‹ Saint-Martin, le philosophe inconnu, sa vie et ses écrits, son maitre Martínez et leurs groupes d'après des documents inéditsChapitre 203 sur 360 · LA NOSTALGIE · texte numérisé non relu

LA NOSTALGIE

ce qui occupe, amuse et abuse sur la terre, un si grand nombre de mes semblables. »

Ses dernières années furent pour lui ce que les dernières années sont pour tout le monde, ce que le plus magnifique des rois de Jérusalem disait des siennes, il y a trois mille ans, quand il s’écria : « Elles ne me plaisent point. »

Chaque jour la vie semblait s’assombrir davantage pour ce noble esprit qui ne l’avait jamais beaucoup aimée. Il avait depuis longtemps le mal du pays ; et mieux que personne, il comprenait cette sainte nostalgie qui venait d'inspirer le livre publié par le mystique professeur de Marbourg, Young-Stilling , dont il eût désiré si vivement de faire la connaissance personnelle, le Heimiveh. Après avoir vu ses amis les plus illustres et les meilleurs dispersés de tous les côtés, qui dans le Nord, qui dans le Midi, il était devenu à son tour « la colombe qui ne sait où poser le pied. » De Moral, on essayait sans cesse de le tenter, mais d’année en année, de nouvelles raisons de s’abstenir s’étaient présentées ; et la clarté directrice qu'il attendait sans cesse pour pouvoir y aller, ne lui vint jamais. Bientôt le motif même de s’y rendre devait cesser avec l’existence de celui qui l’eût accueilli dans sa terre avec tant de joie. En effet, la dernière année du siècle devait apporter la plus douloureuse sanction à cette pensée si paradoxale en apparence que Saint-Martin aimait à émettre : « que les hommes sont aveugles de se croire en vie ! » Cette année fut celle où il perdit l’incomparable ami qui était pour lui plus qu’un frère et qu’un disciple, un vrai fils spirituel. Et chose plus triste adiré, il le perdit au moment

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