un rare bonheur d’expression.
Dès le début, et à propos de la juste distinction des signes de la pensée en naturels et en artificiels, ou conventionnels, il signale avec fermeté le privilège de l’homme d’imposer à son gré un sens et une idée aux objets quelconques.
« C’est, dit-il, un de nos droits éminents. 11 y a un commerce de signes parmi plusieurs classes d’animaux ; mais leurs signes sont d’une nature très-servile et leur commerce est très-limité. Nous ne pouvons